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Ombres noires sur le polar
Quand les gendarmes draguaient les auteurs de polars
Par Didier Daeninckx

Cet article a été publié le 21 novembre 2001 dans le n°7 des Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante. Abonnez-vous!

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L
e 12 janvier 1985, le leader indépendantiste Eloi Machoro est cerné par les forces d'élite de la gendarmerie nationale, dans une ferme qu'il occupe avec des militants du FLNKS, en Nouvelle Calédonie. Les plus hautes autorités de l'Etat décident de le neutraliser. Maurice Nonnaro, son adjoint est tué sur le coup par un tireur d'élite. Eloi Machoro, blessé, agonisera pendant près d'une heure, sans soins. Cet assassinat politique sera à l'origine de mon intérêt pour la lutte du peuple kanak. L'écriture du roman Cannibale, relatant la manière dont une centaine d'hommes et de femmes kanak furent enfermés derrière les cages d'un zoo, lors de l'Exposition coloniale de 1931, prend sa source dans cet événement.

En avril 1985, les éditions Fleuve Noir publièrent un polar du rigoureux auteur gauchiste Gérard Delteil, Histoires d'Os, relatant l'enquête corse d'un sympathique officier de police judiciaire de la gendarmerie.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, ce chef d'oeuvre hélas devenu introuvable, fut distingué par le jury du Prix Moncey (la gendarmerie décerne chaque année un prix littéraire, Le Prix Moncey, du nom d'un général napoléonien qui fut inspecteur général de cette formation en 1801). L'auteur reçut un chèque de 20.000 francs, et son livre éclaira pendant quelques heures les soirées sans joie de milliers de gendarmes confinés dans leurs cantonnements.

Quelques auteurs pour lesquels la littérature n'est pas simplement un marché, un créneau, mais résulte surtout d'un engagement éthique, suggérèrent à Gérard Delteil de reverser le montant du prix à Françoise, la soeur d'Eloi Machoro.

A notre connaissance, il ne fut pas donné suite à cette proposition.

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