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Nous
remercions les auteurs et les
editions Agone
pour leur aimable autorisation de publier quelques
"belles pages" des Pillards de la
forêt. ©Agone 2002.
François-Xavier Verschave est le
président de l'association
Survie
et auteur de différents ouvrages, dont La
Françafrique, Noir Silence, Noir
Chirac...
Ratiboisement
durable:
Tous
les observateurs le savent: le saccage des
forêts primaires d'Afrique centrale est
infiniment plus rapide et radical que ne l'avouent
les discours officiels et concertés des
gouvernements africains et de leurs "bailleurs de
fonds" occidentaux. Titillés par les
mouvements écologistes, les seconds ont fait
adopter aux premiers des réglementations
politiquement correctes. Souvent impeccables, elles
sont censées protéger
l'écosystème et la
biodiversité, garantir le
"développement durable". Le résultat
est exactement inverse.
Ce
renversement ne surprendra pas ceux de nos lecteurs
auxquels le double langage de la
Françafrique est devenu familier. Il
s'aggrave avec la montée exponentielle de la
criminalité financière
mondialisée. La destruction sans frein
des forêts primaires est l'un des effets
virulents d'une permissivité accrue: celle
de diviser et conquérir le monde, de
l'allotir en parts de butin. Les paradis fiscaux
permettent de contourner toutes les règles.
Leur argent sale achète en nombre croissant
ceux qui sont chargés de faire appliquer la
loi. Il peut actionner des sbires de tous ordres
pour menacer ou châtier les
récalcitrants; il peut aussi
déclencher des coups d'Etat ou des guerres
civiles pour installer un pouvoir un peu plus
compréhensif.
Plutôt
que de théoriser une nouvelle fois sur ces
mécanismes pervers, nous proposons ici
plusieurs études de cas assez
décoiffantes, où les
opérateurs français occupent une
place privilégiée. Arnaud
Labrousse - un pseudomyme, on l'aura compris -,
chercheur indépendant dont les
enquêtes au Cameroun nous permirent de
publier en 2000 un Dossier noir retentissant, Le
Silence de la forêt, a depuis poursuivi
et approfondi ses recherches. Plus
polarisées cette fois sur les implications
françaises, elles vont au plus concret du
foisonnement françafricain: ce terreau
corrupteur et corrompu "pourrit" donc aussi l'un
des patrimoines les plus précieux de
l'humanité, les forêts primaires
équatoriales; il est urgent de les qualifier
de biens publics mondiaux, en association avec ceux
qui y vivent - et en vivaient sans les
anéantir.
Je
suis heureux d'avoir essayé de rendre
accessible à un large public l'entrelacs des
connexions mises à jour par cet
investigateur courageux. Cela devrait permettre
aux Africains lésés et spoliés
par un tel saccage, de même qu'aux citoyens
du monde scandalisés par ce gâchis
mafieux, de mieux comprendre ce qu'il s'agit de
combattre.
François-Xavier
Verschave
Par
Amour du bois
Où
la maison Rougier vous éblouit
"Par
Amour du bois. Trois générations de
la famille Rougier ont su développer, depuis
la création de l'entreprise en 1923, une
véritable philosophie du bois, reposant
sur trois piliers:
- économiser et respecter la matière
première;
- promouvoir et valoriser une meilleure utilisation
des essences;
- élaborer et développer des concepts
de produits innovants.
Fort de cet amour du bois, Rougier participe
aujourd'hui [...] au développement
économique et social des pays où sont
implantées ses filiales."
Ainsi
s'ouvre le site Internet du groupe Rougier, l'un
des leaders de l'exploitation des forêts
africaines, coté à la Bourse de
Paris. Suit un couplet sur la gestion durable:
" Forêt et bois méritent respect,
considération et valorisation. [...]
Pour que la forêt continue à maintenir
les grands équilibres de notre
planète, l'homme doit la gérer
sainement, pour des raisons à la fois
écologiques et économiques.
[...] Présent depuis 50 ans en
Afrique centrale, Rougier [y] est l'un des
premiers exploitants forestiers. Il est
désormais entré dans un processus de
gestion durable de ses propres concessions": l'aveu
sans doute, que la gestion antérieure
était sans lendemain. Mais qu'en est-il de
l'actuelle?
A
Paris, le Grand Palais resplendit en Rougier. La
FNAC aussi. Rougier affiche son bois à
l'Assemblée nationale et au ministère
des Finances. Il a habillé de tons
chauds l'Opéra de Lyon, le siège de
TF1, les centres de contrôle du tunnel sous
la Manche. Pharaonique, il règne à
perte de vue à la Bibliothèque
nationale, chère à François
Mitterrand. Il investit aussi bien l'Hôtel du
département de la Corrèze que celui
de la Ville de Saint Denis, il s'insinue avec
autant d'aisance à la chambre de Commerce de
Haute-Corse qu'au Conseil général
pasquaïen des Hauts-de-Seine. Plus
discrètement, Rougier se montre même
au siège du Monde.
Difficile, voire impossible, de ne pas croiser,
chaque jour, au moins un des clients de la
première multinationale française du
bois africain.
Presque
octogénaire, la société de
Jacques Rougier et de son fils Francis est
aujourd'hui incontournable au Cameroun, au
Gabon et au Congo-Brazzaville.
(...)
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