A
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de Didier Daeninckx sur
Amnistia.net En fait, tout au long du vingtième siècle, la peine de mort a majoritairement frappé les "indigènes", les colonisés. Au cours des années vingt, la guillotine tranchait le corps de dizaines de Vietnamiens révoltés chaque année. Autant dans les colonies d'Afrique Noire, du Maghreb. Pendant les huit années de la guerre d'Algérie, c'est une moyenne de trente Algériens qui étaient suppliciés dans les cours des prisons d'Alger, d'Oran. Un Français, suspecté d'avoir voulu déposer une bombe sur son lieu de travail, Fernand Iveton figure également au nombre de ces martyrs, et l'histoire retiendra que c'est celui dont le nom reste attaché à l'abolition de la peine de mort, François Mitterrand, qui refusa de lui accorder la grâce. Le texte que
nous mettons en ligne a été publié
à l'été de 1931, dans le journal
d'Océanie "Le Néo-Hébridais",
alors qu'à Paris on célébrait la
grandeur de l'uvre civilisatrice de la France,
à Vincennes, avec la somptueuse et mensongère
"Exposition Coloniale" (voir
notre édition du 10 mars
2005).
On sait aujourd'hui que quatre des Vietnamiens
exécutés ce jour-là étaient des
travailleurs-esclaves d'une plantation appartenant à
la Compagnie Agricole et Minière des
Nouvelles-Hébrides basée sur l'îlot de
Malo-Pass. Leur victime, le contremaître N.
n'hésitait pas à "utiliser le nerf de
buf, dans un souci de meilleur rendement" et à
faire jeter les ouvriers récalcitrants ou
jugés indociles "dans une fosse creusée dans
le camp, recouverte de tôles et de madriers". Port Vila, juillet 1931: La guillotine sous les cocotiers Le champ de la milice française est une belle pelouse entourée de villas claires, et domine la ville et la rade. Habituellement, quelques chevaux y paissent indolemment et l'on entend les rires sonores des miliciens dans leurs cases blanchies à la chaux. A l'aube rouge de ce matin du 28 juillet 1931, c'est le champ de la mort.
C'est la première fois qu'on élève la guillotine ici. Celle qui est dressée aurait servi (du moins son mécanisme et le couperet), d'après certains documents conservés à Nouméa, à exécuter le roi LOUIS XVI. Elle aurait également décapité ROBESPIERRE et c'est le jour anniversaire de son exécution qu'elle fonctionne dans ce lointain archipel du Pacifique à 22.000 kilomètres de la place de Grève ou elle s'érigeait au nom du Salut Public. Les condamnés sont tous Tonkinois. Les deux premiers ont assassiné en mai 1929 un de leurs compatriotes après l'avoir volé. Les quatre autres sont les assassins de M. N... en août 1929. Le "LAPEROUSE" du 27 Juillet les a amenés à Port-Vila, sous la garde de gendarmes, en même temps qu'étaient transportés la guillotine et ses servants volontaires, des condamnés de droit commun. L'assistance nombreuse, composée d'Européens, d'Indigènes et d'Indochinois, retenue par la police française, ne peut voir l'exécution qu'à distance. Parmi les personnalités, le Procureur Général, le Président du Tribunal français, le Commissaire de police, le Chef du Service de l'immigration. Le Procureur au tribunal mixte. Le Chancelier de la Résidence de France et le Docteur, Chef du service de santé. Chacun a son tour, soutenu par deux aides à cause des liens, les condamnés franchissent les 40 mètres qui séparent la case ou ils sont enfermés et la guillotine que le Révérend Père LOUBIERE essaie de leur masquer de son mieux. II les précède et les assiste de toute sa foi en leur répétant d'ultimes paroles d'espérance et en leur faisant baiser un crucifix noir. Dès qu'une tête tombe, le Père se précipite vers la case pour chercher un autre condamné et six fois de suite il se porte garant que le geste du bourreau est libérateur. Six têtes sont tombées. L'ordre a été parfait. L'exécution a duré vingt minutes. Les condamnés ont eu une attitude calme et résignée. Le bourreau a été félicité pour s'être acquitté de sa tache en si peu de temps. Port Vila, juillet 1931. Abonnez-vous
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