Du Temple Solaire au réseau Gladio, en passant par Politica Hermetica…

Cet article a été publié le 27 février 2002 dans le n°13 des Enquêtes interdites. Découvrez tous nos articles exclusifs en vous abonnant.

Mais qui était le chef d’orchestre?
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Dessin ©Brito
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Lors du procès du Temple Solaire, qui fut habilement centré sur la seule personnalité du chef d’orchestre Michel Tabachnik, une partie importante de la personnalité du fondateur et principal animateur de la secte criminelle, Luc Jouret, resta à l’abri des rayons de l’astre de lumière. Levons le voile. En 1978, alors simple médecin issu d’une famille de coloniaux belges, le futur Grand Gourou Jouret saute sur Kolvézi en compagnie des paras belges et français, pour maintenir au pouvoir un dictateur néo-colonial en difficulté. Les membres non-combattants de ce commando avaient été soigneusement triés sur le volet par la sécurité militaire belge, à partir d’une liste de personnes aux états de services anti-communistes de première qualité. On n’ignorait donc pas que Luc Jouret, quelque temps auparavant, militait dans les rangs de l’Association Chine-Belgique, qu’il ne refusait pas de franchir le rideau de fer pour visiter l’Empire du Milieu ou admirer les riants chantiers de Ceaucescu en Roumanie.C’est que le futur sauveur de trônes africains consacrait une partie de son énergie au développement du parti “nazi-maoïste” belge, une officine créée par un vieux briscard d’extrême droite, Jean Thiriart. Ce personnage, adepte des théories nationales-bolchéviques fut parmi les créateurs, en 1939, des Amis du Grand Reich, une association de communistes belges émerveillés par le pacte germano-soviétique. Son activité de collaboration se solda, à la Libération, par une condamnation à trois années de prison.


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Le Parti Communautaire National-Européen, héritier du Parti Communautaire Européen de Jean Thiriar et Luc Jouret, joue toujours sur la confusion des genres, comme cette effigie de Che Guevara sous un slogan pour la libération “sociale et nationale”. De la propagande cousue de fil blanc qui attire pourtant les gogos.
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Malgré tout cela, il conservera un réseau de complicité à l’intérieur du parti communiste belge et parviendra, au moment de la tentative de déstalinisation du PCB, à susciter une scission sur la base de la fidélité à Joseph Staline. L’un des artisans de cette opération menée par Thiriart n’était autre que Luc Jouret qui créera le Parti Communautaire Européen dont un avatar, le Parti Communautaire National Européen existe toujours et publie un journal où s’expriment des démocrates sincères comme Roger Garaudy ou Isabelle Coutant-Peyre, la future madame Carlos.Lorsqu’en octobre 1994, 48 adeptes de la secte du Temple Solaire sont assassinés en Suisse dans les villages de Cheiry et Salvan, un curieux expert qui se présente comme “conseiller pour les questions religieuses au sein de l’Office central de la Défense” (Département militaire suisse), collabore avec les enquêteurs, interroge seul à seul les témoins au mépris de toutes les règles de procédure. Il s’agit de Jean-François Mayer, ancien militant de l’extrême droite lyonnaise, ex-responsable de diffusion de la feuille négationniste Défense de l’Occident, membre de la secte vaticane CESNUR. Il collabore actuellement à la revue ésotérique Politica Hermetica où il côtoie de nombreux universitaires comme Régis Ladous qui accorda un diplôme négationniste à Jean Plantin, ou Pierre-André Taguieff rabatteur de voix pour Chevènement. Dans son livre Ordre du Temple Solaire, en quête de vérité, Rosemarie Jaton rapporte la teneur d’un interview de J.F. Mayer dans laquelle celui-ci admet avoir été en contact avec Luc Jouret.

“J’ai eu l’occasion de rencontrer Luc Jouret à plusieurs reprises durant les années quatre-vingt. (…) J’avais vu quelles foules il attirait et, par la suite, j’avais commencé à aller assister aux réunions des clubs Archédia. Très vite, je me suis rendu compte que derrière cette structure il y avait cette autre structure ésotérique initiatique: l’Ordre chevaleresque international tradition solaire”.

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Jean-François Mayer, l’Helvète underground.
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Après l’assassinat final des 16 autres adeptes du Temple Solaire en décembre 1995, dans le Vercors, Jean-François Mayer sera l’un des 300 privilégiés qui recevront un dossier émanant de la secte et contenant les écrits posthumes des sacrifiés.Pour un observateur attentif comme Bruno Fouchereau, auteur de La mafia des sectes et collaborateur du Monde Diplomatique, le groupe “nazi-maoïste” belge auquel appartenaient Thiriart et Jouret dans les années 70, n’était que le cache-sexe d’une officine anti-communiste, le SDRA-8, pilotée par les services de l’OTAN dans le cadre de la guerre froide. Un élément de Gladio. Une autre des créations de ce SDRA-8, le groupe terroriste Westland-New-Post, infiltrait le milieu néo-nazi.
Comme quoi un service peut toujours en cacher un autre…

Ce jeu d’ombres ne peut manquer d’évoquer les conditions de la création de l’Ordre Souverain du Temple Solaire et les diverses sources qui citent avec insistance, pour la France, le parrainage d’un grand manipulateur devant l’éternel. Il est vrai que l’on ne prête qu’aux riches. Ce dirigeant des services secrets français durant la guerre d’Algérie fut le concepteur de La Main Rouge, un groupe de terroristes d’Etat dissimulés derrière la fiction de maximalistes Algérie-Française. Tous les attentats, les assassinats de civils à l’étranger, décidés par la France furent attribués à cette organisation fantôme afin de dédouaner le pouvoir gaulliste. Constantin Melnik, tout le monde l’aura reconnu, admet sa responsabilité dans le montage de la fiction de la Main Rouge, mais il dément de manière bizarre son implication dans la saga templière. Il pointe le doigt vers le KGB qui, en 1958, aurait promené des hommes déguisés en Chevaliers du Temple près de sa résidence pour le compromettre, le ridiculiser! Ce que Constantin Melnik ne conteste pas non plus, c’est qu’il peaufina sa formation grâce aux services américains de la Rand Corporation, une entreprise d’expertise militaire dont le principal client est le Pentagone, et que c’est de son exil doré aux Etats-Unis que François de Grossouvre vint le tirer en 1983. Alors bien en cour, François de Grossouvre, serait l’ancien responsable de Gladio pour la région lyonnaise, ce qui est également rapporté par Geoffroy d’Aumale et Jean-Pierre Faure dans leur Guide de l’Espionnage et du contre-espionnage paru aux éditions du Cherche-Midi. Il était chargé par Mitterrand de réorganiser les services secrets français et il avait besoin de l’aide d’un spécialiste. Plus tard, François de Grossouvre se suicidera, pour certains il fut suicidé, dans son bureau de l’Elysée, à quelques mètres du monarque républicain qui l’avait délaissé. Le massacre du Temple Solitaire…

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