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Itinéraire
d'un salaud ordinaire
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Un
livre de Didier Daeninckx
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Jeudi
11 mai 2006
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Didier Daeninckx, Itinéraire d'un salaud
ordinaire, éditions Gallimard. Parution:
11 mai 2006.
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Rencontres
avec Didier Daeninckx
A
l'occasion de la sortie de
ITINERAIRE D'UN SALAUD
ORDINAIRE
Vendredi
12 mai 2006, à partir de 17 heures
30
Librairie
Folies d'Encre
9, avenue de la Résistance
93 100 Montreuil
(01 49 20 80 00)
Samedi
13 mai 2006, à partir de 17
heures
Librairie Les Mots Passants
2, rue du Moutier
93 300 Aubervilliers
(01 48 34 58 12)
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Avec
l'aimable autorisation des Editions Gallimard nous publions
ici "Cinq questions à Didier Daeninckx". Propos
recueillis par Jean-Noël Mouret.
Jean-Noël
Mouret (Gallimard): Le titre laisse entendre qu'il y aurait
aussi des salauds "extraordinaires"...
Didier
Daeninckx:
Dans un de mes premiers livres, Meurtres pour
mémoire, je m'intéressais aux criminels de
bureaux, ces hauts responsables qui décident à
coups de tampons et de signature, et peuvent ordonner des
crimes contre l'humanité sans jamais avoir le moindre
contact avec leurs victimes, n'en avoir qu'une idée
abstraite. C'est totalement effrayant.
Ce roman se
situe, en quelque sorte, aux antipodes: pour que ces crimes
de bureaux puissent se concrétiser, il faut des gens
au contact direct des victimes. Des gens qui, comme le
personnage central, le policier Clément Duprest,
occupent cette place sans se poser de problèmes de
conscience, qui se vivent comme l'outil d'une profession,
trouvent l'obéissance aux ordres toute
naturelle.
Au fond, les
deux livres sont complémentaires: dans Meurtres
pour mémoire, le regard survole la situation.
Ici, il se confronte au quotidien.
J.N.M.:
Qui sont les pires salauds?
D.D.:
Les uns ne peuvent pas exister sans les autres. C'est un
phénomène de l'ordre du système,
où l'on voit, dans bien des cas, la simple
solidarité se transformer en corps, puis les corps
devenir des institutions. Au final, c'est un système
où tout se tient, mais on constate, par exemple lors
de l'épuration, que ce sont les hommes de terrain qui
ont eu le plus de comptes à rendre. D'autres, que
leurs fonctions supérieures protégeaient, ont
pu y échapper.
J.N.M.:
Le roman retrace la carrière de Duprest de 1942
à 1981, mais s'intéresse surtout à la
période de l'Occupation et de la
Libération
D.D.:
C'est en effet la période 1942-1946 qui constitue
véritablement le personnage, ce moment où le
jeune policier de vingt-cinq ans, affecté par hasard
à ce que l'on appelait la "brigade des bobards", va
entrer en osmose totale avec sa fonction. Cet ancien
étudiant en droit, plutôt brillant, pourrait
hésiter, prendre du recul, non, il se conforme
totalement à ce qu'on attend de lui.
A la sortie
de la guerre, le personnage a achevé de se
sédimenter. Il est définitivement acquis
à sa fonction. J'ai donc choisi de marquer son
évolution par une série de bornes, à
travers des épisodes peu connus de l'histoire
contemporaine: ainsi, pendant la guerre d'Algérie, la
manière de tenir les populations par la propagande
où la chanson tenait une place, ou le montage par les
services secrets d'une organisation terroriste imaginaire,
la Main Rouge, destinée à masquer des
centaines d'assassinats
Mais, avec le temps, on glisse
de la tragédie à la farce: la carrière
de Duprest, qui commence avec la rafle du Vel' d'Hiv,
s'achève sur la comédie des entraves à
la candidature de Coluche aux élections
présidentielles de 1981!
J.N.M.:
On ne parvient pas à trouver Duprest totalement
antipathique
D.D.:
Parce que c'est un humain ordinaire que l'on voit agir. Un
homme que la folie de son travail conduit à retourner
contre ses proches les armes techniques qu'on lui a
données. Un être qui dépend des
conditions dans lesquelles il a été
élevé, des pesanteurs familiales, de la
médiocrité de son mariage
Ce n'est pas
un bourreau, mais il accepte d'entrée, passivement,
la légitimité des ordres. Il ne fait aucune
place au doute, ne montre aucune rébellion. C'est en
cela qu'il peut toucher, alors que si c'était un
franc salaud, tout en lui serait inacceptable.
J.N.M.:
Peut-on parler de miroir tendu au lecteur?
D.D.:
Oui dans la mesure où, comme dans beaucoup de mes
livres, je tente de comprendre, et de faire comprendre,
pourquoi et comment des institutions fortes, prestigieuses,
comme l'université ou l'armée,
éprouvent le besoin de transformer leur personnel en
exécutants soumis. Face à cela se pose la
question du devoir de désobéissance, de la
nécessaire réflexion sur ce que
l'autorité demande d'accepter. Ernst Toller
écrivait depuis Berlin en 1923, pressentant la
catastrophe: "Ainsi sont les hommes. Et ils pourraient
être différents s'ils le voulaient. Mais ils ne
le veulent pas. Ils lapident l'esprit, ils le tournent en
dérision, ils déshonorent la vie, ils la
crucifient, encore et
toujours".
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