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En avril 1974, après les
cérémonies de Notre-Dame de Paris en
hommage au Président Georges Pompidou,
après le départ de Nixon et de tous
les autres chefs d'Etat, je me reposais en
Champagne des vicissitudes éditoriales de
l'agence de presse Fotolib, la première
agence de photo associée au quotidien
"Libération", quand éclata le coup de
Lisbonne.
Les
premiers jours, les dépêches et les
commentateurs ne parlaient que de "coup d'Etat
militaire". Trois mots qui font très froid
dans le dos, mais cette année là,
particulièrement... A l'automne
précédent le général
Pinochet renversait le régime
démocratique de Salvador Allende.
Le
temps de revenir à Paris, le Tgv ne roule
pas encore, de négocier mon départ en
reportage avec une autre agence, ce sera Hupper,
l'aéroport de Lisbonne est de nouveau ouvert
au trafic. Je prends le premier vol. Gamma, Sipa,
Sygma, Magnum, la concurrence a trois jours
d'avance. Ils ont volé via Madrid et
loué des voitures pour se rendre, au plus
vite, à Lisbonne.
La
dure loi du "news", une question
d'expérience mais aussi d'argent. Il me
manquait les deux. J'avais 26 ans et je travaillais
à l'époque pour une presse
engagée et pauvre: Libération,
Rouge, Révolution, Témoignage
Chrétien, ne publiant
qu'exceptionnellement dans ce qu'on appelait alors
"la presse bourgeoise". C'était mon premier
"grand reportage".
Le
lundi 29 avril 1974, dans le hall de
l'aérogare de Lisbonne, c'est la cohue. Une
foule de civils. Des militaires en nombre. Une
automitraillleuse devant la sortie. Un officier
parle français. Le bureau de presse du
Mouvement des Forces Armées? "C'est place
Rossio". Taxi. Arrêt devant... l'office du
tourisme gardé par des militaires en armes.
Pour
la première fois, je vois des fleurs dans
les boutonnières des tenues de combat. Des
militaires qui parlent aux civils. Des gens qui
rient... Je ne vois plus que cela!
La
place Rossio, c'est tout à la fois les
grands boulevards parisiens et ceux de Saint-Michel
et Saint-Germain. Un mélange de gens du
peuple, employés, ouvriers et
d'étudiants armés de banderoles. Il y
a des milliers de personnes qui déambulent
ou manifestent. Déjà des graffitis,
faucille et marteau, des drapeaux rouges
accrochés aux statues. Ce n'est que le
cinquième jour.
Partout
la foule. La foule qui rie, la foule qui crie. La
foule de militaires aussi, en service ou en manif!
C'est le cuirassé Potemkine remontant la
Seine un soir de Mai 68. Un rêve de
gauchiste.
C'est
la première fois que je vois des soldats
sous des drapeaux rouges, au coude à coude
avec des militants communistes. J'ai le Chili dans
le coeur.
A
l'arrivée de l'exil de Cunhal,
secrétaire du Parti communiste, il est
hissé sur un char. Il parle. Peu importe ce
qu'il dit. La foule ne l'entend pas. Aujourd'hui
c'est l'émotion...
Michel
Puech
Nous
vous présentons ici le reportage de Michel
Puech à Lisbonne, constitué de 15
photos grand format, ainsi que le carnet de
reportage, du 29 avril au 4 mai
1974.
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