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Et cette bizarrerie de l'histoire a été à l'origine, cinquante ans plus tard, d'un acte de censure insensé qui a failli briser net la carrière de l'un des plus importants jeunes sculpteurs français, Christian Lapie. Le 7 mai 1945, donc, une semaine après le suicide d'Hitler dans Berlin pilonnée par l'Armée Rouge, et après l'échec de la tentative de paix séparée de son dauphin l'amiral Dönitz, le IIIe Reich capitule sans conditions. Le cadre de la cérémonie est une école de Reims, baptisée aujourd'hui Roosevelt. Le général Jodl, chef d'état-major de la Wehrmacht, et l'amiral von Friedeburg sont seuls d'un côté d'une longue table. Face à eux, les généraux alliés Sevez, Bedell-Smith, Morgan et Susloparoff qui reçoivent la reddition, ne laisseront pas longtemps leurs noms dans l'Histoire. En effet, dès le lendemain, 8 mai 1945, on rejoue la cérémonie de la reddition, à Berlin cette fois, pour la postérité. On filme et on photographie en couleurs. Le document portera les signatures plus prestigieuses du maréchal soviétique Joukov, du général français de Lattre de Tassigny, du général américain Spaatz, du maréchal anglais Tedder et du maréchal allemand Keitel. Près d'un demi-siècle plus tard, soucieuse de son renom, la ville de Reims et la direction des affaires culturelles de Champagne-Ardennes demandent au sculpteur Christian Lapie, qui travaille depuis des années sur les traces laissées par les guerres dans les paysages de l'Est, de réaliser "une oeuvre actualisant l'esprit du lieu" de la reddition initiale du 7 mai.
L'artiste reçoit un contrat en bonne et due forme ainsi qu'un premier versement lui permettant de commencer son travail. Le projet intéresse au plus haut point un historien d'art allemand, Günter Metken, qui rencontre Christian Lapie et publie en octobre 1993 un long article, très élogieux, dans le Süddeutsche Zeitung. Il y exprime son estime pour la pertinence du choix et le courage des élus rémois. En janvier 1994, la sculpture est achevée, et Christian Lapie se remet en contact avec le cabinet du maire de l'époque, Jean Falala. Les fonctionnaires sont soudain injoignables. On finit par admettre qu'il y a un problème, mais que tout cela va s'arranger. Trois mois plus tard, une "fuite officielle" évoquera une opposition au projet d'associations d'anciens combattants, opposition à laquelle la mairie se serait finalement rangée. Un journaliste de la chaîne allemande ZDF parviendra à faire dire au directeur de cabinet que l'oeuvre ne serait pas installée dans le lieu pour lequel elle avait été conçue... En fait, les anciens combattants locaux étaient plutôt favorables au projet. L'obstruction, en fait, ne venait pas de là, mais de curieux autres anciens combattants... L'article du Süddeutsche Zeitung avait provoqué plusieurs réactions dont celles de Luise Jodl, la veuve du général nazi signataire de la reddition de Reims. Elle s'était émue du caractère "inconvenant" du projet, exigeant un droit de réponse puis écrivant au président de la République française, François Mitterrand. L'Élysée intervient immédiatement auprès de la préfecture de la Marne et de la mairie de Reims qui, six mois après avoir versé un acompte, assure contre toute évidence qu'aucun projet n'a été accepté! Luise Jodl obtenait ainsi la censure de l'oeuvre du sculpteur qui jetait un voile sur la mémoire du général, dont personne ne semblait vouloir se souvenir qu'il avait été jugé à Nuremberg, en tant que criminel de guerre, qu'il avait été condamné à mort, pendu, et ses cendres dispersées afin qu'aucun culte ne lui soit jamais rendu! Christian Lapie n'eut d'autre recours que les tribunaux civils. Ils obligèrent la mairie à prendre possession de l'oeuvre commandée. Elle ne fut jamais installée, et aujourd'hui encore personne n'est en mesure de dire où elle se trouve. Peut-être même a-t-elle été détruite... Au printemps de 1995, le Künsterhaus-Bethanien de Berlin a invité Christian Lapie et lui a commandé une sculpture qui fut intitulée "Célébration Reims/Berlin" afin de commémorer le cinquantenaire la capitulation de l'armée nazie sur le front de l'Est, nouvelle reddition qui n'eut lieu ni le 7, ni le 8 mais le 9 du mois de mai 1945. Cette fois, aucune veuve de général ne se manifesta. Visitez
l'exposition permanente de Christian Lapie
(garantie sans censure) A
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tranchées...
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