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Le
nombre de rats et de chats diminue dans les
quartiers les plus défavorisés de
Buenos Aires, l'immense capitale argentine.
Réduits à la faim "les gens les
mangent. Ensuite ce sera le tour des
chiens", soupire amèrement une
ancienne ouvrière de 75 ans qui "fait",
comme des milliers de "nouveaux pauvres", les
poubelles des restaurants du centre-ville à
la recherche de quelque chose à manger. Pas
étonnant, quand on sait que depuis janvier
dernier, les prix des aliments de base comme
l'huile de maïs ou la farine ont
augmenté respectivement de 172,3% et 155,4%!
D'autres se débrouillent comme ils le
peuvent. En volant les plaques des professions
libérales en bas des immeubles, par exemple,
pour revendre ensuite le métal dont elles
sont composées. Ou les tapis-brosse, devant
les maisons et les appartements. Tout ça
pour quelques misérables pesos qui
s'échangent désormais à 3,76
contre un dollar, quand il y a encore six mois
c'était la parité entre les deux
monnaies. Manifester pour réclamer des aides
sociales d'urgence ou le versement des salaires
arriérés, ou tout simplement crier
son désespoir, ne sert plus à rien.
Le 23 avril dernier, 500 fonctionnaires de l'Etat
de San Juan, sans salaire depuis des mois,
attaquaient le palais du gouvernement local. Il
s'ensuivit une bataille rangée avec la
police qui dispersa les manifestants sous un
déluge de balles en caoutchouc.
En
Argentine, il y a eu 11.000 manifestations depuis
le 19-20 décembre dernier, quand la crise
financière a explosé dans toute sa
gravité. Et à chaque fois la
réponse est la même: il n'y a plus
d'argent dans les caisses de l'Etat. Et cet
argent ne viendra sûrement pas du Fonds
Monétaire International (FMI), affirmait fin
avril à la radio argentine La Red
l'économiste Walter Molano, de la banque
d'investissement américaine BCP Security,
spécialisée dans l'Amérique du
Sud. Car, disait-il, le FMI "est une institution
du Groupe G7 (les pays les plus
industrialisés du monde-ndlr), qui n'est pas
là pour favoriser le développement
des pays, mais pour faire des affaires".
L'argent dont le FMI dispose sera donné,
continuait Molano, "à la Turquie ou
à d'autres points du monde qui
intéressent la politique des Etats-Unis"
et "... malheureusement l'Argentine n'est pas
comprise dans cette partie du monde",
déclarait avec une franchise brutale Walter
Molano.
Ainsi,
pour prêter de l'argent vital à la
survie même du pays, le FMI ne se gêne
pas pour réclamer à Buenos Aires une
contraction toujours plus drastique des
dépenses de l'Etat, quitte à
provoquer entre 200 et 300 mille nouveaux
chômeurs. Une sorte de condamnation
à mort pour un pays dont le taux de
chômage a déjà
dépassé le cap des 25%, tandis qu'au
premier mai dernier 40% de la population vivait
au-dessous du seuil de pauvreté, selon les
dernières statistiques publiées par
l'INDEC, l'institut des statistiques argentin. Six
mois à peine après le début de
la crise et les dernières coupes
budgétaires, 1 million et demi d'Argentins
sont allés grossir les rangs des nouveaux
pauvres... Une spirale infernale récession
économique-restrictions budgétaires,
que trouve absurde Joseph Stiglitz, professeur
d'économie à l'université de
Columbia, aux Etats-Unis, et ancien haut dirigeant,
entre 1997 et 2000, de la Banque Mondiale.
Analysant la crise argentine et les diktats du FMI,
dans les colonnes du Washington Post du 12
mai dernier, il écrivait qu'obliger Buenos
Aires à couper les dépenses en
période de récession
économique ne faisait qu'empirer sa
situation. Moins de déficit se traduisent
par moins d'investissements publics, moins de
salaires et de consommation, procurent moins
d'impôts, et donc une récession encore
plus grave... Joseph Stiglitz donne pour preuves
qu'entre 1999 et 2001, le gouvernement
fédéral argentin avait
sévèrement réduit ses frais de
10%, ce qui n'a pas empêché la crise
de s'aggraver pour la cinquième année
consécutive.
En
effet, rien que pour l'année
dernière, le Produit intérieur brut
argentin a chuté de plus de 16,3%,
supplémentaires suite à
l'écroulement de l'appareil productif,
tandis que pour les seuls quatre premiers mois de
2002 les prix ont déjà
augmenté de 42% en moyenne! Comme
solution à la crise interminable de celui
qui fut "l'élève modèle" du
FMI, l'économiste américain J.
Stiglitz préconise l'ouverture du
marché des USA aux produits argentins et le
redémarrage de l'aide financière
internationale à Buenos Aires. Ce qui risque
de rester un voeu pieux. Pour les économies
occidentales, Washington en tête, le
"marché ouvert" c'est bon chez les autres,
pas chez soi. De plus, après 25 ans de
recettes ultra-libérales, il n'y a plus rien
à piller en Argentine.
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