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En 1902, dix ans après les dernières guerres indiennes d'Amérique, on juge l'amant de Casque d'Or, Manda, qui se voit infliger, pour un duel au couteau, les travaux forcés à perpétuité par le procureur de la République Trouard-Riolle que personne n'appelle autrement que Trouillard-Rigole. L'apache parisien, par un ironique clin d'oeil du destin, part pour les Amériques, vers le bagne de Guyane. Au cours des années suivantes les exploits des tribus délinquantes font régulièrement la une des journaux. L'Apache des barrières se vend bien et devient une véritable "chair à papier". On estime, en 1907, que Paris compte trente mille hors-la-loi de basse extraction, voleurs, rôdeurs, mendiants, maquereaux... Les chiffres policiers qui montrent une forte progression des délits (332 meurtres dans le département de la Seine, une quarantaine de policiers tués ou blessés) permettent au Petit Parisien de développer un discours sécuritaire visant aussi bien les marginaux que les syndicats ouvriers. Et si, dans l'Humanité, Jean Jaurès condamne le fichage des "suspects de vagabondage spécial", il est aussitôt dénoncé: "Ayant pris tour à tour parti pour les Allemands contre les Français, pour les assassins de Marrakech et de Casablanca contre les soldats et les marins de son pays, monsieur Jaurès ne pouvait manquer de se ranger du côté des apaches contre la police". Personne à l'époque ne pense à mettre en relation les balbutiantes statistiques criminelles et les facteurs sociaux. Ni à s'étonner du fait que les victimes des épidémies de choléra habitent en plus forte proportion dans les quartiers prolétaires du nord et de l'est de la ville, que la tuberculose, l'alcoolisme, le saturnisme prolifèrent aux mêmes endroits, et que le taux de mortalité est un tiers plus élevé dans les18e, 19e, et 20e arrondissements, territoires apaches, que dans les quartiers bourgeois de la capitale. On ne dressera pas davantage d'état comparatif des butins amassés par les fantômes de la zone. Le journaliste Félix Fénéon, habitué des prétoires, évalue le rapport moyen d'un casse à 4,75 francs, alors que le scandale du canal de Panama, qui ne date que d'une dizaine d'années, portait sur un bon milliard des mêmes francs!
"Je les ai vus prendre la cantine et la viande dans la gamelle de pauvres bougres trop faibles pour leur répondre, et les enculer de force. Mieux que ça, j'ai vu au camp d'Arbal, étant puni de cellule, j'étais enfermé dans une espèce de prison improvisée où nous étions en commun au lieu d'être séparés comme ici, il se trouvait avec moi une dizaine d'autres punis parmi lesquels il y avait 4 ou 5 de ces costauds de la bande noire, nous crevions tous de faim là-dedans et il se trouvait que c'était la saison des vendanges et par un trou carré pratiqué à la porte qui ne fermait pas et servait de guichet, on voyait à quelques pas de nous de belles grappes de raisin qui nous tendaient les bras et pas moyen d'en avoir, un vrai supplice de tantale quoi, or nous étions gardés par des tirailleurs, service barca, ils ne connaissaient que le service, tu ne te figurerais jamais le système ingénieux autant que barbare que trouvèrent ces brutes pour se faire donner du raisin par le factionnaire : nous avions dans notre réduit un bidon de campement plein d'eau pour boire, ils mirent ce bidon contre la porte, empognèrent un nommé Girard, un jeune Belge, le déculotèrent, le firent monter sur le bidon, lui firent présenter son cul au guichet, et le tinrent dans cette position pendant que de l'autre côté le tirailleur lui défonçait l'anus avec son crève-cul, et après ils eurent du raisin tant qu'ils voulurent...". Victor Raoul Désert terminait son récit sur un poème: Si le malheur veut pour combler ma déveine (Ce texte est
basé sur un livre publié en 1992 par
l'Ecomusée de Fresnes "Comme dans un tombeau"
lettres et journaux de prisonniers du début du
siècle recueillis et commentés par
Christian Carlier et Françoise
Wasserman). Abonnez-vous
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