©www.amnistia.net


Exposition virtuelle:
Décollage immédiat!
Découpag&collages de Luc Quinton


QUINTON? QUI C'EST CE TYPE-LA?
QUINTON. CONNAIS PAS.

"Ca tombe bien, on voudrait justement que tu nous parles de lui. Toi qui est journaliste, parler de ce que tu ne connais pas, tu as l'habitude !"
Ils sont marrants à Grenoble! Ah, tout de même, une photo : décidément ils me mâchent le travail!
Drôle de tête.
Moustache en bataille.
Mi-anar, mi-truand des années 1900.
La bande à Bonnot à lui tout seul.
Et puis ce regard brumeux. Il y a des regards limpides, intacts, qui se laissent traverser par les coups de chien de la vie, sans sourciller, sans rien retenir. Lui, c'est l'inverse. Il y a au moins trente-six guerres, cent-cinquante massacres et cent mille petites misères qui ont laissé leur trace entre ses paupières, comme une poussière triste. Avec un petit sourire en-dessous, comme pour s'excuser d'en avoir tant vu sans avoir rien pu oublier.
"Elle est terrible la tentation de la bonté..." disait Bertold Brecht.
Voilà un type incapable d'y résister, c'est sûr. Un type très mal barré. Comme un brocanteur spécialisé dans les douleurs et les injustices, il n'en loupe pas une. Il les entasse.
Seulement voilà : il a un truc. Il fait des rapprochements. Il appelle ça des "collages". Il prend la solitude, il l'installe au fond d'un puits de carton gris et vous la touchez du doigt. Vous ne pourrez plus jamais la laisser seule. Il prend un enfant et il l'assoit sur les Droits de l'Homme.
"Droits de l'Homme mon cul ! Ca crame partout et tu t'en fous! " semble dire l'enfant à l'homme à l'attaché-case qui tourne le dos pour ne pas voir... et qui va droit dans le mur des flammes!
Mais ses petites préférées ce sont les femmes fantômes emmurées vivantes dans la camisole de force du crétinisme masculin. Il les colle en prison mais elles tordent les barreaux comme des fétus de paille grotesques. Et elles font la belle, sans se presser, impérieuses, vers la Liberté irrémédiable. Jusqu'à ce qu'une autre, un peu plus loin, le rideau enfin levé sur son beau visage arrogant, adresse au nom de toutes ses soeurs, à tous les oppresseurs barbus, le bras d'honneur de la revanche. Une autre fois c'est un couple de danseurs planants qui semblent dessiner avec leurs corps, au dessus d'un désert d'ennui, les deux premières lettres du mot Vie. Au premier plan, la Bêtise humaine incarnée se recroqueville comme un oiseau de malheur foudroyé par un spectacle aussi insupportable.
C'est simple comme le jour. C'est beau comme un grain de sable qui gripperait à lui tout seul l'usine à gaz des empêcheurs de vivre. Elle est terrible la tentation de la Beauté.

Marcel Trillat, journaliste, rédacteur en chef à France 2

___________________

DECOLLAGE IMMEDIAT!

"Artisan colleur": c'est ainsi que se définit Luc Quinton. On l'imagine aisément en colleur d'affiches sauvages, en colère contre toutes les injustices sociales. Son matériau est des plus simples: de la colle et des images. De celles qui s'étalent dans les pages glacées des magazines, images de reportages de guerre, de pauvreté, de famine, de souffrance inouïe, saisies aux quatre coins de la planète, côtoyant les clichés de la société de consommation, la mise en scène des produits et des grandes machines désirantes, les injonctions sublimes et subliminales à suivre les canons du bonheur promis. De ces images piratées dans la presse, Luc Quinton en a constitué un stock impressionnant, qu'il s'efforce de classer par grands thèmes, et surtout de mémoriser. Elles constituent sa matière première. Il en découpe les figures saillantes au ciseau, voire patiemment au scalpel, certaines n'étant conservées que pour les fonds qu'elles pourront donner. Les collages naissent dans la brusquerie, en un éclair. A la pesanteur tonitruante des mots, Luc Quinton oppose le choc foudroyant des images. Une image en appelle vite une autre qui, par contraste, saute aux yeux. Il s'agit de se fier à sa pure intuition, et de retrouver, dans l'exécution, la vitesse du coq-à-l'âne, de l'association d'idées, du détournement de sens. L'art du collage tient de la rencontre étincelante et de la joie d'un Eurêka. Sans doute Luc Quinton a-t-il aiguisé son oeil et peaufiné son savoir de la composition lorsqu'il travaillait dans la presse et la communication à la création d'affiches, de maquettes de publication et de logos. Mais il n'a pas sacrifié son amour du papier et sa manière artisanale de faire au traitement informatique des images. D'ailleurs, il fabrique lui-même du papier, à partir de vieux journaux ou de boîtes d'emballage en carton, dont il intègre des échantillons dans le décor de ses collages pour leur ajouter un aspect tactile, y introduire des effets de matière.

La plupart des collages que présente ici Luc Quinton profèrent, avec un petit grincement d'ironie, une dénonciation, toute entière contenue dans leurs contrastes insolites et provocateurs. Elles forment comme un commentaire? - comment taire? - à la déclaration des droits de l'homme, dont le cinquantième anniversaire a été tout récemment commémoré (en 1998). Contre les grands mots des beaux discours, contre le baume de l'emphase, les images témoignent vertement. La mise en contact de deux aspects contradictoires d'une réalité double crée un déclic instantané. L'esprit situationniste n'est pas très loin. Luc Quinton redonne en quelque sorte une seconde vie à des images qu'on ne sait plus voir pour les avoir trop vues. Le collage est une façon, en faisant se téléscoper deux faces du même monde, de bousculer les habitudes, de redonner vigueur à ce qui était devenu, par lassitude et saturation, hélas trop banal. Le sein décharné d'une femme noire allaitant son enfant squelettique devant une onctueuse tasse de chocolat fumant en disent vite et long sur le partage et l'équité? Partout, l'idée jaillit de l'image fulgurante: dans la vue du continent africain transformé en damier, ou dans celle de femmes afghanes s'éclipsant à travers des barreaux. Pour Luc Quinton, le collage est aussi une manière raccourcie de raconter, ou plutôt de suggérer, une histoire. Une part de rêve naît du rapprochement d'univers étrangers, hétéroclites, comme la rencontre du parapluie, de la machine à coudre et de la table de dissection de Lautréamont a pu inspirer les surréalistes. Un touareg et son chameau égarés sur la banquise ouvrent l'imaginaire aux étendues magiques d'un voyage extraordinaire. C'est du côté de chez Prévert, un autre artisan colleur, que musarde volontiers Luc Quinton. L'un de ses collages fait d'ailleurs explicitement référence au poète malicieux et à sa litanie aux ratons laveurs. Ou alors quelquefois, c'est comme si l'on entrouvrait quelque mot-valise de Lewis Carroll. Les collages sont comme des pistes d'envol pour l'imagination. Attention, décollage immédiat!

Jean-Pierre Chambon, écrivain

________________

EMOTION ET VERITE

Entre Luc et moi, il n'y a pas de barrage de générations malgré nos 40 ans de différence; nous avons le même âge, celui de la résistance à la bêtise humaine, l'âge du militant contre toutes formes d'obscurantisme, d'intégrisme et de fascisme. Si je ne me sens pas autorisé à porter un jugement sur le travail de Luc, je peux dire combien l'émotion et la vérité qu'il exprime au travers de ses collages va tout à fait dans le sens du combat qui est le nôtre. Il démontre d'abord que tous les moyens sont bons, de la lutte armée de jadis à la création artistique, pour dénoncer les résurgences de ce qui animait hier les valets d'Hitler. Ses collages participent à cette dénonciation des droits de l'homme bafoués presque partout dans le monde.

Avec ses ciseaux, de la colle et l'imagination qui le caractérise, comme un militant aux aguets de l'injustice, Luc fait passer un message ; il interpelle et gueule ainsi et de belle manière.

Avec Luc, nous sommes à l'unisson parce que nous faisons le même "boulot", celui qui consiste à partager avec le plus de monde possible notre enthousiasme à combattre la bête immonde.

Pierre Fugain, résistant, commandant FFI
commandeur de la Légion d'Honneur (et père de Michel...)

________________________

DE LA RACE DES GAVROCHES

Il est, paraît-il, des lieux où souffle l'esprit. D'autres - mais ce sont parfois les mêmes - où vous arrivez sans connaître personne et où la fraternité vous submerge irrésistiblement. Par la grâce de quelqu'un que vous ne connaissiez pas, que vous n'aviez jamais rencontré et qui, le temps d'une soirée, devient partie de votre monde. Ce fut le cas, un certain lundi d'octobre, à Fontaine.

Luc est de ceux qui vous réchauffent le coeur, lui qui, en quelques minutes, avec la même force qu'un récit de Didier Daeninckx ou d'une chanson d'Allain Leprest, vous persuade, par la seule vertu de sa présence et de son travail, que, non, décidément non, le monde n'est pas peuplé que de salauds, de profiteurs et de margoulins.

J'avoue que le roman noir, l'extrême droite américaine ou française ne m'ont pas prédisposé à donner un avis autorisé sur son oeuvre. Même si les Surréalistes et John Dos Passos m'ont fourni quelques rudiments sur l'art du découpage et du collage, mon témoignage n'est pas celui d'un artiste, encore moins d'un spécialiste. Mais comment ne pas se retrouver dans le poing que brandit une femme dévoilée en songeant au calvaire de ses soeurs afghanes, comment ne pas ressentir l'irrésistible envie de faire voler en éclats la vaisselle insolente qui nargue les affamés, comment ne pas partager un peu de la solitude en chaussons de ceux qu'écrase le monde impitoyable des pays du G7? Comment, enfin, ne pas s'émouvoir de cette image de feu, aux multiples significations? Si l'homme tourne le dos à l'escalier en proie aux flammes, comme un personnage de Farhenheit 451 qui aurait renoncé, s'il semble s'enfoncer dans la fournaise, le dos légèrement voûté, la marche résignée - à moins que, fonctionnaire zélé de quelque régime totalitaire, il n'ait mis lui-même le feu à la bibliothèque - si les échelons de l'escalier de secours se tordent déjà sous la morsure brûlante, l'Enfant résiste. C'est que le socle sur lequel il s'est juché est d'un matériau imputrescible, ininflammable. C'est que l'Enfant est de ceux que ne cessa jamais de chanter Hugo, à qui l'on revient toujours au mot d'Humanité.

De cette race - qui n'a rien à voir avec La race - des Gavroche, de l'Enfant grec, de son frère de dix ans "pris sur une barricade, au milieu des pavés" pendant la Commune... Dans Les Anciens de Saint Loup, Pierre Véry écrivait: "Il arrive que des fantômes d'enfants laissent avec confiance leur main dans la main de l'homme qu'ils sont devenus. On appelle cela une grâce". Depuis notre rencontre de Fontaine, je suis persuadé qu'elle a été écrite aussi pour Luc Quinton...

Roger Martin, écrivain, militant antifasciste

________________________

METTEUR EN SCENE D'IMAGES

Je suis très touché par le travail de Luc Quinton... Ses collages racontent des histoires humaines, comme au théâtre. Comme un glaneur, il récupère des instantanés de vie, des images, des mots, des photos destinés aux oubliettes. Avec beaucoup de respect et de sensibilité, il les invite à côtoyer ton univers, à devenir les acteurs et les témoins de tes préoccupations. Il leur offre une deuxième vie sans complaisance, toute en révolte. Confrontés aux joies et aux douleurs, ses créations trouvent la théâtralité nécessaire à l'interpellation.

Mettre en image des mots ou mettre en scène des images, au bout du bout, on y rencontre les hommes.

Michel Dibilio, metteur en scène

_________________________

COLLEUR VAILLANT ET JOYEUX

Vous êtes, cher Luc Quinton, un décolleur farouche de conneries inexpiables et un colleur vaillant et joyeux de vérités qui réveillent.

Willy Ronis, photographe

Cliquez sur les images pour les agrandir

Découpag&collages: ©Luc Quinton

La une

Haut de page

Ex-iles

 
©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation interdits
contact: redaction@amnistia.net