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Portugal, 1974: Le premier mai de la "révolution des œillets"
un grand reportage de Michel Puech








photos: ©Michel Puech

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En avril 1974, après les cérémonies de Notre-Dame de Paris en hommage au Président Georges Pompidou, après le départ de Nixon et de tous les autres chefs d'Etat, je me reposais en Champagne des vicissitudes éditoriales de l'agence de presse Fotolib, la première agence de photo associée au quotidien "Libération", quand éclata le coup de Lisbonne.

Les premiers jours, les dépêches et les commentateurs ne parlaient que de "coup d'Etat militaire". Trois mots qui font très froid dans le dos, mais cette année là, particulièrement... A l'automne précédent le général Pinochet renversait  le régime démocratique de Salvador Allende.

Le temps de revenir à Paris, le Tgv ne roule pas encore, de négocier mon départ en reportage avec une autre agence, ce sera Hupper, l'aéroport de Lisbonne est de nouveau ouvert au trafic. Je prends le premier vol. Gamma, Sipa, Sygma, Magnum, la concurrence a trois jours d'avance. Ils ont volé via Madrid et loué des voitures pour se rendre, au plus vite, à Lisbonne.

La dure loi du "news", une question d'expérience mais aussi d'argent. Il me manquait les deux. J'avais 26 ans et je travaillais à l'époque pour une presse engagée et pauvre: Libération, Rouge, Révolution, Témoignage Chrétien, ne publiant qu'exceptionnellement dans ce qu'on appelait alors "la presse bourgeoise". C'était mon premier "grand reportage".

Le lundi 29 avril 1974, dans le hall de l'aérogare de Lisbonne, c'est la cohue. Une foule de civils. Des militaires en nombre. Une automitraillleuse devant la sortie. Un officier parle français. Le bureau de presse du Mouvement des Forces Armées? "C'est place Rossio". Taxi. Arrêt devant... l'office du tourisme gardé par des militaires en armes.

Pour la première fois, je vois des fleurs dans les boutonnières des tenues de combat. Des militaires qui parlent aux civils. Des gens qui rient... Je ne vois plus que cela!

La place Rossio, c'est tout à la fois les grands boulevards parisiens et ceux de Saint-Michel et Saint-Germain. Un mélange de gens du peuple, employés, ouvriers et d'étudiants armés de banderoles. Il y a des milliers de personnes qui déambulent ou manifestent. Déjà des graffitis, faucille et marteau, des drapeaux rouges accrochés aux statues. Ce n'est que le cinquième jour.

Partout la foule. La foule qui rie, la foule qui crie. La foule de militaires aussi, en service ou en manif! C'est le cuirassé Potemkine remontant la Seine un soir de Mai 68. Un rêve de gauchiste.

C'est la première fois que je vois des soldats sous des drapeaux rouges, au coude à coude avec des militants communistes. J'ai le Chili dans le coeur.

A l'arrivée de l'exil de Cunhal, secrétaire du Parti communiste, il est hissé sur un char. Il parle. Peu importe ce qu'il dit. La foule ne l'entend pas. Aujourd'hui c'est l'émotion...

Michel Puech

Nous vous présentons ici le reportage de Michel Puech à Lisbonne, constitué de 15 photos grand format, ainsi que le carnet de reportage, du 29 avril au 4 mai 1974.


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