|
|
|
|
Extrait
du discours de Nicolas Sarkozy lors de sa
nomination à chanoine honoraire de
Latran.
|
|
|
Le
proverbe, que les ouvrages attribuent aux Anglais,
nous vient de Saint Bernard.
Qu'il me soit permis pour une fois de lui rendre
hommage en renvoyant notre "chanoine de Latran
à sa méditation"
Puisqu'il
ne craint pas le mélange des genres et de la
fonction, de la politique et de la religion, il
devrait y réfléchir depuis ses
déclarations réitérées
sur la place de Dieu dans la société
française civile et laïque, dont il est
l'éminent représentant en tant que
chef d'Etat.
Il
n'appartient pas à Mémoire 2000 de
juger de l'action politique qu'il mène,
assuré du soutien du peuple qui l'a
élu au suffrage universel; et c'est le
propre d'un Gouvernement de faire des
déclarations d'intention pour annoncer son
programme après avoir été
élu.
Mais
il est de notre devoir de ne rien laisser
passer qui nous paraisse compromettre ou
même simplement exposer les Droits de
l'Homme, sous le couvert de "bonnes
intentions".
A
cet égard, l'addition des initiatives, qu'il
faut bien attribuer au Président,
puisqu'il conduit la politique de la Nation au su
et vu de tous, malgré l'article 20 de la
Constitution qui confie cette charge au Premier
ministre, se fait plutôt lourde au terme
d'une gestation douloureuse et mal perçue
par l'opinion.
1
- La bonne gouvernance implique que l'Etat
confère aux citoyens la
sécurité, à défaut
de lui garantir la prospérité ou le
maintien de son pouvoir d'achat, et qu'il ait donc
pour les victimes une sollicitude
particulière. Nul doute que le chef de
l'Etat qui s'en préoccupe est animé
des meilleures intentions.
Mais
fallait-il, pour tenter d'y parvenir, instaurer la
sanction radicale des récidivistes,
même mineurs, en privant quasiment les Juges
de leur pouvoir d'appréciation?
Fallait-il
impérativement instaurer -
rétroactivement en plus - la
possibilité de maintenir en détention
des criminels estimés dangereux,
après qu'ils aient purgé leur
peine?
Fallait-il,
malgré l'avis du Conseil Constitutionnel,
maintenir la volonté de voir appliquer
immédiatement celle loi, en chargeant le
président de la Cour de cassation, qui n'a
aucun ordre à recevoir du chef de
l'Exécutif, d'une mission d'investigation
pour faire en sorte d'aboutir au résultat
voulu qui satisfasse 80 % des électeurs
sondés?
2
- Le souci de la maîtrise des flux
migratoires et de la bonne insertion des
immigrés sur le territoire impliquait
peut-être que l'Etat s'assure de la
sincérité du regroupement familial,
même si certains en contestent le
principe.
Mais
fallait-il, pour y parvenir, recourir aux tests
ADN en s'exposant aux remontrances des
Organisations Africaines de Promotion des Droits de
l'Homme et aux compromis de la Commission mixte
paritaire qui rendront les textes
inutiles?
Seul
subsistera l'effet d'annonce d'une intention
qui flatte une certaine fraction de
l'opinion.
3
- La politique africaine de la France devrait sans
doute s'affranchir des sujétions dont la
France-Afrique d'antan avait commodément
pris l'habitude.
L'intention
de rompre avec les mauvaises habitudes a paru
louable au plus grand nombre; mais alors,
pourquoi a-t-il fallu discourir à tort et
à travers et par plume interposée des
destins de l'homme africain et de ses
incapacités à s'insérer dans
une perspective d'avenir?
Pourquoi
a-t-il paru subitement essentiel, sauf pour
paraître, de dérouler le tapis (au
Colonel) que notre aimable secrétaire d'Etat
aux Droits de l'Homme n'a pas
apprécié?
Pourquoi
a-t-il fallu se précipiter au Tchad,
à deux reprises, pour y chercher "avec les
dents" nos pauvres ressortissants que nous n'avons
pas les moyens de faire élargir sans payer
la rançon? Si ce n'est pour avoir l'air
de?!
4
- La volonté de transparence de la vie
privée de l'homme public a même
été perçue par certains comme
la volonté de rupture annoncée avec
l'hypocrisie d'autres responsables.
Elle
n'explique pas l'étalage du luxe des yachts
et des vacances - les limousines de Louxor ou
les extravagances de Petra, ni les retrouvailles de
la famille recomposée à
Disney.
Il
n'est pas sûr que si c'était à
refaire, il s'y prendrait de la même
manière, après avoir
changé de mode de communication et de
conseiller, en la matière.
Carla
elle-même a bien voulu le concéder
lorsque les caméras se sont jetées
sur cet enfant juché sur les épaules
de son futur beau-père.
|
|
|
François
Léotard parle de
Sarkozy.
|
|
|
Finalement,
on ne peut pas lui en vouloir, comme l'écrit
plaisamment son ami François
Léotard, "c'est un gosse qui
s'émerveille de la multitude de ses
jouets".
On
ne prête pas d'arrière-pensées
ni de noirs desseins aux enfants. Et pourtant
s'il est un sujet sur lequel "les bonnes
intentions" risquent de nous conduire en enfer,
c'est bien la religion et la
mémoire.
Visiblement
la religion l'obsède à la
manière des Présidents pionniers des
Etats-Unis.
La
découverte des bienfaits de la
"laïcité positive", après
ceux de "la discrimination positive", l'ont conduit
à prophétiser à Latran et
à Ryad.
Tout
cela dans les meilleures intentions du monde,
mais au grand dam des exigences de la
laïcité tout court qui lui imposent,
à cet égard, un devoir de
réserve attaché à la fonction
suprême dont il est investi.
Que
les musulmans aient besoin d'espaces pour
l'exercice de leur culte concerne à la
rigueur le ministre de l'Intérieur et des
Cultes; mais pas le Président qui, en
matière de morale ou de valeurs, n'a pas de
distribution des prix à faire aux
Institutions, aux pasteurs, aux curés
ni aux rabbins, ni aux imams.
Il
n'y a pas de morales complémentaires pour la
République, il n'y a que la morale
républicaine qui tient à la devise
Liberté, Egalité, Fraternité;
tout le reste n'est que racolage et communication,
au prétexte que toute adhésion des
citoyens à l'idéal républicain
passerait d'abord par la religion.
La
foi, ni la Bible, ni la Tora, ni Mahomet n'ont
à voir avec la République, qui
doit, à l'égard de toutes les
religions, conserver ses distances et sa
dignité.
Il
n'y a ni vote juif, ni vote intégriste, ni
vote islamique, il n'y a que des citoyens qui,
par ailleurs, sont libres de pratiquer le culte de
leur choix sans que la République ni son
Président n'aient à s'en mêler,
ni à en pratiquer ici avec
ostentation.
Le
siècle qui a commencé, n'en
déplaise à l'aphorisme que l'on
prête à André Malraux (1)
qui ne l'a jamais dit, ni écrit nulle
part, n'est, ni sera religieux - il est et nous
avons à le vivre.
Ce n'est pas une raison pour y mêler Dieu, la
religion ou la morale.
Quant
à la mémoire, nous avons fait
connaître notre position dans le
communiqué intitulé "On n'adopte pas
les morts".
La
question religieuse et celle des intentions bonnes
ou mauvaises subsistent.
L'idée même de prise en charge (ou
d'adoption posthume) d'un enfant mort par d'autres
enfants, à deux générations de
distance, procède d'une démarche
quasi religieuse, incompatible avec l'exercice de
la fonction du chef d'Etat d'une République
laïque.
Une
telle prise en charge imposée par l'Etat
peut avoir été inspirée des
meilleures intentions; mais elle est trop
équivoque pour que ne s'y mêle pas la
vertu rédemptrice annonciatrice de la
résurrection des morts annoncée par
l'Eglise Catholique et qu'il ne faille y renoncer
résolument et
définitivement.
C'est
aux parents et pas au président de la
République qu'il revient de décider
à cet égard de ce qui convient
à leurs enfants et d'aller avec eux à
Auschwitz et/ou à Disneyland, accessoirement
avec l'aide des Institutions, des maîtres,
des anciens déportés ou de leurs
associations; mais sans caméra ni
médias interposés.
(1) Sa veuve nous a confirmé que
Malraux n'a jamais rien écrit de tel, tout
au plus s'interrogeait-il, au cas où le 21e
siècle succéderait au 20e
siècle, sur le point de savoir s'il ne
serait pas "mystique". On mesure la
différence avec le propos qu'on lui
prête abusivement.
|