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Initiales B.B.
Promenade en bord de Seine, de la Folie d'Artois à la Grande Illusion…


Un récit de Didier Daeninckx

Lundi 8 mars 2004




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Quai du Quatre Septembre, les vents de décembre ont décapité les arbres centenaires du bois de Boulogne; le long des étangs, là où la terre gorgée d'eau ne retenait pas les ancrages, souches de chênes, saules ou pins exhibent leurs racines inutiles. La "Folie" que le comte d'Artois fit édifier en deux mois par Bélanger, pour gagner un pari engagé avec la reine Marie-Antoinette, a résisté aux éléments, et l'édifice tarabiscoté abrite aujourd'hui la station de pompage dont les capteurs invisibles aspirent les eaux sombres du fleuve. Quelques centaines de mètres séparent ce vestige d'ancien régime d'une des plus belles utopies du siècle d'hier. Exilé d'une Alsace conquise par la Prusse, Albert Kahn avait affecté une partie de sa fortune acquise en spéculant sur les mines d'or du Transvaal, à l'achat d'une propriété de cinq hectares, face aux collines de Saint-Cloud. C'est là qu'il consacra trente années de sa vie à bâtir son harmonie universelle. Encyclopédiste du temps des frères Lumière, il lance des dizaines d'équipes de photographes, de cinéastes, à travers le monde, dans le but de rendre compte de sa marche inéluctable vers le progrès. 100.000 clichés et 350 kilomètres de pellicule constituent les "Archives de la Planète" dont le projet fut brisé net en 1929, quand, un jour d'octobre, il se mit à pleuvoir des milliardaires ruinés sur le macadam de Wall Street.

Des anciens chantiers navals, des grues à vapeur, de l'abreuvoir, des blanchisseries industrielles, il ne reste rien qu'un nom, rue du Port, sur une plaque émaillée: tout a été absorbé, minéralisé, par les voies et dégagements du pont de Saint-Cloud. Là, dans un recoin de la rue Béranger, un astucieux inventa la Cocotte-Minute, sous le nom moins porteur d'Auto-Thermos, en contemplant une "marmite" de Denis Papin munie de sa soupape de sécurité. Derrière un immeuble en chicane qui a pris la place des Buanderies de la Seine, deux vigiles contrôlent les badges à l'entrée de "Thomson Multimédia". Ils actionnent la barrière rouge et blanche depuis leur guérite, cube basique d'acier et de vitrage. Elle jouxte l'élégant pavillon de gardien de la première usine fondée à cet endroit par Maurice Aboilard, "Le Matériel Téléphonique", qui fabriquait du câble sous plomb et des centraux, en ces temps héroïques où la moitié des Français attendait l'installation du téléphone et l'autre moitié la tonalité (...)


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