Nous publions ici en trois épisodes le récit de Didier Daeninckx "Front populaire: La fabrique des enfants rouges " L'intégralité du récit est disponible dans l'espace abonnés Démonter la machine à bagarres, à émeutes, à tueries La première partie de ce reportage intitulé La fabrique des enfants rouges ne manque pas de faire le lien avec les combats devant Madrid: "Il est temps de démonter devant vous la machine à bagarres, à émeutes, à tueries, la machine infernale de corruption de la jeunesse et de préparation à l'assassinat qui s'est déclenchée en Espagne et qui pourrait demain rentrer en fonction chez nous". Le dossier à charge, qui est signé des initiales XXX pour protéger la "source", s'appuie sur les confidences et les documents fournis au journal par un militant communiste entré en désaccord avec son parti, ce qui permet au Candide d'écrire: "Tout ce que nous allons dire est rigoureusement exact: nous en apportons les preuves. Il n'est pas moins rigoureusement certain que tout ce que nous dirons sera démenti: 1) parce qu'on ne peut pas attendre du parti communiste qu'il avoue son effroyable activité néfaste; 2) parce que c'est un mot d'ordre qui circule actuellement dans ce parti: démentir!... démentir même l'évidence". Sur trois colonnes, l'organisation est minutieusement décrite ainsi que ses méthodes de recrutement lors de bals ou de soirées culturelles. Les questions posées aux recrues sont d'abord anodines: nom, âge, études, travail, intérêt pour le sport, le cinéma Puis le carcan se resserre: "As-tu des amis à l'étranger? Des correspondants? Des parents? Quels sont leurs noms et adresses? Que sais-tu de leurs occupations et de leurs opinions?" Un autre échelon est bientôt franchi: "Sais-tu tirer?" "Possèdes-tu des armes? Fusils, revolvers? Donne leur désignation, numéro, etc Sont-elles déclarées?"
"Un service de renseignements sur la presse, indépendant du service de renseignements général, est confié à deux responsables à l'éducation attachés à la 'Fédé' (Fédération communiste), les frères Pierre et Jean Huré, demeurant rue Campagne-Première, à Paris. Pierre a de plus un second domicile rue Saint-André des Arts, aux alentours duquel on le voit souvent l'après-midi. Ces individus recueillent et payent aux livreurs de journaux, aux représentants des agences photographiques, etc, tous les renseignements concernant leur imprimerie, la disposition des bureaux, l'importance des tirages, la proportion de leur diffusion selon les différents quartiers, dans les kiosques et les merceries". Le transfuge et la pianiste Le directeur de Candide a été mis sur la piste du transfuge par une jeune passionnée de musique classique que l'on connaîtra uniquement par son initiale, Mademoiselle H., qui connaissait un jeune responsable communiste prêt à faire la lumière sur les buts cachés du parti de Thorez. Et tandis que le transfuge livre ses secrets, mademoiselle H. joue du piano dans la pièce attenante. Une fugue, peut-être Les révélations de ce jeune dirigeant dépassent les attentes de Cousteau. Il ne se contente pas de dresser un état des forces communistes, il éclaire les ramifications dans la société civile et donne les noms de dizaines de cadres politiques qui animent l'appareil clandestin. La responsable à l'éducation de la Jeunesse communiste est une certaine Suzanne Mervein, "Polonaise, a fait en Pologne trois ans de prison pour propagande révolutionnaire, sortie de prison en 1934". Il y a aussi des secrétaires adjoints: "Icol dit Juanito (du moins ici; nous l'avons connu sous d'autres sobriquets ailleurs) parle très bien l'espagnol et le roumain, de nationalité indéfinissable". On trouve également le nom de "Sarah Hailet, hébraïsante distinguée, fait des conférences en langue juive, d'origine polonaise, mais née à Paris rue des Rosiers, elle se vante d'être fille naturelle de Trotsky, conçue par lui lorsqu'il habita rue des Rosiers en 1912-1913".
Les membres du Comité central de la Jeunesse communiste sont décrits à la serpe, Ancelle par exemple: "Ses oreilles rappellent curieusement les ailes d'une petite chauve-souris. Un nez de putois, des yeux d'un vert sale. Une bouche édentée, un rire continuel, obsédant", "Ancelle est secrétaire de la région parisienne, le confident du grand Raymond Guyot, monté en grade à Moscou, l'ancien amant en URSS d'une des filles de Kalinine ". Le secrétaire général de la Jeunesse communiste, Raymond Letarget est aussi bien traité: "Des mains d'étrangleur, aux pouces démesurés: une tête plate, obtuse? Des cheveux noirs taillés à la diable qu'il essaie vainement de plaquer sur un crâne onduleux comme ses paroles; une voix d'eunuque". Celui qui manipule l'or de Moscou répond au nom de Leflam: "Leflam est un grand brun boîteux, son type est oriental quoiqu'il soit difficile de préciser sa nationalité; il parle français avec un fort accent et s'exprime parfaitement en russe et en polonais". Le sommaire du récit: -
Introduction Le
récit Front populaire: "La fabrique des
enfants rouges"
a été
publié dans notre journal Les
Enquêtes interdites n°70 (format
PDF), paru le 30 avril 2006.
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