|
|
Du 6 au 8 avril 1992, le Centre de Recherches et d'études anthropologiques (CREA) de l'Université Lyon 2 organise un colloque sur l'ésotérisme, ce qui n'a rien de scandaleux en soi, d'autant que la capitale des Gaules est célèbre pour avoir hébergé Nostradamus et que nombre de ses livres y furent imprimés. Le problème est que cette réunion scientifique est co-organisée avec une association d'extrême-droite flirtant avec le monde sectaire, le CESNUR. Son gourou, Massimo Introvigne intervient à la tribune, de même que les membres les plus influents du CESNUR comme Eileen Barker ou J. Gordon Melton. On peut aussi entendre un autre des dirigeants de cette association occulte, le professeur Régis Ladous, dont on ne sait pas encore qu'il a attribué la mention Très Bien à un mémoire de maîtrise à caractère négationniste présenté par son étudiant Jean Plantin. Un étudiant attardé, présenté comme "candidat doctoral à Paris VII", fait sensation en présentant une communication intitulée "L'influence d'Aleister Crowley et de l'OTO dans les pays francophones". Il rappelle que Crowley, admirateur de Satan et d'Hitler, s'était auto-proclamé "Grande Bête 666", une référence au chiffre de l'Apocalypse, et qu'il fut nommé Grand Maître pour la Grande Bretagne de l'Ordo Templi Orientis avec le titre de "Suprême et Saint Roi de l'Irlande, Iona et de toutes les Bretagnes dans le Mystère de la Gnose", obtenant dans ces fonctions le soutien de l'Union des Fascistes Britanniques! A notre connaissance, le vieil étudiant qui fait l'éloge de Aleister Crowley ne confie pas à ses auditeurs de l'université lyonnaise qu'il est souvent désigné comme étant très proche d'une dissidence de l'OTO, (quinze membres pour la France), dont il se serait, à son tour, proclamé Grand Maître. En fait, notre orateur possède une carte de visite déjà très chargée. Il s'appelle Christian Bouchet et, né en 1956, il est salarié de l'éducation nationale. Dès le milieu des années 70, il milite dans les groupes d'extrême-droite et collabore de manière régulière à la Lettre de la Francité. Il apparaît publiquement en 1985 en devenant le dirigeant, pour la région nantaise, de Troisième Voie, un groupuscule néo-fasciste créé à Lyon par Jean-Gilles Malliarakis. Dans le même temps, il adhère aux Comités d'Action Républicains de Bruno Mégret et s'inscrit au GRECE d'Alain de Benoist. On le retrouve également au sommaire de la revue Sol invictus, un titre qui fait directement référence à une devise SS. En moins de deux ans, il s'impose à la tête de Troisième Voie, ce qui ne l'empêche pas de passer, à Nantes, une maîtrise d'histoire intitulée Aleister Crowley (1875-1947) approche historique d'un magicien contemporain, et de lancer une publication Lettre tercériste. Il collabore à la revue néo-nazie placée sous le patronage de Jacques Doriot Nationalisme et République aux côtés de Roger Garaudy, de Pierre Guillaume et des professeurs lyonnais Bernard Notin ou Jacques Marlaud ou du porte parole des Verts exclu de ce mouvement pour antisémitisme, le lyonnais Jean Brière. "Perron
est un militant bien connu de la mouvance
néo-nazie et sataniste française,
proche notamment du réseau sectaire
animé par Christian Bouchet, chef de file
d'une des branches de la secte OTO (Ordo Templi
Orientis) et gravitant dans l'orbite du Front
National". C. Bouchet crée, toujours en 1991, la Loge Nationale Française de l'Ordre du Temple d'Orient, qui est présentée par les spécialistes comme une dissidence française de l'OTO chère à Crowley, et c'est donc quelques mois plus tard, en avril 1992, qu'il pérore devant un aréopage de professeurs et de scientifiques réunis par l'université Lyon 2. D'autres colloques avec le CESNUR suivront comme à Montréal en 1996. C. Bouchet doit écourter son séjour au Canada. Son organisation "Nouvelle Résistance" est en phase d'implosion. Une fraction conduite par André-Yves Beck, collaborateur direct du maire d'Orange, a décidé de rejoindre le Front National. D'autres dirigeants choisissent de se lier au PCN (Parti Communautariste national-européen). Chacun sort ses dossiers pour emporter le morceau et l'on peut lire ceci dans Nation Europe, l'organe du PCN, en date d'octobre 1996: "Les militants du mouvement Nouvelle Résistance (...) approuvent la démarche de l'organisation débarrassée de sa fraction réactionnaire pro-Front National dirigée par des collaborateurs de la mairie d'Orange: Christian Bouchet et André-Yves Beck (...) Le rejet inconditionnel des pratiques sectaires à caractère sataniste dont Christian Bouchet est le héraut bien connu". Puis ces militants se prononcent pour "Une éthique militante saine, anti-misogyne et qui ne fait pas de la dépravation un modèle de comportement". C. Bouchet tire les conséquences de ce rejet par ses propres amis, et c'est en juin 1998 qu'il parvient à fédérer des éléments des groupuscules Jeune Résistance et du GUD (Groupe Union Défense) pour créer l'organisation UNITE RADICALE. Ils seront rejoints par des cadres de l'uvre Française et du Parti National Français et Européen. Lors de la scission du Front National, C. Bouchet penchera du côté de celui qui lui avait donné sa chance en 1985 dans les Comités d'Action Républicains: Bruno Mégret. Aux élections cantonales, il se présente sous le sigle du MNR dans la région nantaise. Les premiers textes d'Unité Radicale font une place importante au négationnisme: "Nous condamnons la répression et l'interdiction de s'exprimer qui frappe les historiens révisionnistes". Les provocations antisémites sont permanentes, ainsi lors de l'anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv, en juillet 2000: "Pardon de préférer le passé des Gaulois à celui des Hébreux".
Au printemps 2002, quelques semaines avant que l'amateur de musique contemporaine identitaire Maxime Brunerie n'épaule sa 22LR sur les Champs Elysées, Christian Bouchet qui venait d'être élu au Conseil national du MNR, a été mis sur le côté par ses amis d'Unité Radicale dans le but, déjà, de "moderniser" l'organisation, de la débarrasser en apparence des vieilleries directement néo-nazies, en surfant prioritairement sur les thèmes ethniques. Juste avant cette cassure de la militance "radicalement unitaire" Christian Bouchet avait eu le plaisir de lire une longue critique de son livre Aleister Crowley et le mouvement Thélémite publié par les éditions du Chaos. Elle figure dans le numéro 15 de Politica Hermetica, la revue officieuse du CESNUR. Le papier est signé de Marco Pasi, doctorant à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Religieuses, Sorbonne. On retrouve son nom dans la revue néo-fasciste italienne Orion, et les éditions d'extrême-droite Barbarossa annonçaient en 1995 un ouvrage sur Crowley signé par Marco Pasi. Le noeud coulant se resserre un peu plus quand on lit que le comité scientifique de la revue du CESNUR comprend Régis Ladous, ce professeur lyonnais qui mit le pied à l'étrier universitaire à Jean Plantin, et qu'il y fait équipe avec Pierre-André Taguieff, membre de la commission chargée par Jack Lang d'évaluer l'emprise des négationnistes sur l'université lyonnaise. Pendant des années, les journalistes d'amnistia.net n'ont cessé d'alerter l'opinion sur les "alliances contre nature", sur ces "obscènes alliances des contraires", sur le "danger brun-rouge". On nous rétorquait que nous posions une loupe sur des milieux folkloriques, qui ne présentaient aucun danger réel. Il apparaît aujourd'hui que ces véritables laboratoires idéologiques essaiment leurs thèses, leurs thèmes, bien au-delà de la mouvance gagnée aux solutions radicales d'extrême-droite. Après la présence au deuxième tour des élections présidentielles de Le Pen, son vainqueur a été la cible d'un attentat mené, non par un homme seul, mais par un militant formé à l'action solitaire. Qu'on
observe la carte d'Europe des idées brunes,
l'Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, le Portugal, l'Italie,
l'Espagne, la Belgique, et que l'on se demande quel poids
réel pèse un minuscule cylindre d'acier
engagé dans le canon d'une 22 Long Rifle! Cet
article a été publié le 20
août 2002 dans le n°22 des
Enquêtes interdites.
Soutenez
notre rédaction indépendante,
abonnez-vous!
|
||||||||||||||||||||||||||