- On est bons pour faire nos valises... C'est la première chose que j'ai dite à ma femme, à 20 heures, quand mon visage pixellisé est apparu sur l'écran et que Poivre d'Arvor a terminé sa phrase: "Le nouveau président de la République est..." par mon nom. Elle seule était au courant du geste par lequel s'ouvrirait mon quinquennat. Chirac allait en avaler son sonotone: la passation des pouvoirs n'aurait pas le palais de l'Elysée pour cadre, mais Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, où j'avais décidé d'installer les services de la présidence. Une barre vouée à la démolition, rapidement rénovée, ferait l'affaire. Dès la formation du gouvernement, les principaux ministères seraient accueillis à la Grande-Borne, aux 4000 de La Courneuve, à Trappes, aux Tarterêts, avec obligation, pour les ministres et leurs hauts fonctionnaires, de prendre les transports en commun, au besoin de terminer le voyage à pied. Avec leur marmaille appelée à fréquenter les écoles des quartiers. Pour les ennuis de santé, plus d'accès privilégié au Val-de-Grâce, tous devraient faire confiance au professionnalisme des toubibs de l'hôpital Jean-Verdier. Juste pour vérifier les effets de leur politique. Pour le fun, j'ai décroché mon téléphone, et j'ai composé le numéro de mon adversaire malheureux. - Allo, Nicolas? C'est Didier... Désolé de t'avoir fait la nique. Ça s'est joué de peu... Notre pays a besoin de signes de réconciliation, et j'envisage de te nommer Premier ministre Il a bredouillé: - Ah, oui, je ne m'attendais pas... Il faut que j'y réfléchisse... Il y a eu
comme un grésillement au bout de la ligne, juste
avant qu'il ne raccroche. Abonnez-vous
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