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S21: L'école du crime des Khmers Rouges


Texte et photos de Didier Daeninckx

Jeudi 16 novembre 2006



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La cour du lycée situé en plein coeur d'une métropole vidée des ses habitants était utilisée pour des simulacres d'exécution, pour des pendaisons.

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L
'un des pires lieux du pouvoir des Khmers rouges se trouve près du centre ville de Phnom Penh, vers le grand lac Tra Bak. Il suffit de descendre le boulevard Monivong et de tourner à droite dans la 348e rue, de traverser un quartier d'artisanats, de mécanique, de soudure, on y est. Les bâtiments du camp de Tuol Sleng occupent un rectangle d'une vingtaine d'hectares. Ils se dressent autour d'une grande cour centrale où sont dessinées des promenades plantées de palmiers.

Avant l'avènement de Pol Pot, les constructions abritaient un lycée d'abord appelé Ponhea Yat puis Tuol Svay Prey High School. Dès leur arrivée au pouvoir, les Khmers Rouges procédèrent à l'évacuation totale de la capitale du Cambodge. La ville étant à leurs yeux, par essence, un lieu de perdition idéologique. Chaque habitant du nouvel état, le Kampuchea démocratique, devait retourner à la source, la condition paysanne, et grâce au travail de la terre redevenir "pur comme un grain de riz". Tout ce que la population comptait de "suspects", aux yeux des nouveaux maîtres, fut exterminé.

L'intelligence fut abolie. Il suffisait de porter une paire de lunettes pour être soupçonné d'un crime parmi les plus graves: l'intellectualisme. On m'a raconté l'histoire d'un homme qui survécut parce qu'il avait des verres teintés. Il parvint à faire croire à ses geôliers, pendant trois longues années, que ses lunettes ne lui servaient pas à lire mais protégeaient son regard de presque aveugle des agressions de la lumière. On peut y voir une métaphore de cette époque.

Les plans grandioses de développement agraire de la société khmère furent rapidement infirmés par la réalité, et l'abondance promise se mua en famine endémique. L'organisation policière secrète du régime se mit alors à rechercher les responsables de ce qui ne pouvait être qu'une trahison. Le lycée du sud de Phnom Phen se transforma en centre de torture sous le nom de code S21(...)

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