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amnistia.net/les enquêtes interdites n°15 - 27.03.2002
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Kanaky: des manoeuvres pas très nickel...
Par Pierre Maillot

L
e 22 janvier 2002, le SOENC-Mines, organisation syndicale dissidente du Syndicat des Ouvriers et Employés de Calédonie, bloque les sites miniers de Kouaoua, Nakéty, Boaken et les locaux de la S.M.S.P., Société Minière du Sud Pacifique.

A l'origine du conflit: la mise en chômage partiel de l'ensemble de son personnel, 600 salariés, aussi bien dans ses centres miniers que dans ses services et filiales, mesure prise à la suite d' une chute continue des cours du nickel au L.M.E. passés de fin novembre 2000 à octobre 2001 de 3, 33 à 2,19 USD la livre. A cette crise conjoncturelle se sont ajoutées les conséquences, notamment sur le marché de l'aéronautique grand consommateur de nickel, de l'attentat du 11 septembre. Avec pour corollaire une manque de visibilité totale quant à l'issue de la crise. Annoncée le 1er décembre les mesures de chômage partielles ont été acceptées en Comité d'Entreprise par l'ensemble des syndicats à l'exception du SOENC-Mines, syndicat minoritaire dirigé par Sylvain Néa.

Un casse" organisé

Très vite le conflit déborde le cadre syndical et tourne au sabotage de l'outil de travail.

Le 23 janvier deux véhicules de la société sont détruits sur le parking de l'immeuble Carcopino qui abrite le siège de la SMSP.
Le 25 janvier un pick-up est incendié à Ouémo et un 4x4 précipité dans un ravin à Nouville.
Enfin le 30 janvier le siège social est entièrement dévasté par les grévistes: portes fracturées au pied de biche, téléphones arrachés, ordinateurs brisés, archives dispersées. Le bureau de Raphael Pidjot, ancien président de la SMSP, tragiquement disparu en novembre 2000 dans un crash d'hélicoptère, n'est pas épargné. Les coutumes sont piétinées. Un saccage perpétré entre deux rondes de police. "Nous n'avons pas pu les arrêter dira l'un des policiers car ils se sont rapidement fondus à la masse des grévistes".

Simple exaspération ou coup soigneusement préparé? Le vol de disquettes, de disques durs, d'archives confidentielles et stratégiques pour l'entreprise ne laissent planer aucun doute: il s'agit d'un casse minutieusement programmé, sous couvert d'une action syndicale manipulée.

Qui tire les ficelles?

Qui pourrait bien avoir intérêt à déstabiliser la SMSP?

La SMSP n'est pas une entreprise comme les autres. Propriété de la Province nord à majorité indépendantiste depuis le début des années 90, la SMSP est devenue le premier exportateur mondial de minerais de nickel. Elle représente pour le peuple kanak et l'ensemble des citoyens progressistes du Pays un rouage essentiel du rééquilibrage entre le Nord et le Sud, un symbole de la capacité du peuple kanak à prendre une part active au développement économique, capacité que le racisme colonial lui a longtemps dénié et lui dénie encore. Enfin et surtout, elle constitue le fondement économique d'une future indépendance du Pays. Dans les projets à court terme de la SMSP figure en effet la construction, dans le nord, d'une usine de transformation du nickel, en partenariat avec le canadien Falconbridge. "On ne peut pas être indépendant si tout va à l'exportation et si la valeur ajoutée se fait à l'extérieur du pays", déclare Paul Néaoutyine (FLNKS), président de la province nord.

Les exactions du syndicat de Sylvain Néa se sont produites alors que le RPCR, le FLNKS et l'Etat se rencontraient à Paris dans le cadre du comité de suivi de l'Accord de Nouméa, en l'absence - aussi soudaine qu'inexpliquée - de Jacques Lafleur. Hasard?

La Fédération Patronale si prompte habituellement à se répandre dans la presse en invectives contre les grévistes est restée curieusement silencieuse. Hasard?

N'est-il pas étrange que le RPCR par la voix de son organe de presse officieux, L'Hebdo, peu suspect de sympathie pour le mouvement ouvrier, ait apporté un soutien ouvert au SOENC-Mines et à Sylvain Néa qualifié de "bouc-émissaire" injustement "désigné à la vindicte populaire". Et l'hebdomadaire de s'insurger, non pas contre la casse dont est victime l'entreprise, mais contre une SMSP qui serait devenue "une institution intouchable et quasi mythique". On n'est pas très loin de l'aveu (...)

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