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Un mois plus tard, jour pour jour, le 23 mai 1884, le matricule 40.081 piquait des deux vers la frontière, sur la bête habituée à ses injonctions. Il s'installa dans sa ville natale, Lille, tandis que le tribunal militaire du 3e régiment de ligne le condamnait pour désertion. Il fallut près de vingt ans pour que l'armée efface les poursuites, et au nom du Roi des Belges, son Ministre de la Guerre amnistia Sabas-Séraphin, le 5 mai 1903 et prononça une mesure de licenciement à son égard. Depuis, la famille s'est fait française et il ne nous est pas indifférent que le préambule de la Constitution de la République commence par ces mots: "Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004". Les hasards de l'Histoire seuls font que Sabas-Séraphin n'est pas parti vers le Nouveau Monde comme beaucoup des démunis des Flandres, et si tel avait été le cas, ses descendants se seraient reconnus tout autant dans le préambule de la Constitution américaine qui précise: "Nous, Peuple des Etats-Unis, en vue de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour les Etats-Unis d'Amérique". Ces textes fondamentaux proclament la prééminence du peuple et listent les principes intangibles sur lesquels ses membres s'accordent. Le préambule de la Constitution européenne s'affranchit tranquillement de cette primauté du peuple et nous fait retourner deux cents ans en arrière. Nul besoin de lire les 850 pages du texte pour s'en convaincre, les premières lignes suffisent. Les voici: "Sa Majesté le Roi des Belges, le Président de la République Tchèque, sa Majesté la Reine de Danemark, le Président de la République Fédérale d'Allemagne, le Président de la République d'Estonie, le Président de la République Héllénique, sa Majesté le Roi d'Espagne..." et suivent les fonctions des dirigeants des 25 pays signataires, qui, parlant non au nom des peuples d'Europe mais en leur seule qualité d'élus ou de chefs de droit divin, décident de nommer des "plénipotentiaires" chargés de présenter les dispositions de la Constitution! Il nous est donc proposé de confirmer les décisions de gens désignés en dehors de tout contrôle du peuple souverain. Je n'ai
donc d'autre choix que de réitérer le NON
qu'en mai 1884, Sabas-Séraphin avait adressé
au Roi des Belges. Abonnez-vous
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