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Kanaky:
des manoeuvres pas très nickel...
Par
Pierre Maillot
Le
22 janvier 2002, le SOENC-Mines, organisation
syndicale dissidente du Syndicat des Ouvriers et
Employés de Calédonie, bloque les
sites miniers de Kouaoua, Nakéty, Boaken et
les locaux de la S.M.S.P., Société
Minière du Sud Pacifique.
A
l'origine du conflit: la mise en chômage
partiel de l'ensemble de son personnel, 600
salariés, aussi bien dans ses centres
miniers que dans ses services et filiales, mesure
prise à la suite d' une chute continue des
cours du nickel au L.M.E. passés de fin
novembre 2000 à octobre 2001 de 3, 33
à 2,19 USD la livre. A cette crise
conjoncturelle se sont ajoutées les
conséquences, notamment sur le marché
de l'aéronautique grand consommateur de
nickel, de l'attentat du 11 septembre. Avec pour
corollaire une manque de visibilité totale
quant à l'issue de la crise. Annoncée
le 1er décembre les mesures de chômage
partielles ont été acceptées
en Comité d'Entreprise par l'ensemble des
syndicats à l'exception du SOENC-Mines,
syndicat minoritaire dirigé par Sylvain
Néa.
Un
casse" organisé
Très
vite le conflit déborde le cadre syndical et
tourne au sabotage de l'outil de
travail.
Le
23 janvier deux véhicules de la
société sont détruits sur le
parking de l'immeuble Carcopino qui abrite le
siège de la SMSP.
Le 25 janvier un pick-up est incendié
à Ouémo et un 4x4
précipité dans un ravin à
Nouville.
Enfin le 30 janvier le siège social est
entièrement dévasté par les
grévistes: portes fracturées au pied
de biche, téléphones arrachés,
ordinateurs brisés, archives
dispersées. Le bureau de Raphael Pidjot,
ancien président de la SMSP, tragiquement
disparu en novembre 2000 dans un crash
d'hélicoptère, n'est pas
épargné. Les coutumes sont
piétinées. Un saccage
perpétré entre deux rondes de police.
"Nous n'avons pas pu les arrêter dira l'un
des policiers car ils se sont rapidement fondus
à la masse des
grévistes".
Simple
exaspération ou coup soigneusement
préparé? Le vol de disquettes, de
disques durs, d'archives confidentielles et
stratégiques pour l'entreprise ne laissent
planer aucun doute: il s'agit d'un casse
minutieusement programmé, sous couvert d'une
action syndicale manipulée.
Qui
tire les ficelles?
Qui
pourrait bien avoir intérêt à
déstabiliser la SMSP?
La
SMSP n'est pas une entreprise comme les autres.
Propriété de la Province nord
à majorité indépendantiste
depuis le début des années 90, la
SMSP est devenue le premier exportateur mondial de
minerais de nickel. Elle représente pour le
peuple kanak et l'ensemble des citoyens
progressistes du Pays un rouage essentiel du
rééquilibrage entre le Nord et le
Sud, un symbole de la capacité du peuple
kanak à prendre une part active au
développement économique,
capacité que le racisme colonial lui a
longtemps dénié et lui dénie
encore. Enfin et surtout, elle constitue le
fondement économique d'une future
indépendance du Pays. Dans les projets
à court terme de la SMSP figure en effet la
construction, dans le nord, d'une usine de
transformation du nickel, en partenariat avec le
canadien Falconbridge. "On ne peut pas
être indépendant si tout va à
l'exportation et si la valeur ajoutée se
fait à l'extérieur du pays",
déclare Paul Néaoutyine (FLNKS),
président de la province nord.
Les
exactions du syndicat de Sylvain Néa se sont
produites alors que le RPCR, le FLNKS et l'Etat se
rencontraient à Paris dans le cadre du
comité de suivi de l'Accord de
Nouméa, en l'absence - aussi soudaine
qu'inexpliquée - de Jacques Lafleur.
Hasard?
La
Fédération Patronale si prompte
habituellement à se répandre dans la
presse en invectives contre les grévistes
est restée curieusement silencieuse.
Hasard?
N'est-il
pas étrange que le RPCR par la voix de son
organe de presse officieux, L'Hebdo, peu
suspect de sympathie pour le mouvement ouvrier, ait
apporté un soutien ouvert au SOENC-Mines et
à Sylvain Néa qualifié de
"bouc-émissaire" injustement
"désigné à la vindicte
populaire". Et l'hebdomadaire de s'insurger,
non pas contre la casse dont est victime
l'entreprise, mais contre une SMSP qui serait
devenue "une institution intouchable et quasi
mythique". On n'est pas très loin de
l'aveu (...)
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l'article dans le n°15 des Enquêtes
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