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Mais qui était le chef
d'orchestre?
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Dessin
©Brito
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Lors
du procès du Temple Solaire, qui fut
habilement centré sur la seule
personnalité du chef d'orchestre Michel
Tabachnik, une partie importante de la
personnalité du fondateur et principal
animateur de la secte criminelle, Luc Jouret, resta
à l'abri des rayons de l'astre de
lumière. Levons le voile. En 1978, alors
simple médecin issu d'une famille de
coloniaux belges, le futur Grand Gourou Jouret
saute sur Kolvézi en compagnie des paras
belges et français, pour maintenir au
pouvoir un dictateur néo-colonial en
difficulté. Les membres non-combattants de
ce commando avaient été soigneusement
triés sur le volet par la
sécurité militaire belge, à
partir d'une liste de personnes aux états de
services anti-communistes de première
qualité. On n'ignorait donc pas que Luc
Jouret, quelque temps auparavant, militait dans les
rangs de l'Association Chine-Belgique, qu'il ne
refusait pas de franchir le rideau de fer pour
visiter l'Empire du Milieu ou admirer les riants
chantiers de Ceaucescu en Roumanie.
C'est
que le futur sauveur de trônes africains
consacrait une partie de son énergie au
développement du parti "nazi-maoïste"
belge, une officine créée par un
vieux briscard d'extrême droite, Jean
Thiriart. Ce personnage, adepte des
théories nationales-bolchéviques fut
parmi les créateurs, en 1939, des Amis du
Grand Reich, une association de communistes belges
émerveillés par le pacte
germano-soviétique. Son activité de
collaboration se solda, à la
Libération, par une condamnation à
trois années de prison.
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Le
Parti Communautaire
National-Européen, héritier
du Parti Communautaire Européen de
Jean Thiriar et Luc Jouret, joue toujours
sur la confusion des genres, comme cette
effigie de Che Guevara sous un slogan pour
la libération "sociale et
nationale". De la propagande cousue de fil
blanc qui attire pourtant les gogos.
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Malgré
tout cela, il conservera un réseau de
complicité à l'intérieur du
parti communiste belge et parviendra, au moment de
la tentative de déstalinisation du PCB,
à susciter une scission sur la base de la
fidélité à Joseph Staline.
L'un des artisans de cette opération
menée par Thiriart n'était autre que
Luc Jouret qui créera le Parti Communautaire
Européen dont un avatar, le Parti
Communautaire National Européen existe
toujours et publie un journal où s'expriment
des démocrates sincères comme Roger
Garaudy ou Isabelle Coutant-Peyre, la future madame
Carlos.
Lorsqu'en
octobre 1994, 48 adeptes de la secte du Temple
Solaire sont assassinés en Suisse dans les
villages de Cheiry et Salvan, un curieux expert qui
se présente comme "conseiller pour les
questions religieuses au sein de l'Office central
de la Défense" (Département
militaire suisse), collabore avec les
enquêteurs, interroge seul à seul les
témoins au mépris de toutes les
règles de procédure. Il s'agit de
Jean-François Mayer, ancien militant de
l'extrême droite lyonnaise, ex-responsable de
diffusion de la feuille négationniste
Défense de l'Occident, membre de la
secte vaticane CESNUR. Il collabore actuellement
à la revue ésotérique
Politica Hermetica où il côtoie
de nombreux universitaires comme Régis
Ladous qui accorda un diplôme
négationniste à Jean Plantin, ou
Pierre-André Taguieff rabatteur de voix pour
Chevènement. Dans son livre Ordre du
Temple Solaire, en quête de
vérité, Rosemarie Jaton rapporte
la teneur d'un interview de J.F. Mayer dans
laquelle celui-ci admet avoir été en
contact avec Luc Jouret.
"J'ai
eu l'occasion de rencontrer Luc Jouret à
plusieurs reprises durant les années
quatre-vingt. (...) J'avais vu quelles foules il
attirait et, par la suite, j'avais
commencé à aller assister aux
réunions des clubs Archédia.
Très vite, je me suis rendu compte que
derrière cette structure il y avait cette
autre structure ésotérique
initiatique: l'Ordre chevaleresque international
tradition solaire".
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Jean-François
Mayer, l'Helvète underground.
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Après
l'assassinat final des 16 autres adeptes du Temple
Solaire en décembre 1995, dans le
Vercors, Jean-François Mayer sera l'un des
300 privilégiés qui recevront un
dossier émanant de la secte et contenant les
écrits posthumes des
sacrifiés.
Pour
un observateur attentif comme Bruno Fouchereau,
auteur de La mafia des sectes et
collaborateur du Monde Diplomatique, le
groupe "nazi-maoïste" belge auquel
appartenaient Thiriart et Jouret dans les
années 70, n'était que le cache-sexe
d'une officine anti-communiste, le SDRA-8,
pilotée par les services de l'OTAN dans le
cadre de la guerre froide. Un élément
de Gladio. Une autre des créations de ce
SDRA-8, le groupe terroriste Westland-New-Post,
infiltrait le milieu néo-nazi.
Comme quoi un service peut toujours en cacher un
autre...
Ce
jeu d'ombres ne peut manquer d'évoquer les
conditions de la création de l'Ordre
Souverain du Temple Solaire et les diverses sources
qui citent avec insistance, pour la France, le
parrainage d'un grand manipulateur devant
l'éternel. Il est vrai que l'on ne
prête qu'aux riches. Ce dirigeant des
services secrets français durant la guerre
d'Algérie fut le concepteur de La Main
Rouge, un groupe de terroristes d'Etat
dissimulés derrière la fiction de
maximalistes Algérie-Française. Tous
les attentats, les assassinats de civils à
l'étranger, décidés par la
France furent attribués à cette
organisation fantôme afin de dédouaner
le pouvoir gaulliste. Constantin Melnik, tout le
monde l'aura reconnu, admet sa
responsabilité dans le montage de la fiction
de la Main Rouge, mais il dément de
manière bizarre son implication dans la saga
templière. Il pointe le doigt vers le KGB
qui, en 1958, aurait promené des hommes
déguisés en Chevaliers du Temple
près de sa résidence pour le
compromettre, le ridiculiser! Ce que Constantin
Melnik ne conteste pas non plus, c'est qu'il
peaufina sa formation grâce aux services
américains de la Rand Corporation, une
entreprise d'expertise militaire dont le principal
client est le Pentagone, et que c'est de son exil
doré aux Etats-Unis que François de
Grossouvre vint le tirer en 1983. Alors bien en
cour, François de Grossouvre, serait
l'ancien responsable de Gladio pour la
région lyonnaise, ce qui est
également rapporté par Geoffroy
d'Aumale et Jean-Pierre Faure dans leur Guide de
l'Espionnage et du contre-espionnage paru aux
éditions du Cherche-Midi. Il était
chargé par Mitterrand de réorganiser
les services secrets français et il avait
besoin de l'aide d'un spécialiste. Plus
tard, François de Grossouvre se suicidera,
pour certains il fut suicidé, dans son
bureau de l'Elysée, à quelques
mètres du monarque républicain qui
l'avait délaissé. Le massacre du
Temple Solitaire...
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