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Le fondateur du groupe nazi Unité Radicale invité de l'Université lyonnaise
Par Didier Daeninckx

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Cet article a été publié le 20 août 2002 dans le n°22 des Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante, abonnez-vous!


Le Pen indigné par la dissolution
d'Unité Radicale


Quelques jours avant que l'interdiction du groupuscule activiste Unité Radicale ne soit prononcé, ses dirigeants G. Luyt et F. Robert publiaient un dernier communiqué où il était notamment affirmé que:

"Si l'interdiction devait être prononcée, ce serait en fin de compte un formidable coup d'accélérateur pour notre mouvement qui se verrait dans l'obligation de se doter de la façade légale exigée par le système et de mener à bien, en quelques semaines, la révolution culturelle de notre famille de combat".

Dans la foulée de la mise hors-la-loi du groupe et de l'interdiction du site néo-nazi Unité Radicale, suite au procès intenté par l'association J'accuse, de nouvelles structures ont vu le jour avec la mise en ligne d'un site intitulé "Dissolution UR". Le serveur est le même que le précédent et, chose plus troublante, l'adresse légale est la Boîte Postale 13, à Nice, qui était celle d'Unité Radicale.

Les amis de Maxime Brunerie, l'idéologue à la 22 LR, s'exposent ainsi aux disposition de la loi sur la "reconstitution de ligue dissoute" qui prévoit une amende de plusieurs dizaines de milliers d'euros et plusieurs années de détention.


D
u 6 au 8 avril 1992, le Centre de Recherches et d'études anthropologiques (CREA) de l'Université Lyon 2 organise un colloque sur l'ésotérisme, ce qui n'a rien de scandaleux en soi, d'autant que la capitale des Gaules est célèbre pour avoir hébergé Nostradamus et que nombre de ses livres y furent imprimés. Le problème est que cette réunion scientifique est co-organisée avec une association d'extrême-droite flirtant avec le monde sectaire, le CESNUR. Son gourou, Massimo Introvigne intervient à la tribune, de même que les membres les plus influents du CESNUR comme Eileen Barker ou J. Gordon Melton. On peut aussi entendre un autre des dirigeants de cette association occulte, le professeur Régis Ladous, dont on ne sait pas encore qu'il a attribué la mention Très Bien à un mémoire de maîtrise à caractère négationniste présenté par son étudiant Jean Plantin.

Un étudiant attardé, présenté comme "candidat doctoral à Paris VII", fait sensation en présentant une communication intitulée "L'influence d'Aleister Crowley et de l'OTO dans les pays francophones". Il rappelle que Crowley, admirateur de Satan et d'Hitler, s'était auto-proclamé "Grande Bête 666", une référence au chiffre de l'Apocalypse, et qu'il fut nommé Grand Maître pour la Grande Bretagne de l'Ordo Templi Orientis avec le titre de "Suprême et Saint Roi de l'Irlande, Iona et de toutes les Bretagnes dans le Mystère de la Gnose", obtenant dans ces fonctions le soutien de l'Union des Fascistes Britanniques!

A notre connaissance, le vieil étudiant qui fait l'éloge de Aleister Crowley ne confie pas à ses auditeurs de l'université lyonnaise qu'il est souvent désigné comme étant très proche d'une dissidence de l'OTO, (quinze membres pour la France), dont il se serait, à son tour, proclamé Grand Maître. En fait, notre orateur possède une carte de visite déjà très chargée. Il s'appelle Christian Bouchet et, né en 1956, il est salarié de l'éducation nationale. Dès le milieu des années 70, il milite dans les groupes d'extrême-droite et collabore de manière régulière à la Lettre de la Francité. Il apparaît publiquement en 1985 en devenant le dirigeant, pour la région nantaise, de Troisième Voie, un groupuscule néo-fasciste créé à Lyon par Jean-Gilles Malliarakis. Dans le même temps, il adhère aux Comités d'Action Républicains de Bruno Mégret et s'inscrit au GRECE d'Alain de Benoist. On le retrouve également au sommaire de la revue Sol invictus, un titre qui fait directement référence à une devise SS. En moins de deux ans, il s'impose à la tête de Troisième Voie, ce qui ne l'empêche pas de passer, à Nantes, une maîtrise d'histoire intitulée Aleister Crowley (1875-1947) approche historique d'un magicien contemporain, et de lancer une publication Lettre tercériste. Il collabore à la revue néo-nazie placée sous le patronage de Jacques Doriot Nationalisme et République aux côtés de Roger Garaudy, de Pierre Guillaume et des professeurs lyonnais Bernard Notin ou Jacques Marlaud ou du porte parole des Verts exclu de ce mouvement pour antisémitisme, le lyonnais Jean Brière.


Dans ce numéro de l'organe du PCN, les ex-amis de Bouchet règlent des comptes avec leur ancien chef. Leur journal ayant reçu une lettre d'injures, ils portent plainte contre l'expéditeur, Christian Perron ainsi décrit en page 24:

"Perron est un militant bien connu de la mouvance néo-nazie et sataniste française, proche notamment du réseau sectaire animé par Christian Bouchet, chef de file d'une des branches de la secte OTO (Ordo Templi Orientis) et gravitant dans l'orbite du Front National".

En 1991, le mouvement Troisième Voie éclate, et c'est à Lyon, encore, que le 31 août de cette année-là, Christian Bouchet fonde Nouvelle Résistance. Le magazine créé dans la foulée fait une place très importante à la musique skin, au death métal, au rock identitaire. On glorifie les groupes comme Napalm Rock, Requiem Gothique, Sol invictus. Le spécialiste de cette culture B.B.B. (bière, baise, baston: en opposition à black, blanc, beur) n'est autre que Fabrice Robert, auteur d'une maîtrise obtenue à l'université Sophia-Antipolis (Nice) intitulée La diffusion de l'idéal identitaire à travers la musique contemporaine. F. Robert vient alors d'être interpellé par la police pour avoir tracé des slogans négationnistes devant des lycées niçois: "Faurisson a raison, chambres à gaz = bidon". Il fait lui-même partie du groupe Fraction Hexagone dont les chansons désignent comme cibles les "cosmopolites, les sionistes, les yankee, les lobbies, les médias, les élus". Par la suite, ce sera Maxime Brunerie, le tireur du 14 juillet, qui sera responsable de cet "activisme culturel".

C. Bouchet crée, toujours en 1991, la Loge Nationale Française de l'Ordre du Temple d'Orient, qui est présentée par les spécialistes comme une dissidence française de l'OTO chère à Crowley, et c'est donc quelques mois plus tard, en avril 1992, qu'il pérore devant un aréopage de professeurs et de scientifiques réunis par l'université Lyon 2. D'autres colloques avec le CESNUR suivront comme à Montréal en 1996. C. Bouchet doit écourter son séjour au Canada. Son organisation "Nouvelle Résistance" est en phase d'implosion. Une fraction conduite par André-Yves Beck, collaborateur direct du maire d'Orange, a décidé de rejoindre le Front National. D'autres dirigeants choisissent de se lier au PCN (Parti Communautariste national-européen). Chacun sort ses dossiers pour emporter le morceau et l'on peut lire ceci dans Nation Europe, l'organe du PCN, en date d'octobre 1996:

"Les militants du mouvement Nouvelle Résistance (...) approuvent la démarche de l'organisation débarrassée de sa fraction réactionnaire pro-Front National dirigée par des collaborateurs de la mairie d'Orange: Christian Bouchet et André-Yves Beck (...) Le rejet inconditionnel des pratiques sectaires à caractère sataniste dont Christian Bouchet est le héraut bien connu". Puis ces militants se prononcent pour "Une éthique militante saine, anti-misogyne et qui ne fait pas de la dépravation un modèle de comportement".

C. Bouchet tire les conséquences de ce rejet par ses propres amis, et c'est en juin 1998 qu'il parvient à fédérer des éléments des groupuscules Jeune Résistance et du GUD (Groupe Union Défense) pour créer l'organisation UNITE RADICALE. Ils seront rejoints par des cadres de l'Œuvre Française et du Parti National Français et Européen. Lors de la scission du Front National, C. Bouchet penchera du côté de celui qui lui avait donné sa chance en 1985 dans les Comités d'Action Républicains: Bruno Mégret. Aux élections cantonales, il se présente sous le sigle du MNR dans la région nantaise. Les premiers textes d'Unité Radicale font une place importante au négationnisme: "Nous condamnons la répression et l'interdiction de s'exprimer qui frappe les historiens révisionnistes". Les provocations antisémites sont permanentes, ainsi lors de l'anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv, en juillet 2000: "Pardon de préférer le passé des Gaulois à celui des Hébreux".


Révolution européenne, l'organe du mouvement Troisième Voie dont Christian Bouchet fut secrétaire général. On y développe une ligne "national-bolchévique" avec une phrase de Blanqui en exergue: "Qui porte le fer a du pain".

Au même moment, C. Bouchet interviewe l'ancien avocat de la Fraction Armée Rouge allemande, Horst Malher, devenu un des principaux militants néo-nazis d'outre-Rhin. La revue qui accueille cette rencontre s'appelle Dualpha et est dirigée par Philippe Randa, un cadre d'Unité Radicale. Au sommaire, l'ex-chercheur au CNRS Serge Thion, Pierre Vial de Lyon III...

Au printemps 2002, quelques semaines avant que l'amateur de musique contemporaine identitaire Maxime Brunerie n'épaule sa 22LR sur les Champs Elysées, Christian Bouchet qui venait d'être élu au Conseil national du MNR, a été mis sur le côté par ses amis d'Unité Radicale dans le but, déjà, de "moderniser" l'organisation, de la débarrasser en apparence des vieilleries directement néo-nazies, en surfant prioritairement sur les thèmes ethniques.

Juste avant cette cassure de la militance "radicalement unitaire" Christian Bouchet avait eu le plaisir de lire une longue critique de son livre Aleister Crowley et le mouvement Thélémite publié par les éditions du Chaos. Elle figure dans le numéro 15 de Politica Hermetica, la revue officieuse du CESNUR. Le papier est signé de Marco Pasi, doctorant à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Religieuses, Sorbonne. On retrouve son nom dans la revue néo-fasciste italienne Orion, et les éditions d'extrême-droite Barbarossa annonçaient en 1995 un ouvrage sur Crowley signé par Marco Pasi.

Le noeud coulant se resserre un peu plus quand on lit que le comité scientifique de la revue du CESNUR comprend Régis Ladous, ce professeur lyonnais qui mit le pied à l'étrier universitaire à Jean Plantin, et qu'il y fait équipe avec Pierre-André Taguieff, membre de la commission chargée par Jack Lang d'évaluer l'emprise des négationnistes sur l'université lyonnaise.

Pendant des années, les journalistes d'amnistia.net n'ont cessé d'alerter l'opinion sur les "alliances contre nature", sur ces "obscènes alliances des contraires", sur le "danger brun-rouge". On nous rétorquait que nous posions une loupe sur des milieux folkloriques, qui ne présentaient aucun danger réel. Il apparaît aujourd'hui que ces véritables laboratoires idéologiques essaiment leurs thèses, leurs thèmes, bien au-delà de la mouvance gagnée aux solutions radicales d'extrême-droite.

Après la présence au deuxième tour des élections présidentielles de Le Pen, son vainqueur a été la cible d'un attentat mené, non par un homme seul, mais par un militant formé à l'action solitaire.

Qu'on observe la carte d'Europe des idées brunes, l'Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, le Portugal, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, et que l'on se demande quel poids réel pèse un minuscule cylindre d'acier engagé dans le canon d'une 22 Long Rifle!

Cet article a été publié le 20 août 2002 dans le n°22 des Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante, abonnez-vous!


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