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Lyon: mauvaise pioche au colloque...
Par Didier Daeninckx

Tout le dossier "Négationnistes, les Eichmann de papier"


Cet article a été publié le 4 novembre 2002 dans le n°26 des Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante, abonnez-vous!


J
eudi 17 octobre dernier, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) organisait un colloque, à Lyon, dans les locaux du Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation. C'est dans ces lieux qui furent occupés par les services de la Gestapo, où résonnaient les cris des victimes de Klaus Barbie, que furent évoquées les rafles des Juifs de France auxquelles procédèrent les nazis, il y a soixante ans, avec la complicité active de l'administration de Vichy et d'une importante partie des structures administratives et policières.

La très grande majorité des intervenants aux quatre tables rondes prévues lors de cette journée bénéficiaient d'une autorité incontestable, et les auditeurs ressortirent avec une conviction renouvelée des débats menés par Serge Klarsfeld, Yannis Thanassekos ou Marcel Stourdze.

D'autres participants aux discussions devaient, depuis la tribune qui leur était offerte, faire preuve de davantage d'efforts pour asseoir leur légitimité. Ainsi monsieur Jean-Dominique Durand, dont la carte de visite est remplie au recto comme au verso: "professeur d'histoire contemporaine à l'Université Jean Moulin-Lyon III (Institut d'Histoire du Christianisme) ancien conseiller culturel de l'Ambassade de France auprès du Saint-Siège" etc... En 1999, au moment où il occupait cette éminente fonction romaine au Centre Saint-Louis de France, éclatait à Lyon l'affaire Plantin, du nom de cet étudiant qui pouvait alors exhiber une maîtrise d'histoire et un DEA d'apparences régulières. On se souvient que sa maîtrise, consacrée à Paul Rassinier, était négationniste de la première à la dernière page, ce qui n'avait pas empêché qu'elle obtienne une mention "Très Bien". Le jury était présidé par le professeur Régis Ladous qui, fortement mis en cause par la presse, avait trouvé comme argument de défense que cette notation maximale était de l'ordre de l'humour!

Depuis le numéro 20/22 du Largo Toniolo à Rome, le professeur Jean-Dominique Durand avait pris sa plus belle plume pour se porter garant de la réputation de son collègue:

"Je connais le Professeur Ladous depuis près de vingt ans, je travaille avec lui en étroite collaboration, je co-dirige avec lui une collection chez un éditeur parisien, et j'ai co-signé avec lui deux ouvrages. Dans l'action que j'ai pu mener, dans le passé au sein de notre Université à la suite de l'affaire Notin, j'ai toujours trouvé en lui le soutien le plus ferme.
Aussi ne puis-je qu'exprimer ma stupeur et mon indignation devant sa mise en cause dans une affaire de négationnisme".

Aujourd'hui que la maîtrise de Plantin a été annulée (ainsi que son DEA dirigé par Yves Lequin), il pouvait sembler conforme à l'esprit du colloque que le professeur Jean-Dominique Durand, s'il exprime toujours légitimement sa "stupeur", revienne au moins sur son "indignation". Il n'en fut pas question.

La défense du "collègue" est largement répandue dans tous les corps, toutes les institutions, mais elle est une plaie à l'Université. En 1986, éclatait à Nantes l'affaire de l'attribution d'un doctorat d'histoire à un négationniste. Le jury était presque entièrement recruté à Lyon. Alain Finkielkraut n'hésitait pas à déclarer à L'Evénement du Jeudi du 24 juillet 1986: "Les jurés de Nantes sont des propagandistes nazis".

Le 28 mai 1986, "le professeur émérite de l'Université Louis Lumière, Guy Avanzini", (dont un des collègues de Lumière, Pierre Zind, faisait partie du jury), déclarait dans Le Monde qu'à son avis:
"Seul le jury est habilité à donner son avis sur une thèse, pas les journalistes".

Le diplôme "Roques" fut annulé quelque temps plus tard à l'initiative du ministre de l'Education nationale Alain Devaquet: "on" s'était aperçu que l'un des membres du jury n'était pas présent à la soutenance et que sa signature avait été trafiquée! Le "on" qui avait découvert la supercherie était un... journaliste du Matin de Paris, Raphaël Sorin, aujourd'hui l'un des personnages les plus en vue de l'édition française.

Après la contribution de Guy Avanzini au colloque, sur le thème "Quelle pédagogie pour l'avenir", un intervenant s'est adressé à lui depuis la salle, pour lui demander sa position actuelle, espérant qu'il aurait à cœur de rendre hommage à la profession journalistique. Il n'en a rien été, et le fait qu'il ne se soit pas saisi de l'occasion pour revenir sur sa position de l'époque a provoqué un certain malaise dans l'assistance.

Remarquons au passage que le programme du CRIF parle d'une "Université Louis Lumière", du nom d'un collaborateur notoire, admirateur de Mussolini, décoré de la francisque. Or, depuis plusieurs années, la présidence de cette institution a pris soin, sur tout son matériel, d'occulter les prénoms des inventeurs du cinéma. Il n'existe plus, officiellement, qu'une Université "Lumière", dépourvue de tout prénom. On va même jusqu'à prétendre qu'il s'agit d'évoquer cette fête qui voit chaque année les Lyonnais déposer des bougies sur le rebord de leurs fenêtres et non d'honorer la lumière brune des frères... On appelle ça des "lyonnaiseries".

Une autre des tables rondes accueillait un maître de conférence honoraire à l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon, monsieur Bernard Comte. En 1999, il fut chargé par la présidence de Lyon 2 de rédiger un rapport sur les affaires de négationnisme, alors que se développait l'affaire Plantin. Lors de la sortie de ce "rapport", les associations SOS Racisme, Ras l'Front, les éditions Golias et le Cercle Marc Bloch publièrent un communiqué commun soulignant que le rapport Comte était:
- une indigence historique, puisqu'il ne citait ni sources ni références,
- une faute éthique, puisqu'il tentait d'effacer les responsabilités de l'institution universitaire,
- une erreur politique, puisqu'il attaquait vivement les associations qui avaient toujours été à la pointe du combat contre le négationnisme à Lyon.

Auparavant, en 1992, Bernard Comte faisait partie de la commission qui recommandait que le nom du savant Alexis Carrel soit maintenu au fronton de la faculté de médecine de Lyon.
Rappelons ce que l'intellectuel pro-nazi Alexis Carrel écrivait, en 1933, dans la préface à l'édition allemande à son livre L'homme cet inconnu:

"En Allemagne, le gouvernement a pris des mesures énergiques contre l'augmentation des minorités, des aliénés, des criminels. La situation idéale serait que chaque individu de cette sorte soit éliminé quand il s'est montré dangereux".

La "situation idéale" nous est connue aujourd'hui sous le vocable "solution finale".
Après le débaptisation de la faculté en 1996, lors d'un débat à la télévision lyonnaise TLM, Bernard Comte tentait de botter en touche, concernant les "trous" constatés dans le travail de la commission de 1992 sur Alexis Carrel:

"On a fait un travail rapide en six mois où on a essayé justement de dégager les grandes avenues qui permettaient de juger la personnalité de Carrel".

On pouvait espérer que lors du colloque de Lyon, Bernard Comte, après avoir "dégagé les grandes avenues", nous apprendrait qu'il avait enfin eu le temps de s'intéresser aux boulevards, aux rues, aux venelles, aux impasses, aux traboules et à toutes les arrière-cours où les Roques, les Plantin, les Carrel planquent leur camelote nazie.

Hélas, il n'en fut rien.


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