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Au pays des 4L jaunes
Carnet de voyage à Diego Suarez (Madagascar)
Première partie


Par Didier Daeninckx

Lundi 25 septembre 2006


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Nous publions ici en quatre épisodes le récit de Didier Daeninckx "Au pays des 4L jaunes". L'intégralité du récit est disponible au format PDF.

Le ministre de la Défense de la République malgache avait laissé flotter son regard sur la traînée grise qui prolongeait le réacteur droit du Boeing alors qu'on survolait les marais salants de la pointe nord de l'île. De l'huile brûlée, rien à signaler. Il était monté, habillé de blanc, à Antananarivo, flanqué d'une partie de son état-major et se rendait à Antsiranana, que tout le monde s'ingéniait à n'appeler que par son ancien nom, Diego Suarez, pour présider aux cérémonies du 26 juin, jour de l'Indépendance.

Comme chaque année, le défilé revisiterait l'histoire coloniale en passant par la place Foch, et son organisation en sections de travailleuses des usines de conditionnement de poisson, en divisions des chantiers navals, en régiments des personnels de santé, en phalanges de l'enseignement, serait comme un rappel de la dictature "gasy-marxiste" de Didier Ratsiraka, un amiral fasciné par le modèle autarcique nord-coréen, par Kim Il Sung, et qui avait tenté de faire lire l'avenir dans le Boky Mena, le petit livre rouge local.

Une cinquantaine de taxis jaunes étaient alignés sur le parking de l'aéroport, rien que des 4L rutilantes dont la plus jeune, malgré le fard, accusait ses trente ans d'âge.

J'en pris une, la numéro 001, et contrairement à ce qui se passait dans la capitale, le chauffeur ne me demanda pas de lui payer la course à l'avance afin d'aller acheter un litre d'essence à la station la plus proche. Pourtant un plein, ici aussi, coûtait 100.000 ariarys, l'équivalent d'un bon mois de salaire… La route longeait des champs, des enclos où paissaient les zébus, puis les terres rouges laissaient la place aux baraquements où s'entassaient tous ceux qui aspiraient à vivre en ville. Les voitures zigzaguaient bien que ce ne soit pas encore l'heure de mâcher les feuilles de khat: juste pour éviter les nids où auraient pu tenir une poule et toute sa portée.

L'ancienne base militaire française abritait 20.000 hommes de troupes au cours des années les plus fastes de son occupation, et l'intendance nécessitait deux fois plus de Malgaches, hommes le jour et femmes la nuit, pour subvenir à leurs besoins. La Légion Étrangère a été la dernière à quitter les lieux, en 1975, vaincue par le petit livre rouge de l'amiral, et l'on aperçoit encore les vestiges de leur camp sur les îles qui parsèment la baie. C'est à Joseph Joffre, encore colonel d'avant la Marne, que l'on doit le tracé en damier de la ville. Avec expulsion des "indigènes" de la Pointe Corail vers le Sud. Les rues sont ponctuées par les façades en parade des symboles du pouvoir: tribunal, résidence du gouverneur, Comptoir national d'escompte, cathédrale, arsenal, casernements(...)

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L'intégralité du récit est disponible au format PDF

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