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"Cannibale"
adapté à la scène

Lundi 22 janvier 2007




"Cannibale", une pièce de Didier Daeninckx

montée par Sylvie Malissard, avec Sylvie Malissard et la Compagnie le Porte Plume

Paris
Du 23 au 30 janvier 2007

Salle Confluences - Maison des Arts Urbains, 190 boulevard de Charonne, 75020 Paris
Tél 01 40 24 16 46

Lundi->samedi à 20H30
Dimanche à 17H

Orléans
Le 31 janvier à 20H30

Théâtre Gérard Philipe - place Sainte-Beuve, 45100 Orléans
Tél 02 38 49 47 62

Saint-Claude
Le 9 février à 14H30 & 20H30

La Fraternelle - 12 rue de la Poyat, 39200 Saint-claude
Tél 03 84 45 42 26






La pièce est adaptée de Cannibale, de Didier Daeninckx, Folio Gallimard.

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Cela pourrait commencer par "Il était une fois…"

"Il était une fois…" tant l'histoire nous semble inconcevable… Inconcevable? "Il était une fois…" Une histoire que l'on raconte, que l'on transmet. Oralité. "Il était une fois…" Un homme qui se souvient et raconte, à des jeunes, une histoire vraie, qui est la sienne. Souvenir.

Il était une fois un jeune homme, séparé de celle qu'il aime et qui traverse tout Paris, pieds nus, pour la retrouver… Il était une fois deux amis, enfermés dans un zoo avec des crocodiles… Il était une fois un homme qui avait mis un homme dans une cage… Il était une fois un homme blanc qui avait sauvé la vie à un cannibale…

Un voyage dans la mémoire individuelle et collective

Paris 1931, l'Exposition coloniale.
Quelques jours avant l'inauguration officielle de l'Exposition, empoisonnés ou victimes d'une nourriture non adaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Hoffner de Francfort, en Allemagne, qui souhaite renouveler l'intérêt du public veut bien prêter ses crocodiles en échange d'une trentaine de Kanak… Les "cannibales" seront expédiés…

Gocéné, un vieux Kanak entreprend de nous raconter l'incroyable récit de sa jeunesse. Commence alors un retour dans le passé. Un voyage dans la mémoire individuelle et collective. A travers ce récit, interprété dans un espace nu par Sylvie Malissard, commence un retour dans le passé.

Un homme reste-t-il un homme lorsque d'autres le considèrent comme un anthropophage sauvage? Comment garder sa dignité en se retrouvant parqué dans un zoo entre les fauves et les caïmans? Quels mécanismes peuvent conduire une civilisation dite avancée à dénier toute dignité à un autre peuple? Vivification de la mémoire que la modernité s'acharne à nier. Réinscription de la mémoire collective.

L'exposition coloniale de 1931

Sons et lumières, fastes, grandes eaux: le 6 mai 1931 s'ouvre au bois de Vincennes un zoo et l'Exposition coloniale la plus grande du genre. En 1931, la Fédération française des anciens coloniaux obtient du gouverneur local Joseph Guyon, de recruter une centaine de Kanak pour une exhibition parisienne, parallèle à l'Exposition. Ainsi, 111 Kanak, 91 hommes et 14 femmes et enfants originaires de Canala, Ouvéa, Lifou et Maré auxquels on a promis une visite agréable de la capitale en échange de quelques démonstrations de la culture calédonienne s'embarquent le 15 janvier pour la France. Deux mois plus tard ils arrivent à Paris, où ils sont parqués comme attraction au milieu des crocodiles et exhibés comme"cannibales authentiques".

Certains ont mission de creuser d'énormes troncs d'arbres pour construire des pirogues, d'autres nagent dans une mare en poussant des cris de bêtes, les femmes doivent danser le pilou pilou à heure fixe, seins nus… Cette mascarade suscite peu de protestations, hormis le Manifeste des Surréalistes : "Ne visitez pas l'Exposition coloniale", signé André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, René Char, Benjamin Peret. Les hommes exposés, "ces fauves bestiaux" s'appellent Elisée, Jean, Maurice, Auguste, Germain, Marius. L'un était instituteur l'autre employé à la douane, un autre chauffeur de camion.

"Quittant son pays un p'tit négro d'Afrique centrale
Vient jusqu'à Paris voir l'Exposition coloniale
C'était Nénuphar, un joyeux lascar
Pour être élégant c'est aux pieds qu'il mettait ses gants
Nénuphar, t'as du r'tard, mais t'es un p'tit rigolard
T'es nu comme un ver, tu as le nez en l'air
Et les ch'veux en paille de fer…"
(Marche officielle de l'Exposition chantée par Alibert, 1931)

Il peut être commode de ranger le mépris colonial au musée des temps obscurs…. Nous et les Autres. Les Autres et Nous…

1931… 2007 Où en sommes nous? Qui sommes nous? Nous les "civilisés"

Les zoos humains

L'apparition puis l'essor des zoos humains s'appuient sur trois processus: la construction d'un imaginaire sur l'autre, la théorisation scientifique de la hiérarchie des races, et l'édification d'un empire colonial. Ces trois axes constituent les fondements d'un modèle encore existant et dont les répercussions se font encore sentir aujourd'hui.


La comédienne Sylvie Malissard
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Les zoos humains répondent aux fantasmes et aux inquiétudes de l'occident sur l'ailleurs et donnent une réalité au discours racial en construction. Les exhibitions représentent le premier contact entre les Autres et Nous. Un autre importé, mesuré, exhibé, montré, disséqué, spectacularisé, scénographié, selon les attentes d'un occident en quête de certitudes sur son rôle de guide du monde de civilisation supérieure. Aussi naturellement que le droit de coloniser, ce droit d'exhiber des exotiques se généralise à Hambourg, Paris, Chicago, Londres… (A la suite du célèbre PT Barnum à New York, qu met en scène des monstres (freaks), Carl Hagenbeck à Hambourg, invente en 1875 le concept des ethno shows et crée le zoo humain ).

D'un XIXe siècle en quête de classification, on passe à un XXe siècle qui façonne le monde selon ses modèles, ses peurs, ses intérêts. Ce qui nous apparaît aujourd'hui comme une des démonstrations les plus révoltantes de l'infériorisation de l'autre, parce qu'elle rapproche volontairement l'homme de l'animal, est à la mesure des enjeux cristallisés par les zoos humains. Ces exhibitions représentent un tournant essentiel dans la construction d'un imaginaire sur l'autre, fondé sur une vision, raciste, validé par la science anthropologique. Les zoos humains ont été le lieu fondamental du passage du racisme scientifique à un racisme populaire, pratique et opérant.

Le rôle de la science fut alors essentiel. C'est elle (tout particulièrement l'anthropologie physique), qui va établir la notion de hiérarchie an prenant appui sur les particularités physiologiques des différents groupes humains. Légitimés par les savants, les premiers zoos humains rendent ludiques les austères analyses scientifiques. Les zoos humains flattent la curiosité beaucoup plus qu'ils n'expliquent les raisons, racialisantes, qui permettent ce spectacle de l'autre.

Le discours fondateur des zoos humains, le différencialisme raciste, n'a en quelque sorte, pas besoin d'être expliqué. La mise en scène se suffit à elle même et fait passer bien plus efficacement parce que souterrainement, le principe raciste qui la fonde. On fabrique alors des racistes et des colonialistes, par le spectacle et le ludique, sans même avoir besoin de l'énoncer ou de l'affirmer. Une sorte de machine infernale, incroyablement efficace et divertissante, au carrefour de la science vulgarisée et des spectacles de music-hall, et qui correspond à un occident en cours de construction identitaire... Comme presque toutes les volontés de puissance, elle puise dans l'angoisse son extraordinaire énergie. Le spectacle de la différence ne cessera, de référer à la généalogie établie par les zoos humains, imprégnant profondément, et malheureusement encore aujourd'hui, les mentalités collectives. Nous interrogeons le présent à travers les zoos humains.

Les hiérarchies établies initialement par la science, précisent la place de chaque groupe humain dans la grande échelle des races. Chaque Etat a utilisé les expositions coloniales, internationales ou universelles, pour exhiber ses propres projets. La violence est dans les crimes visibles de ces exhibitions, mais elle est aussi dans le regard, dans le banal, dans le côté "non enfant" de ces exhibitions. Il y a une barrière entre celui qui voit et celui qui est vu. Pour les visiteurs, la lecture est facilitée afin qu'il visualise la progression de l'humanité depuis la sauvagerie jusqu'à la civilisation. La fonction idéologique est de montrer qui est le civilisé et qui doit être civilisé. L'autre est vu sous l'angle d'une typologie raciale, dont l'étalon reste l'européen. C'est le regard qui construit la différence.

La mise en cage des autres existe toujours, fonctionne toujours. De même que la race n'est pas une réalité biologique, mais une construction sociale, le zoo humain n'est pas l'exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci. Les zoos humains constituent un phénomène culturel fondamental, et jusqu'alors totalement occulté, par son ampleur, mais aussi parce qu'il permet de comprendre comment se structure le rapport que construit la France coloniale, mais aussi l'Europe avec l'Autre. Nous sommes issus de cela. Et aujourd'hui?

Pour en savoir plus, lire La marque de l'histoire, par Didier Daeninckx

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