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Léon
Bérard, académicien et...
ambassadeur du régime de Vichy
auprès du Vatican de novembre1940
à août1944. Sa biographie est
encore fièrement affichée
sur le site Internet de L'Académie
française.
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Le
jeudi 9 janvier 2003, une délégation
du collège Léon Bérard de
Saint-Palais (Province de Basse Navarre - Pays
Basque), composée d'un
représentant du personnel enseignant et
d'éducation, une représentante du
personnel administratif et de service et une
représentante de l'association des parents
d'élèves, a été
reçue au siége du Conseil
général des
Pyrénées-Atlantiques, par le
président de l'institution
départementale Jean-Jacques Lasserre (UDF),
accompagné par Alain del Alamo,
chargé de la Direction de
l'éducation, de la culture et des
sports.
Les
mandataires du collège public de
Saint-Palais venaient remettre au président
du Conseil général des
Pyrénées-Atlantiques un dossier
soutenant la demande du conseil d'administration de
l'établissement scolaire, adoptée le
5 mars 2001 par 15 voix pour et 4 abstentions, de
changement de nom dudit collège.
Entré en fonctionnement en 1972,
l'établissement secondaire fut
baptisé Collège Léon
Bérard en 1977, sur la particulière
recommandation de Franz Duboscq, membre du RPR, et
président en exercice du Conseil
général. Celui qui uvra avec
une grande célérité pour
qu'une école de la République
reçoive ce nom de baptême ne pouvait
pas ignorer qui était Léon
Bérard et quel fut son parcours politique.
Un
ambassadeur pas très
catholique...
Léon
Bérard... Ambassadeur du gouvernement de
Vichy auprès du Vatican, de novembre 1940
à août 1944, il uvra à ce
poste avec un zèle des plus remarquable pour
s'assurer en particulier que le dit
Saint-Siège n'émette pas de
réserves sur les lois anti-juives
promulguées par le régime du
maréchal Pétain. Ainsi, dans un
rapport remis le 2 septembre 1941 au chef de l'Etat
Français, où il analyse l'état
d'esprit du Vatican sur ces lois infamantes,
Léon Bérard conclut: "Il ne nous
sera intenté nulle querelle pour le statut
des juifs". Avant d'en arriver à cette
conclusion qui démontre combien son
intercession avait pu être efficace,
Léon Bérard y va de son commentaire
personnel sur la justesse de la seconde "loi
portant statut des juifs" du 2 juin 1941, qui
énumère les "fonctions publiques et
métiers dont l'accès et l'exercice
sont interdits aux juifs". Léon
Bérard écrit ainsi: "[...]
il est légitime de leur interdire
[aux juifs] l'accès des fonctions
publiques; légitime également de ne
les admettre que dans une proportion
déterminée dans les
universités [
] et dans
les professions libérales" (article paru
dans L'Express daté du 4 juillet
2002). On ne saurait être plus
clair!
Ce
sont les investigations menées par Robert
Garat, professeur d'histoire et de
géographie au collège public de
Saint-Palais, qui ont permis d'exhumer le lourd
passif de l'homme politique dont on avait
donné le nom à l'établissement
scolaire. Les révélations de
Robert Garat allaient conduire enseignants,
personnels administratifs et de services et
représentants des parents
d'élèves, appuyés par la
direction de l'établissement, à
demander le changement du nom du collège.
Cette demande fut donc adoptée le 5 mars
2002 par le conseil d'administration du
collège par - rappelons-le - 15 voix pour et
4 abstentions émanant, ces dernières,
des personnalités extérieures
représentées dans la structure, parmi
lesquelles figurent les élus locaux (source:
Le Monde du 08 juin 2002).
De
"la solidarité du
sérail"...
Le
Conseil général, autorité
administrative de tutelle pour les collèges
publics, est informé de la demande du
conseil d'administration par un courrier
daté du 15 mars 2002. Constatant le mutisme
de l'institution départementale, les membres
du personnel du collège adressent, le 16 mai
2002, une lettre au bureau du Conseil
général des
Pyrénées-Atlantiques, reproduite
ensuite en Tribune Libre dans
L'Humanité du 24 mai 2002, dans
laquelle il est écrit: "[...]
cela fait deux mois et notre
établissement n'a eu aucun signe de la
présidence du Conseil général.
Dans le contexte actuel où les valeurs de la
République sont soulignées
(faut-il rappeler que le 21 avril
précédent Jean-Marie Le Pen
était arrivé au second tour de
l'élection à la Présidence de
la République?... NDLR), nous nous
interrogeons sur ce silence pesant. Devrons-nous
encore attendre longtemps qu'une décision
soit prise? Il est difficile pour la
communauté éducative du
collège d'admettre que le devoir de
mémoire demandé à
l'égard de nos élèves ne soit
pas relayé par l'institution
départementale".
L'entrevue
du 9 janvier dernier n'a guère laissé
d'espoir à la délégation du
collège d'avoir, dans l'immédiat,
gain de cause. D'après la relation qui
en a été faite par Robert Garat dans
un article publié par l'hebdomadaire
abertzale Ekaitza (16 janvier 2003),
"Alain del Alamo a cru bon de mettre en doute
l'authenticité du rapport incriminé
et même son existence. Nous avons
souligné que ce rapport, publié
dès 1946, avait été
cité et commenté par des historiens
ayant travaillé sur la période des
'années noires' (Jacques Duquesne, Jean
Chelini, Pierre Arette-Landresse et Henri
Amouroux). Nos deux interlocuteurs, s'ils ont
répété qu'ils avaient
interrogé des historiens, ne nous ont
présenté aucun rapport écrit
de ces consultations. Remettre en cause ce rapport
serait donc, en l'absence de nouveaux
éléments, glisser sur la pente
inacceptable du révisionnisme.
[...] Le président du Conseil
général a
préféré décliner de
longues digressions sur les difficultés
humaines de la période. [...]
La messe était dite. Le Conseil
général ne se prononcera pas en
faveur du changement de dénomination du
collège". Sur cette attitude de
Jean-Jacques Lasserre, Robert Garat a une
explication: "Entre les lignes, nous avons pu
percevoir le principe de la solidarité du
sérail. Un président du Conseil
général ne désavoue pas ses
pairs. Léon Bérard était
président du Conseil général.
Une plaque le rappelle... Place de la
Déportation (sic!) à Pau. Franz
Duboscq était président du Conseil
général. C'est lui qui a
uvré pour que le collège porte
ce nom dont nous ne voulons plus. M. Jean-Jacques
Lasserre ne veut pas désavouer ses
prédécesseurs. Voilà, en fait,
le fond de l'affaire [...]".
...au
révisionnisme rampant.
Une
affaire déjà grave en soi et qui
prend une tournure encore plus inconcevable lorsque
l'on sait le travail qui est mené dans le
collège en question par les enseignants et
leurs élèves. En effet, souligne
Robert Garat, "Nous avons aussi rappelé
que notre collège est engagé dans le
devoir de mémoire. De multiples circulaires
nous demandent de nous y consacrer et cela nous
semble normal, si nous voulons que nos jeunes
connaissent le passé et que les erreurs du
passé ne se reproduisent pas. Deux de nos
élèves ont été
récompensés l' an dernier (en
2002, NDLR) en recevant les 2e et 3e prix
départementaux du Concours National de la
Résistance et de la Déportation et
notre collège s'est même vu attribuer
un prix pour la plus forte participation des
établissements, en pourcentage, à ce
concours. Il y a donc là, entre ce devoir de
mémoire auquel nous répondons et
l'appellation déshonorante du collège
qui nous est infligée, une contradiction
insoutenable. Contradiction insoutenable que refuse
de voir le président du Conseil
général".
D'autres
responsables politiques locaux, actuels et anciens,
s'embarrassent d'encore moins de scrupules, qui
n'hésitent pas à défendre
l'indéfendable. Ainsi, Max Brisson,
élu UMP chargé de l'éducation
au Conseil général des
Pyrénées-Atlantiques et
agrégé d'histoire qui déclare
tout de go: "Pour moi, Bérard, c'est
l'image du ministre,
démocrate-chrétien, à mille
lieux de l'extrême droite. Je ne dis pas
qu'il n'a pas été
maréchaliste, mais cette chasse aux anciens
fonctionnaires de Vichy, avec son lot
d'anachronismes et de caricatures, peut mener loin!
Vous savez, quand on lit ce qu'Eluard et Aragon ont
écrit sur Staline et sur l'URSS, on peut se
poser des questions..." (L'Express - 4
Juillet 2002). Dans la même veine
ignominieuse, Franz Duboscq, aujourd'hui en
retraite de vie politique, ne lui cède en
rien, qui déclare: "A part son
inéligibilité pour dix ans, il n'a
pas été jugé à la
Libération (sic!). En 1990, un
colloque sur Bérard s'est tenu au Parlement
de Navarre (qui, comme son nom ne l'indique
pas, est le siège du Conseil
général des
Pyrénées-Atlantiques, NDLR).
Personne n'a élevé la voix. Ne
pourrait-on pas le laisser reposer en paix?"
(re-sic!).
Jusqu'à
l'académicien François Mauriac, qui,
dans la biographie de Léon Bérard,
publiée sur le site de l'Académie
Française (www.academie-francaise.fr),
et dans "un portrait fin et nuancé",
selon les termes du rédacteur de la note,
écrivait le 29 février 1960, dans un
style badin: "J'aimais bien ce parlementaire
à l'ancienne manière
[...]. Survivant d'un milieu où
la culture était aimable, du temps que les
philosophes atrabilaires n'avaient pas encore
envahi la littérature. Mais qu'il devait
être malin ce béarnais, de droite au
fond, ami de l'Action Française, et qui fit
toute sa carrière sous la république
radicale et jusqu'à régner à
l'Instruction publique! Ambassadeur du
maréchal auprès du Saint-Siège
pour finir. Quand les choses se
gâtèrent, il attendit sagement sous le
porche de Saint-Pierre la fin de la grêle; et
nous fûmes tous bien contents de le voir
revenir" (rigoureusement sic!). Un
"contentement" que n'eurent pas les victimes de la
politique du régime dictatorial de Vichy et
en tout premier lieu les survivants familiers ou
proches des juifs arrêtés,
déportés, massacrés,
gazés et partis en fumée!...
Un
véritable cas
d'école...
Mais
il est vrai que les Lasserre, Del Alamo, Brisson,
Dubosq et autres Mauriac, par leur bienveillance
odieuse à l'endroit de Léon
Bérard, n'ont pas le sentiment d'insulter
l'histoire, puisqu'ils se
réfèrent à Bérard
Léon, né le 6 janvier 1876 à
Sauveterre-de-Béarn, docteur en droit et
avocat, conseiller général,
président du Conseil général,
député, sous-secrétaire aux
Beaux Arts, ministre de l'Instruction publique et
deux fois ministre de la Justice sous les
gouvernements de la IIIe République et enfin
membre de l'Académie Française du 3
mars 1938 à sa mort le 24 février
1960. Avec de tels états de service, il
n'est finalement pas surprenant qu'il se mit au
service de l'Etat... Français. Un
véritable cas d'école en quelque
sorte...
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