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Au pays des 4L jaunes
Carnet de voyage à Diego Suarez (Madagascar)
Troisième partie


Par Didier Daeninckx

Mardi 3 octobre 2006


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Nous publions ici en quatre épisodes le récit de Didier Daeninckx "Au pays des 4L jaunes". L'intégralité du récit est disponible au format PDF.

Pas de mendiants dans les rues de Diego, ni de familles entières mangeant les rebuts et dormant sur les trottoirs autour de feux de bois, comme à Tananarive en ce début d'hiver austral. Ici, tout le monde est debout. Cette fierté prend peut-être sa source dans le mythe de Libertalia, une république pirate qui eut la baie de Diego pour écrin, au XVIIe siècle. Selon Daniel Defoe. Beaucoup aujourd'hui doutent de son existence, mais les rêveurs se souviennent de la répartie du journaliste dans L'Homme qui tua Liberty Valance: "Quand la légende devient réalité, imprimez la légende!".

Ecumant les côtes africaines, le navire du capitaine Misson et de son ami le prêtre défroqué Caraccioli attaque les bateaux de la traite négrière. "Aucun homme ne doit avoir le pouvoir de liberté sur un autre". Les deux cents hommes de l'équipage renoncent à leur nationalité, ils créent une sorte d'esperanto, le liberi, abolissent la propriété, mutualisent les richesses, les terres. Et enfouissent un trésor bien mieux caché que les veines minérales qui firent la fortune intérimaire d'Alphonse Mortages puisqu'à ce jour on ne l'a toujours pas retrouvé.

Les utopies irriguent encore le pays. La vie de l'écrivain Narcisse Randriamirado en témoigne. Professeur de français, de littérature, il met depuis toujours sa plume au service d'une conception exigeante de la vérité. Et si ses articles dans Madagascar Tribune le font apprécier d'une grande partie de la population, ils nourrissent quelques désirs de vengeance dans les sphères proches des pouvoirs successifs.

Au cours des événements de 2003, quand le pays dansait au bord du précipice, que la guerre civile menaçait, Narcisse n'avait pas hésité à placer le nom d'un militaire de haut rang en tête d'un de ses éditoriaux. Non pour lui rendre hommage mais pour graver dans le marbre de son journal que cet homme avait été vu tirant à balles réelles sur la foule. L'encre de son papier à peine séchée, il dut se cacher, se terrer des mois durant. Deux policiers parvinrent à le coincer, une nuit, à Diego-Suarez.

Il me raconte ce moment ce moment où la mort l'a frôlé de son aile noire: "L'un des deux a sorti un revolver et me l'a braqué sur la tempe. Mais il était tellement saoul qu'il a fait tomber son arme. Il faisait sombre et les policiers se sont mis à quatre pattes pour la retrouver dans les hautes herbes… J'en ai profité pour disparaître…". L'horizon s'est dégagé quand l'association Reporters Sans Frontières s'est émue de son sort et qu'elle a mis une dizaine de journalistes malgaches sous sa protection. Narcisse a pu faire un bref séjour en Bretagne, laissant dans son sillage une nouvelle au titre énigmatique, "Mat da gas karr", ce qui, renseignements pris, signifie "Permis de conduire" dans le breton qui se parle dans le Finistère… Je lui fais cadeau d'un de mes livres. Il le retourne, voit le prix sous le code barre: 17 euros.

"C'est presque la moitié d'un salaire mensuel… Dans beaucoup d'écoles, les élèves ne peuvent pas acheter de manuels… Certains n'auront jamais un livre à eux de toute leur scolarité…".

Lire la quatrième partie

L'intégralité du récit est disponible au format PDF

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