|
Jeudi
17 octobre dernier, le Conseil Représentatif
des Institutions Juives de France (CRIF) organisait
un colloque, à Lyon, dans les locaux du
Centre d'histoire de la Résistance et de la
Déportation. C'est dans ces lieux qui furent
occupés par les services de la Gestapo,
où résonnaient les cris des victimes
de Klaus Barbie, que furent évoquées
les rafles des Juifs de France auxquelles
procédèrent les nazis, il y a
soixante ans, avec la complicité active de
l'administration de Vichy et d'une importante
partie des structures administratives et
policières.
La
très grande majorité des intervenants
aux quatre tables rondes prévues lors de
cette journée bénéficiaient
d'une autorité incontestable, et les
auditeurs ressortirent avec une conviction
renouvelée des débats menés
par Serge Klarsfeld, Yannis Thanassekos ou Marcel
Stourdze.
D'autres
participants aux discussions devaient, depuis la
tribune qui leur était offerte, faire preuve
de davantage d'efforts pour asseoir leur
légitimité. Ainsi monsieur
Jean-Dominique Durand, dont la carte de visite est
remplie au recto comme au verso: "professeur
d'histoire contemporaine à
l'Université Jean Moulin-Lyon III (Institut
d'Histoire du Christianisme) ancien conseiller
culturel de l'Ambassade de France auprès du
Saint-Siège" etc... En 1999, au moment
où il occupait cette éminente
fonction romaine au Centre Saint-Louis de France,
éclatait à Lyon l'affaire Plantin, du
nom de cet étudiant qui pouvait alors
exhiber une maîtrise d'histoire et un DEA
d'apparences régulières. On se
souvient que sa maîtrise, consacrée
à Paul Rassinier, était
négationniste de la première à
la dernière page, ce qui n'avait pas
empêché qu'elle obtienne une mention
"Très Bien". Le jury était
présidé par le professeur
Régis Ladous qui, fortement mis en cause par
la presse, avait trouvé comme argument de
défense que cette notation maximale
était de l'ordre de l'humour!
Depuis
le numéro 20/22 du Largo Toniolo à
Rome, le professeur Jean-Dominique Durand avait
pris sa plus belle plume pour se porter garant
de la réputation de son
collègue:
"Je
connais le Professeur Ladous depuis près
de vingt ans, je travaille avec lui en
étroite collaboration, je co-dirige avec
lui une collection chez un éditeur
parisien, et j'ai co-signé avec lui deux
ouvrages. Dans l'action que j'ai pu mener, dans
le passé au sein de notre
Université à la suite de l'affaire
Notin, j'ai toujours trouvé en lui le
soutien le plus ferme.
Aussi ne puis-je qu'exprimer ma stupeur et mon
indignation devant sa mise en cause dans une
affaire de négationnisme".
Aujourd'hui
que la maîtrise de Plantin a
été annulée (ainsi que son
DEA dirigé par Yves Lequin), il pouvait
sembler conforme à l'esprit du colloque que
le professeur Jean-Dominique Durand, s'il exprime
toujours légitimement sa "stupeur", revienne
au moins sur son "indignation". Il n'en fut pas
question.
La
défense du "collègue" est largement
répandue dans tous les corps, toutes les
institutions, mais elle est une plaie à
l'Université. En 1986, éclatait
à Nantes l'affaire de l'attribution d'un
doctorat d'histoire à un
négationniste. Le jury était presque
entièrement recruté à Lyon.
Alain Finkielkraut n'hésitait pas à
déclarer à L'Evénement du
Jeudi du 24 juillet 1986: "Les jurés
de Nantes sont des propagandistes nazis".
Le
28 mai 1986, "le professeur
émérite de l'Université Louis
Lumière, Guy Avanzini", (dont un des
collègues de Lumière, Pierre Zind,
faisait partie du jury), déclarait dans
Le Monde qu'à son avis:
"Seul le jury est habilité à
donner son avis sur une thèse, pas les
journalistes".
Le
diplôme "Roques" fut annulé quelque
temps plus tard à l'initiative du ministre
de l'Education nationale Alain Devaquet: "on"
s'était aperçu que l'un des membres
du jury n'était pas présent à
la soutenance et que sa signature avait
été trafiquée! Le "on" qui
avait découvert la supercherie était
un... journaliste du Matin de Paris,
Raphaël Sorin, aujourd'hui l'un des
personnages les plus en vue de l'édition
française.
Après
la contribution de Guy Avanzini au colloque, sur le
thème "Quelle pédagogie pour
l'avenir", un intervenant s'est adressé
à lui depuis la salle, pour lui demander
sa position actuelle, espérant qu'il aurait
à cur de rendre hommage à la
profession journalistique. Il n'en a rien
été, et le fait qu'il ne se soit pas
saisi de l'occasion pour revenir sur sa position de
l'époque a provoqué un certain
malaise dans l'assistance.
Remarquons
au passage que le programme du CRIF parle d'une
"Université Louis Lumière", du nom
d'un collaborateur notoire, admirateur de
Mussolini, décoré de la francisque.
Or, depuis plusieurs années, la
présidence de cette institution a pris soin,
sur tout son matériel, d'occulter les
prénoms des inventeurs du cinéma. Il
n'existe plus, officiellement, qu'une
Université "Lumière",
dépourvue de tout prénom. On va
même jusqu'à prétendre qu'il
s'agit d'évoquer cette fête qui voit
chaque année les Lyonnais déposer des
bougies sur le rebord de leurs fenêtres et
non d'honorer la lumière brune des
frères... On appelle ça des
"lyonnaiseries".
Une
autre des tables rondes accueillait un maître
de conférence honoraire à l'Institut
d'Etudes Politiques de Lyon, monsieur Bernard
Comte. En 1999, il fut chargé par la
présidence de Lyon 2 de rédiger un
rapport sur les affaires de négationnisme,
alors que se développait l'affaire Plantin.
Lors de la sortie de ce "rapport", les associations
SOS Racisme, Ras l'Front, les éditions
Golias et le Cercle Marc Bloch publièrent un
communiqué commun soulignant que le rapport
Comte était:
- une indigence historique, puisqu'il ne citait ni
sources ni références,
- une faute éthique, puisqu'il tentait
d'effacer les responsabilités de
l'institution universitaire,
- une erreur politique, puisqu'il attaquait
vivement les associations qui avaient toujours
été à la pointe du combat
contre le négationnisme à
Lyon.
Auparavant,
en 1992, Bernard Comte faisait partie de la
commission qui recommandait que le nom du savant
Alexis Carrel soit maintenu au fronton de la
faculté de médecine de Lyon.
Rappelons ce que l'intellectuel pro-nazi Alexis
Carrel écrivait, en 1933, dans la
préface à l'édition allemande
à son livre L'homme cet
inconnu:
"En
Allemagne, le gouvernement a pris des mesures
énergiques contre l'augmentation des
minorités, des aliénés, des
criminels. La situation idéale serait que
chaque individu de cette sorte soit
éliminé quand il s'est
montré dangereux".
La
"situation idéale" nous est connue
aujourd'hui sous le vocable "solution
finale".
Après le débaptisation de la
faculté en 1996, lors d'un débat
à la télévision lyonnaise TLM,
Bernard Comte tentait de botter en touche,
concernant les "trous" constatés dans le
travail de la commission de 1992 sur Alexis
Carrel:
"On
a fait un travail rapide en six mois où
on a essayé justement de dégager
les grandes avenues qui permettaient de juger la
personnalité de Carrel".
On
pouvait espérer que lors du colloque de
Lyon, Bernard Comte, après avoir
"dégagé les grandes avenues",
nous apprendrait qu'il avait enfin eu le temps de
s'intéresser aux boulevards, aux rues, aux
venelles, aux impasses, aux traboules et à
toutes les arrière-cours où les
Roques, les Plantin, les Carrel planquent leur
camelote nazie.
Hélas,
il n'en fut rien.
|