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Il y a quelque temps, un ami sculpteur, Christian Lapie, m'avait fait parvenir des photos de la tombe d'un soldat de 14-18 enterré près du Chemin des Dames. La croix de bois portait le nom de Griffon, que j'avais cru inventer pour baptiser l'un des personnages de mon roman, Le der des ders. Cette semaine, rebelote, je reçois par internet l'image d'une sépulture. Gravé dans la pierre, le patronyme d'un autre de mes personnages, Minoé, l'héroïne kanak du récit Cannibale publié par Verdier. La stèle se trouve à cinq heures de route de Nouméa, près de Canala où je me suis rendu l'automne dernier. Le livre venait d'être lu par toute la tribu. De l'émotion par vagues. Depuis, des dizaines de lycéens, de collégiens, réalisent des entretiens, plongent dans les archives. Ils reconstituent le parcours de leurs ancêtres qui furent exposés au milieu des animaux sauvages, dans les zoos de l'Exposition coloniale de 1931 et dans ceux des principales villes allemandes. Et c'est comme si les personnages qui peuplent le récit sortaient de leur linceul de papier, que l'encre soudain irriguait leurs veines. Toujours difficile, après ça, de répondre aux éternelles questions sur "le rapport au réel dans la littérature". Mantes-la-Ville... Boulogne-Billancourt... Apt... Arras... Cette
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