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Le 16 avril 1993, je recevais cet avis de naissance sous forme de faire-part dans ma boîte aux lettres: "Shuto Headline, Cherokee, Goémond, Sylvie Crétonne, Puig Antich Kid ont le plaisir de vous annoncer la naissance de BANANA, associatin pour la promotion de la manducation de bananes sur la voie publique pendant les manifestations de rue. Paris, le 13 avril 1993". Les pseudos des deux premiers signataires pouvaient désigner Jean-Patrick Manchette, Headline voulant dire "manchette" en terme de presse, et Jean Echenoz, auteur de "Cherokee" aux éditions de Minuit. Ce que confirmait la réception d'un nouveau document le lendemain matin (voir ci-dessous). La mention portée dans la marge, "Camarades, reproduisez & diffusez ce communiqué" m'autorise à le recopier: << BANANA!
1) Il faut manger lentement des bananes en public. 2) A court terme, l'abolition de l'Etat, de l'argent et du travail sont des objectifs valables. 3) Pour devenir membre de BANANA, il faudra être coopté à l'unanimité par une assemblée générale de l'organisation. 4) Une majorité des deux tiers est nécessaire et suffisante pour exclure un associé. 5) L'assemblée générale est souveraine mais ne peut être tenue pour responsable des agissements individuels des membres de l'association, sauf s'ils sont munis d'un mandat impératif. 6) Le droit de tendance est reconnu à l'intérieur de l'association, sous le sobriquet de "Banana Split". 7) La première assemblée générale de BANANA se tiendra le mardi 20 avril 1993 à 15 h 00, au café-tabac de la rue du Rendez-Vous, dans le douzième arrondissement, en face de la banque, du commissariat de police et de l'église de l'Immaculée conception. Les sympathisants sont cordialement invités à nous rejoindre là, avec des filets à provisions contenant des bananes. Les sacs et cabas opaques sont déconseillés. L'assemblée se réserve le droit de changer de bistrot à partir de 16h00. 8) B.A.N.A.N.A. peut vouloir dire n'importe quoi, à votre convenance, par exemple Bandits Anarchistes Ni Anorexiques Ni Aphasiques, ou Bison Aguerri Ni Anxieux Ni Agoraphobe, etc. etc. 9) Notre émissaire à La Havane est autorisé à assister à la parade du 1er Mai mais ne devra pas faire de concessions à la dictature stalino-castriste. Il est mandaté pour rencontrer si possible Fidel Castro afin d'exiger de lui des bananes, des cigares, du sucre, du rhum, le rétablissement de la liberté d'expression à Cuba, et la libération immédiate des prisonniers d'opinion, y compris les droits communs, et des homosexuels, des toxicomanes et des malades mentaux. Des contacts seront pris avec l'Union Nationale des Ecrivains et Artistes Cubains. Fait
à Paris le lundi 12 avril 1993, ce
procès-verbal a été approuvé par
tous les associés, dont les noms de guerre
suivent: Le doute n'étant plus permis, j'appelai Jean-Patrick Manchette afin d'avoir quelques lumières sur son Internationale légumière. Il m'expliqua alors avoir été profondément bousculé par la mort de Makomé, un adolescent de 17 ans abattu par un policier dans le commissariat des Grandes-Carrières, un quartier du dix-huitième arrondissement parisien, le 6 avril 1993. Jean-Patrick Manchette avait participé à une manifestation de protestation convoquée le lundi 10 avril et avait nargué la police venue massivement, en photographiant les hommes casqués et en jetant près de leurs bottes les peaux tigrées des bananes qu'il mastiquait.
<< Cher Didier, J'ai reçu avec amusement "ton" papier sur la banane. Mais je dois insister sur le fait que BANANA est une affaire sérieuse quoique dada: j'ai personnellement, "seul et sans armes" (seuls des bananes et un air abruti), bloqué un carrefour le 10 avril. Je serais heureux de t'en dire plus prochainement. Salutations communistes libertaires. MANCHETTE >> Le droit de tendance (Banana Split) prévu par l'article 6 des statuts ne fut pas suffisant pour contrarier les forces centrifuges propres à ce type de mouvement. Deux fondateurs, dont Cherokee, se retirèrent très rapidement du groupe. L'assemblée générale convoquée au tabac de la rue du Rendez-Vous fut d'un rapport médiocre : seul le dénommé Goémond était présent pour accueillir les très rares curieux. Il se contenta de boire au bar en bavardant. Sylvie Cretonne et Puig Antich Kid étaient absents de Paris, Shuto Headline était quant à lui "momentanément retenu dans le pavillon psychiatrique d'un hôpital". Le
communiqué du 29 avril 1993 conviait les membres
restants de BANANA à une assemblée
générale le 11 mai et fixait comme
objectifs: "la visite d'une banque, d'un commissariat, d'une
église; manducation de bananes, entrave à la
circulation & chants variés). On ne sait si elle
eût lieu et plus aucun document ne témoignera,
à l'avenir, du mouvement BANANA. A ce jour le
régime qu'il se promettait d'abattre est toujours en
place. Abonnez-vous
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