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"Pour
comprendre la décadence de Naples et sa
dégradation, il faut la restituer dans la
décadence et la dégradation de toute
la Méditerranée. Ceci parce que
depuis des siècles, et aujourd'hui avec plus
d'évidence encore, la
Méditerranée a tourné le dos
à la modernité. Toutes les villes et
les pays qui donnent sur cette mer n'ont jamais
voulu accepter le défi de la
modernité, toutes, pour diverses raisons,
l'ont refusé. Athènes,
Constantinople, Alexandrie, Palerme, Venise et
aujourd'hui, semble-t-il, Gênes aussi -
à la seule exception, en raison
précisément de la qualité de
son urbanisme rationnel et beau, de Barcelone -,
toutes souffrent du mal
méditerranéen. Toutes semblent hors
du temps, immobiles, désolées."
Raffaele
La Capria, "Immobilité et décadence"
in "Naples", Editions Autrement.
Franco
Cassano semble lui répondre:
"Libérer la modernité de ses
responsabilités en la considérant
toujours et seulement comme un remède
conduit à commettre deux erreurs
complémentaires qui se renforcent l'une
l'autre: d'un côté on fait appel
à une thérapie qui aggrave souvent la
pathologie, de l'autre on supprime à la
racine la possibilité de retourner le
rapport: ne pas penser le Sud à la
lumière de la modernité, mais au
contraire penser la modernité à la
lumière du Sud. Penser le Sud signifie alors
que le Sud est le sujet de la pensée: il ne
doit pas être étudié,
analysé et jugé par une pensée
extérieure, mais il doit recouvrer la force
pour se penser tout seul, pour reconquérir
avec décision sa propre autonomie. (...)
Une pensée "du Midi" a la tâche de
penser le Sud avec plus de rigueur et de
dûreté, elle a le devoir de voir et de
combattre "iuxta propria principia" la vente aux
enchères destructrice de leurs propres
terres que les gens du Sud ont organisée
eux-mêmes. Dans cette vente aux
enchères, dans cet assaut vulgaire et
"transformiste" à la modernité a
émergé l'affirmation des deux faces
qui dominent aujourd'hui dans le Sud: paradis
touristique et cauchemar mafieux."
Franco
Cassano, "Il pensiero meridiano", Editions
Laterza.
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