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QUINTON?
QUI C'EST CE TYPE-LA?
QUINTON. CONNAIS PAS.
"Ca
tombe bien, on voudrait justement que tu nous
parles de lui. Toi qui est journaliste, parler de
ce que tu ne connais pas, tu as l'habitude !"
Ils sont marrants à Grenoble! Ah, tout de
même, une photo : décidément
ils me mâchent le travail!
Drôle de tête.
Moustache en bataille.
Mi-anar, mi-truand des années 1900.
La bande à Bonnot à lui tout
seul.
Et puis ce regard brumeux. Il y a des regards
limpides, intacts, qui se laissent traverser par
les coups de chien de la vie, sans sourciller, sans
rien retenir. Lui, c'est l'inverse. Il y a au moins
trente-six guerres, cent-cinquante massacres et
cent mille petites misères qui ont
laissé leur trace entre ses
paupières, comme une poussière
triste. Avec un petit sourire en-dessous, comme
pour s'excuser d'en avoir tant vu sans avoir rien
pu oublier.
"Elle est terrible la tentation de la
bonté..." disait Bertold Brecht.
Voilà un type incapable d'y résister,
c'est sûr. Un type très mal
barré. Comme un brocanteur
spécialisé dans les douleurs et les
injustices, il n'en loupe pas une. Il les
entasse.
Seulement voilà : il a un truc. Il fait des
rapprochements. Il appelle ça des
"collages". Il prend la solitude, il l'installe au
fond d'un puits de carton gris et vous la touchez
du doigt. Vous ne pourrez plus jamais la laisser
seule. Il prend un enfant et il l'assoit sur les
Droits de l'Homme.
"Droits de l'Homme mon cul ! Ca crame partout et tu
t'en fous! " semble dire l'enfant à l'homme
à l'attaché-case qui tourne le dos
pour ne pas voir... et qui va droit dans le mur des
flammes!
Mais ses petites préférées ce
sont les femmes fantômes emmurées
vivantes dans la camisole de force du
crétinisme masculin. Il les colle en prison
mais elles tordent les barreaux comme des
fétus de paille grotesques. Et elles font la
belle, sans se presser, impérieuses, vers la
Liberté irrémédiable.
Jusqu'à ce qu'une autre, un peu plus loin,
le rideau enfin levé sur son beau visage
arrogant, adresse au nom de toutes ses soeurs,
à tous les oppresseurs barbus, le bras
d'honneur de la revanche. Une autre fois c'est un
couple de danseurs planants qui semblent dessiner
avec leurs corps, au dessus d'un désert
d'ennui, les deux premières lettres du mot
Vie. Au premier plan, la Bêtise humaine
incarnée se recroqueville comme un oiseau de
malheur foudroyé par un spectacle aussi
insupportable.
C'est simple comme le jour. C'est beau comme un
grain de sable qui gripperait à lui tout
seul l'usine à gaz des empêcheurs de
vivre. Elle est terrible la tentation de la
Beauté.
Marcel
Trillat, journaliste, rédacteur en chef
à France 2
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DECOLLAGE
IMMEDIAT!
"Artisan
colleur": c'est ainsi que se définit Luc
Quinton. On l'imagine aisément en colleur
d'affiches sauvages, en colère contre toutes
les injustices sociales. Son matériau est
des plus simples: de la colle et des images. De
celles qui s'étalent dans les pages
glacées des magazines, images de reportages
de guerre, de pauvreté, de famine, de
souffrance inouïe, saisies aux quatre coins de
la planète, côtoyant les
clichés de la société de
consommation, la mise en scène des produits
et des grandes machines désirantes, les
injonctions sublimes et subliminales à
suivre les canons du bonheur promis. De ces images
piratées dans la presse, Luc Quinton en a
constitué un stock impressionnant, qu'il
s'efforce de classer par grands thèmes, et
surtout de mémoriser. Elles constituent sa
matière première. Il en
découpe les figures saillantes au ciseau,
voire patiemment au scalpel, certaines
n'étant conservées que pour les fonds
qu'elles pourront donner. Les collages naissent
dans la brusquerie, en un éclair. A la
pesanteur tonitruante des mots, Luc Quinton oppose
le choc foudroyant des images. Une image en appelle
vite une autre qui, par contraste, saute aux yeux.
Il s'agit de se fier à sa pure intuition, et
de retrouver, dans l'exécution, la vitesse
du coq-à-l'âne, de l'association
d'idées, du détournement de sens.
L'art du collage tient de la rencontre
étincelante et de la joie d'un Eurêka.
Sans doute Luc Quinton a-t-il aiguisé son
oeil et peaufiné son savoir de la
composition lorsqu'il travaillait dans la presse et
la communication à la création
d'affiches, de maquettes de publication et de
logos. Mais il n'a pas sacrifié son amour du
papier et sa manière artisanale de faire au
traitement informatique des images. D'ailleurs, il
fabrique lui-même du papier, à partir
de vieux journaux ou de boîtes d'emballage en
carton, dont il intègre des
échantillons dans le décor de ses
collages pour leur ajouter un aspect tactile, y
introduire des effets de matière.
La
plupart des collages que présente ici Luc
Quinton profèrent, avec un petit grincement
d'ironie, une dénonciation, toute
entière contenue dans leurs contrastes
insolites et provocateurs. Elles forment comme un
commentaire? - comment taire? - à la
déclaration des droits de l'homme, dont le
cinquantième anniversaire a
été tout récemment
commémoré (en 1998). Contre les
grands mots des beaux discours, contre le baume de
l'emphase, les images témoignent vertement.
La mise en contact de deux aspects contradictoires
d'une réalité double crée un
déclic instantané. L'esprit
situationniste n'est pas très loin. Luc
Quinton redonne en quelque sorte une seconde vie
à des images qu'on ne sait plus voir pour
les avoir trop vues. Le collage est une
façon, en faisant se
téléscoper deux faces du même
monde, de bousculer les habitudes, de redonner
vigueur à ce qui était devenu, par
lassitude et saturation, hélas trop banal.
Le sein décharné d'une femme noire
allaitant son enfant squelettique devant une
onctueuse tasse de chocolat fumant en disent vite
et long sur le partage et l'équité?
Partout, l'idée jaillit de l'image
fulgurante: dans la vue du continent africain
transformé en damier, ou dans celle de
femmes afghanes s'éclipsant à travers
des barreaux. Pour Luc Quinton, le collage est
aussi une manière raccourcie de raconter, ou
plutôt de suggérer, une histoire. Une
part de rêve naît du rapprochement
d'univers étrangers,
hétéroclites, comme la rencontre du
parapluie, de la machine à coudre et de la
table de dissection de Lautréamont a pu
inspirer les surréalistes. Un touareg et son
chameau égarés sur la banquise
ouvrent l'imaginaire aux étendues magiques
d'un voyage extraordinaire. C'est du
côté de chez Prévert, un autre
artisan colleur, que musarde volontiers Luc
Quinton. L'un de ses collages fait d'ailleurs
explicitement référence au
poète malicieux et à sa litanie aux
ratons laveurs. Ou alors quelquefois, c'est comme
si l'on entrouvrait quelque mot-valise de Lewis
Carroll. Les collages sont comme des pistes d'envol
pour l'imagination. Attention, décollage
immédiat!
Jean-Pierre
Chambon, écrivain
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EMOTION
ET VERITE
Entre
Luc et moi, il n'y a pas de barrage de
générations malgré nos 40 ans
de différence; nous avons le même
âge, celui de la résistance à
la bêtise humaine, l'âge du militant
contre toutes formes d'obscurantisme,
d'intégrisme et de fascisme. Si je ne me
sens pas autorisé à porter un
jugement sur le travail de Luc, je peux dire
combien l'émotion et la vérité
qu'il exprime au travers de ses collages va tout
à fait dans le sens du combat qui est le
nôtre. Il démontre d'abord que tous
les moyens sont bons, de la lutte armée de
jadis à la création artistique, pour
dénoncer les résurgences de ce qui
animait hier les valets d'Hitler. Ses collages
participent à cette dénonciation des
droits de l'homme bafoués presque partout
dans le monde.
Avec
ses ciseaux, de la colle et l'imagination qui le
caractérise, comme un militant aux aguets de
l'injustice, Luc fait passer un message ; il
interpelle et gueule ainsi et de belle
manière.
Avec
Luc, nous sommes à l'unisson parce que nous
faisons le même "boulot", celui qui consiste
à partager avec le plus de monde possible
notre enthousiasme à combattre la bête
immonde.
Pierre
Fugain, résistant, commandant FFI
commandeur de la Légion d'Honneur (et
père de Michel...)
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DE
LA RACE DES GAVROCHES
Il
est, paraît-il, des lieux où souffle
l'esprit. D'autres - mais ce sont parfois les
mêmes - où vous arrivez sans
connaître personne et où la
fraternité vous submerge
irrésistiblement. Par la grâce de
quelqu'un que vous ne connaissiez pas, que vous
n'aviez jamais rencontré et qui, le temps
d'une soirée, devient partie de votre monde.
Ce fut le cas, un certain lundi d'octobre, à
Fontaine.
Luc
est de ceux qui vous réchauffent le coeur,
lui qui, en quelques minutes, avec la même
force qu'un récit de Didier Daeninckx ou
d'une chanson d'Allain Leprest, vous persuade, par
la seule vertu de sa présence et de son
travail, que, non, décidément non, le
monde n'est pas peuplé que de salauds, de
profiteurs et de margoulins.
J'avoue
que le roman noir, l'extrême droite
américaine ou française ne m'ont pas
prédisposé à donner un avis
autorisé sur son oeuvre. Même si les
Surréalistes et John Dos Passos m'ont fourni
quelques rudiments sur l'art du découpage et
du collage, mon témoignage n'est pas celui
d'un artiste, encore moins d'un spécialiste.
Mais comment ne pas se retrouver dans le poing que
brandit une femme dévoilée en
songeant au calvaire de ses soeurs afghanes,
comment ne pas ressentir l'irrésistible
envie de faire voler en éclats la vaisselle
insolente qui nargue les affamés, comment ne
pas partager un peu de la solitude en chaussons de
ceux qu'écrase le monde impitoyable des pays
du G7? Comment, enfin, ne pas s'émouvoir de
cette image de feu, aux multiples significations?
Si l'homme tourne le dos à l'escalier en
proie aux flammes, comme un personnage de
Farhenheit 451 qui aurait renoncé, s'il
semble s'enfoncer dans la fournaise, le dos
légèrement voûté, la
marche résignée - à moins que,
fonctionnaire zélé de quelque
régime totalitaire, il n'ait mis
lui-même le feu à la
bibliothèque - si les échelons de
l'escalier de secours se tordent déjà
sous la morsure brûlante, l'Enfant
résiste. C'est que le socle sur lequel il
s'est juché est d'un matériau
imputrescible, ininflammable. C'est que l'Enfant
est de ceux que ne cessa jamais de chanter Hugo,
à qui l'on revient toujours au mot
d'Humanité.
De
cette race - qui n'a rien à voir avec La
race - des Gavroche, de l'Enfant grec, de son
frère de dix ans "pris sur une barricade, au
milieu des pavés" pendant la Commune... Dans
Les Anciens de Saint Loup, Pierre Véry
écrivait: "Il arrive que des fantômes
d'enfants laissent avec confiance leur main dans la
main de l'homme qu'ils sont devenus. On appelle
cela une grâce". Depuis notre rencontre de
Fontaine, je suis persuadé qu'elle a
été écrite aussi pour Luc
Quinton...
Roger
Martin, écrivain, militant
antifasciste
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METTEUR
EN SCENE D'IMAGES
Je
suis très touché par le travail de
Luc Quinton... Ses collages racontent des histoires
humaines, comme au théâtre. Comme un
glaneur, il récupère des
instantanés de vie, des images, des mots,
des photos destinés aux oubliettes. Avec
beaucoup de respect et de sensibilité, il
les invite à côtoyer ton univers,
à devenir les acteurs et les témoins
de tes préoccupations. Il leur offre une
deuxième vie sans complaisance, toute en
révolte. Confrontés aux joies et aux
douleurs, ses créations trouvent la
théâtralité nécessaire
à l'interpellation.
Mettre
en image des mots ou mettre en scène des
images, au bout du bout, on y rencontre les
hommes.
Michel
Dibilio, metteur en scène
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COLLEUR
VAILLANT ET JOYEUX
Vous
êtes, cher Luc Quinton, un décolleur
farouche de conneries inexpiables et un colleur
vaillant et joyeux de vérités qui
réveillent.
Willy
Ronis, photographe
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