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Le problème a provisoirement disparu avec la guerre de 14-18. Sans doute une bonne partie de ces jeunes délinquants ont-ils péri avec le reste de leur classe d'âge au fond de quelques sordides tranchées de Verdun et d'ailleurs. De fait, l'entre-deux-guerres est une période de déclin démographique pour la jeunesse. Par ailleurs, l'économie se porte bien dans les années 1920, elle est soutenue par une forte croissance industrielle (la plus élevée d'Europe à l'époque). Le salariat progresse également de façon continue. C'est un peu la répétition avant les Trente glorieuses des années 1950-1970. Survient alors la crise des années 1930 et ses conséquences sociales désastreuses. Mais l'espoir est là, incarné bientôt par le Front Populaire. Et puis c'est de nouveau la guerre et de nouveau l'hécatombe. Dans l'euphorie de la Libération, on assiste comme la fois précédente à une forte augmentation des mariages. Et, contrairement à la fois précédente, ces mariages sont aussitôt suivis de naissances en très grand nombre. C'est le fameux "baby boom". La jeunesse devient pléthorique. Et elle ne va pas tarder à de nouveau inquiéter, au fur et à mesure que les cohortes nées après la Libération arrivent à l'adolescence. De fait, c'est lors de l'été 1959 que les médias inventent la figure des "Blousons noirs" pour désigner ces jeunes délinquants dont on reparle de plus en plus. La presse évoque des bandes qui se caractériseraient par leur taille faramineuse (on évoque des groupes rivaux comptant près d'une centaine de jeunes), et par leur violence, qui serait à la fois fulgurante et "irrationnelle" voire "gratuite" (déjà!). Les propos les plus catastrophistes se font entendre et les explications moralisatrices sont fréquences: laxisme des familles, perte des valeurs morales, influence de la culture de masse américaine (c'est aussi la "génération James Dean"). Le préfet de Paris, Maurice Papon, se demande avec d'autres s'il ne faudrait pas interdire le rock n' roll... Si les rappeurs savaient... ils ne sont pas les premiers... Mais soyons précis si l'on veut comparer les époques. Que reprochait-on exactement aux "Blousons noirs"? Il est intéressant de constater que l'on incriminait fondamentalement quatre types de comportements qui sont encore aujourd'hui au cur du débat: 1- On reprochait d'abord aux "Blousons noirs" des affrontements violents entre grandes bandes, se battant notamment à coups de chaînes de vélo et de barres de métal, autour de "territoires", mais faisant aussi des "descentes" dans les centres-villes, dans des fêtes, des concerts, et saccageant tout sur leur passage. On le
voit, le détour historique est instructif. Il ne
signifie pas, bien sûr, que l'histoire est une longue
ligne droite au cours de laquelle rien ne change jamais.
L'histoire est sans doute plutôt cyclique. Par
ailleurs, il y a toujours des nouveautés. Ni les
"Apaches" ni les "Blousons noirs" ne connaissaient les
drogues. De plus, ils avaient la peau bien blanche, ne se
sentaient pas victimes d'un complot de la
société ourdi contre eux et n'entraient
qu'exceptionnellement dans des rapports de force collectifs
et violents avec la police. Cela étant, il est clair
que la plupart des actes de délinquance
juvénile que l'on constate aujourd'hui et que l'on
dit en augmentation (sans toujours pouvoir le prouver) ne
sont nullement "nouveaux" dans l'histoire de la
société française. Il faut donc
résister ici à l'amnésie collective
dans laquelle nous entraîne à la fois le
sensationnalisme des médias et l'électoralisme
des hommes politiques. D'autant que ce catastrophisme
ambiant amène forcément tôt ou tard
à remettre en question tout l'édifice du
traitement de la délinquance juvénile. Le
discours sur "les jeunes ultra-violents qui font des choses
qu'on a jamais vues" s'accompagne en effet presque toujours
du discours sur "la prévention qui a
échoué et le besoin de passer maintenant
à autre chose", c'est-à-dire à la
prison.
- - - Copfermann
E., La génération des blousons noirs,
Paris, Maspéro, 1962 (ouvrage bientôt
réédité aux éditions La
Découverte). Cet article a été publié par le groupe CLARIS, un collectif de chercheurs et d'éducateurs qui édite un bulletin d'information. Contact: claris.groupe@free.fr Soutenez
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