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En face, les bourgeons du lilas ont éclaté, libérant de minuscules grains sombres serrés qui n'attendent plus que le soleil pour s'épanouir en odeurs mauves. Je l'ai installé dans un coin pour que son feuillage cache un "jour de souffrance", ces petites fenêtres ouvertes sur une façade jusque là aveugle, et derrière laquelle un voisin peut jeter un il sur le secret de mon refuge. Je me protège de l'indiscrétion avec la complicité naturelle du lilas. A côté, les rosiers grimpants s'épaississent et on voit déjà poindre les centaines de roses qui embaumeront la rue et feront lever la tête des passants. La tortue baptisée Tatakoukouze, (il paraît que ça voudrait dire "Ma chérie" en berbère ) sort de son trou et s'intéresse à une feuille d'endive. Les merles et les merlettes vont se cacher sous la haie de forsythias à mon approche, tandis que des volées de moineaux piaillent dans les troènes. De temps en temps, d'autres oiseaux, aux reflets fauves, les font fuir. J'ai essayé de savoir qui ils étaient, de retrouver leur profil, leurs pattes échassières dans des encyclopédies. On m'a simplement dit qu'ils nichaient près des retenues d'eau du parc de La Courneuve qui s'étend à cinq minutes du jardin, à vol d'oiseau. On sonne à la porte. Ma fille vient prendre son scooter qu'elle remise dans le garage. Son baiser furtif sur mon front. Au passage, elle mange la moitié du croissant destiné à sa mère. Je
regarde le "jour de souffrance" et les barreaux
rouillés qui le strient... Je pense à vous
Florence, je pense à vous
Hussein. Abonnez-vous
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