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Le 10 novembre 1918, les soldats alsaciens
proclament le soviet à Strasbourg.
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Un
jour, venant de Strasbourg où j'étais
allé repéré les décors d'une
nouvelle, je me suis arrêté devant la plaque
d'une importante voie de la capitale alsacienne, la "rue du
22 novembre". Je ne saurais dire pourquoi cette
dénomination avait attiré mon attention, mais
j'avais demandé à un passant à quel
événement elle faisait
référence. "A la Libération, en 1944",
m'avait-il répondu. Un simple coup d'oeil sur un
livre d'histoire régionale m'apprit que les troupes
du général Leclerc avaient fait leur
entrée fulgurante dans Strasbourg le 23. La plaque
émaillée bleu comportait une grossière
coquille historique, ou alors elle commémorait un
autre fait marquant. Un ami alsacien émit
l'hypothèse que ce 22 novembre avait à voir
avec l'armistice de1918. Je lui rétorquai que dans ce
cas, l'erreur ne portait plus sur une journée mais
sur onze, la fin des hostilités ayant eu lieu le 11
novembre à midi. Une visite dans les archives de la
bibliothèque nationale et universitaire, place de la
République, l'ancienne Kaiserplatz, me donna la
surprenante solution: Strasbourg avait bien
été libérée le 22 novembre 1918,
mais pas de l'armée allemande! Les troupes
françaises avaient mis fin à un soviet de
soldats, d'ouvriers, de paysans...
Une
telle affirmation demande à être
étayée, et il faut revenir à la fin du
mois d'octobre de cette année-là pour y voir
plus clair. L'Allemagne impériale a perdu la guerre,
mais quelques généraux ultras, dont Ludendorff
veulent tenter un baroud d'honneur en prenant appui sur la
puissante flotte de guerre. La troupe refuse de marcher. A
Kiel, sur la Baltique, les marins se mutinent et se
constituent en Soviet. Les syndicats ouvriers les
rejoignent, et des détachements d'insurgés,
drapeaux rouges en tête, se rendent dans les villes
voisines pour gagner les habitants à leur cause. Une
quinzaine de milliers d'Alsaciens et de Lorrains sont alors
incorporés dans la Kriegsmarine, et nombre d'entre
eux participent à ces événements.
Certains décident de soulever leurs deux provinces
natales soumises à une véritable disette, et
qui sont agitées de forts mouvements de
mécontentement...
Les
marins révolutionnaires alsaciens se forment en
Conseil de soldats de Strasbourg, et exigent du gouverneur
Von Rohden la libération des détenus, la
liberté de presse et d'expression, la levée de
la censure sur le courrier, le droit de manifester. Les
prisons ouvrent leurs portes, les Conseils se rendent
maîtres des bâtiments publics et toutes les
marques d'autorité comme les insignes, les grades
sont supprimées. La ville se hérisse de
drapeaux rouges dont l'un va même flotter sur la
flèche de la cathédrale!
(...)
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