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Eté 2006: Sexe, secte et Chevènement…

Par Didier Daeninckx

Lundi 21 août 2006




Jean-Pierre Chevènement a choisi de donner une préface retentissante à la traduction d'un ouvrage allemand qui traite des attentats terroristes sur les tours jumelles de New-York et de ceux qui ont ensanglanté le cœur de Madrid et le métro londonien...



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A
près son tour de piste de l'élection présidentielle de 2002 pour laquelle il avait adopté un slogan venu des années trente, "ni droite, ni gauche", et tenté de rassembler les souverainistes de tous bords, (voir notre article Les rouges-bruns votent Chevènement) Jean-Pierre Chevènement s'ingénie à sauver son embarcation politique, le MRC, en redonnant un coup de barre vers une gauche qu'il redécouvre soudain. Il fait mine de se remettre à briguer l'Elysée, mais le cœur n'y est plus.

En vérité, il sait bien qu'il ne fait plus trembler personne et négocie son ralliement dans la coulisse avec la direction du Parti socialiste. Le prix à payer en échange de l'effacement? Quelques sièges de député, dont celui de Belfort, et l'assurance que François Hollande ne présentera pas de candidat en 2008 contre le maire du XIème arrondissement de Paris, le plus fidèle des grognards chevènementistes, Georges Sarre. Les exigences sur l'infléchissement identitaire du programme socialiste sont là pour amuser la galerie. On est dans la grande politique placière, dans la stratégie du siège. Du de Gaulle à la portée des caniches, un projet pour le clan à défaut d'une vision pour la France.

Ce n'est pas que Jean-Pierre Chevènement n'a plus d'idées sur l'état du monde, mais aussi curieux que cela puisse paraître, il en réserve la primeur à ses admirateurs suisses. Il a choisi pour cela de donner une préface retentissante à la traduction d'un ouvrage allemand qui traite des attentats terroristes sur les tours jumelles de New-York et de ceux qui ont ensanglanté le cœur de Madrid et le métro londonien. Le livre intitulé "Comment le Djihad est arrivé en Europe", qui figure au catalogue d'une toute jeune maison d'édition genevoise, Xénia, fait partie d'une livraison de trois titres en compagnie de "Sex shop blues" de Ivanka Mikitch présentée comme une "écrivain d'origine serbe".

A la lecture du pensum, on peut penser qu'elle est surtout "d'origine sexuelle". Il s'agit du "journal de bord" d'une vendeuse de sex-shop, à Paris, dans les années 70. Sa boutique est présentée comme un "club" extraordinaire où défilent toutes les bizarreries de la sexualité, où le libertinage est associé à la convivialité. Comme le résume avec légèreté le site de l'éditeur: "Le témoignage est celui d'une jeune femme pénétrant avec curiosité dans la jungle du sexe".

L'autre livre qui accompagne la sortie de celui que Jean-Pierre Chevènement protège de son autorité s'intitule "Les Illuminés et le Prieuré de Sion" et il est signé par Massimo Introvigne. Ce personnage n'est pas un inconnu pour les lecteurs d'Amnistia.net qui ont suivi nos enquêtes concernant les menées négationnistes dans les universités lyonnaises, particulièrement les précisions que nous apportions sur la publication sectaire d'extrême-droite Politica Hermetica dont un collaborateur de Jean-Pierre Chevènement, Pierre-André Taguieff (aussi surprenant que cela puisse paraître) assurait des responsabilités au comité scientifique.

Le Monde Diplomatique présentait ainsi Massimo Introvigne dès 2001 dans un article concernant les soutiens de l'Eglise de Scientologie:

"M. Massimo Introvigne, sociologue italien, créateur du Centre d'Etudes et de Documentation sur les Nouvelles Religions (CESNUR), d'obédience intégriste catholique, et très lié à la secte néo-fasciste Tradition-Famille-Propriété. Collaborateur assidu des publications de la Scientologie, il fut au nombre des personnes favorables à la secte qui déposèrent devant le tribunal de Lyon".

Si l'on s'intéresse de plus près à la toute nouvelle maison d'édition Xénia qui publie dans la même fournée les souvenirs émus d'une tenancière de sex shop "d'origine serbe", les élucubrations d'un sectaire d'extrême- droite, et la préface d'un miraculé à un livre conspirationniste, on comprend mieux la logique. Le directeur de la boîte fait dans le cumul, puisqu'il répond au doux nom de Slobodan Despot. Avant de se lancer sous sa bannière, il a longtemps été l'un des piliers des éditions de l'Age d'Homme, une maison qui a mené un combat incessant en faveur des ultra-nationalistes serbes, publiant des textes comme La Sentinelle assassinée d'Edward Limonov où "l'écrivain de race" ainsi que le présentait son éditeur, dit toute son admiration pour les criminels de guerre Arkan ou Karadzic, explique comment, en présence de ce dernier, il fut initié au tir à la mitrailleuse lourde sur Sarajevo... L'Age d'Homme publiait aussi, au moment des assassinats de masse, le recueil d'articles Avec les Serbes signés entre autres par Patrick Besson, Jean Dutourd, Alain Paucard de Radio-Courtoisie, Vladimir Volkoff, ou Thierry Séchan...

C'est précisément l'Age d'Homme qui éditait Politica Hermetica une revue ésotérique (voir le document). dont les numéros regorgent d'articles de réhabilitation de la Garde de Fer roumaine, d'éloges de l'écrivain René Abellio qui fut membre du Front Révolutionnaire National patronné par Laval et Déat, de contributions de militants d'extrême droite.

En publiant "Comment le Djihad est arrivé en Europe", en sollicitant une préface de Jean-Pierre Chevènement, Slobodan Despot ne fait que prolonger son travail engagé à l'Age d'Homme: le soutien au nationalisme serbe. La thèse centrale du livre de Jürgen Elsässer est en effet que les kamikazes de New-York, de Madrid, de Londres ont été recrutés par les services occidentaux lors des guerres de Yougoslavie. L'auteur livre le fond de sa pensée dans une interview de présentation:

"Immédiatement après le 11 septembre, un certain nombre d'agents israéliens ont été arrêtés aux États-Unis. Ils étaient présents sur les lieux où se préparaient les attentats. Il y a des analystes qui disent que c'est là une preuve qu'Israël était directement impliqué dans ces attentats. Mais cela pourrait également signifier autre chose. Il se pourrait que ces agents observaient ce qui se passait, qu'ils étaient au courant que les services secrets américains soutenaient ces 'terroristes' dans la préparation de ces attentats, mais qu'ils garderaient leur savoir pour s'en servir au moment opportun, et pouvoir exercer un chantage le moment venu: 'Si vous ne soutenez pas davantage Israël, nous allons livrer ces informations aux médias'."

Une thèse qui ne semble pas dérouter l'ancien ministre de l'Intérieur quand il écrit dans sa préface:

"Même si Jürgen Elsässer nous étourdit parfois sous la multiplicité de ses sources et l'abondance de ses références, rendons hommage à son érudition : son livre contribuera utilement à un sain pluralisme et à l'éclosion de vérités pas toujours bonnes à dire. Saluons son immense travail et la contribution salubre que son livre apporte à un débat démocratique débarrassé des a priori trompeurs qui obscurcissent la compréhension des enjeux et retardent l'heure d'une paix juste dans les Balkans et ailleurs."

Ce ne sera peut-être pas suffisant pour concurrencer l'Effroyable imposture du Réseau Voltaire. Les éditions Xénia auraient pu marquer un grand coup sur les plages en groupant les trois titres: "Comment les Illuminés du Djihad sont arrivés dans mon sex-shop, en Europe"!


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