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L'enfer est pavé de bonnes intentions +4vidéos


Par Bernard Jouanneau, avocat à la Cour, président de Mémoire 2000

Jeudi 10 avril 2008




Extrait du discours de Nicolas Sarkozy lors de sa nomination à chanoine honoraire de Latran.


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Le proverbe, que les ouvrages attribuent aux Anglais, nous vient de Saint Bernard.
Qu'il me soit permis pour une fois de lui rendre hommage en renvoyant notre "chanoine de Latran à sa méditation"…

Puisqu'il ne craint pas le mélange des genres et de la fonction, de la politique et de la religion, il devrait y réfléchir depuis ses déclarations réitérées sur la place de Dieu dans la société française civile et laïque, dont il est l'éminent représentant en tant que chef d'Etat.

Il n'appartient pas à Mémoire 2000 de juger de l'action politique qu'il mène, assuré du soutien du peuple qui l'a élu au suffrage universel; et c'est le propre d'un Gouvernement de faire des déclarations d'intention pour annoncer son programme après avoir été élu.

Mais il est de notre devoir de ne rien laisser passer qui nous paraisse compromettre ou même simplement exposer les Droits de l'Homme, sous le couvert de "bonnes intentions".

A cet égard, l'addition des initiatives, qu'il faut bien attribuer au Président, puisqu'il conduit la politique de la Nation au su et vu de tous, malgré l'article 20 de la Constitution qui confie cette charge au Premier ministre, se fait plutôt lourde au terme d'une gestation douloureuse et mal perçue par l'opinion.

1 - La bonne gouvernance implique que l'Etat confère aux citoyens la sécurité, à défaut de lui garantir la prospérité ou le maintien de son pouvoir d'achat, et qu'il ait donc pour les victimes une sollicitude particulière. Nul doute que le chef de l'Etat qui s'en préoccupe est animé des meilleures intentions.

Mais fallait-il, pour tenter d'y parvenir, instaurer la sanction radicale des récidivistes, même mineurs, en privant quasiment les Juges de leur pouvoir d'appréciation?

Fallait-il impérativement instaurer - rétroactivement en plus - la possibilité de maintenir en détention des criminels estimés dangereux, après qu'ils aient purgé leur peine?

Fallait-il, malgré l'avis du Conseil Constitutionnel, maintenir la volonté de voir appliquer immédiatement celle loi, en chargeant le président de la Cour de cassation, qui n'a aucun ordre à recevoir du chef de l'Exécutif, d'une mission d'investigation pour faire en sorte d'aboutir au résultat voulu qui satisfasse 80 % des électeurs sondés?

2 - Le souci de la maîtrise des flux migratoires et de la bonne insertion des immigrés sur le territoire impliquait peut-être que l'Etat s'assure de la sincérité du regroupement familial, même si certains en contestent le principe.

Mais fallait-il, pour y parvenir, recourir aux tests ADN en s'exposant aux remontrances des Organisations Africaines de Promotion des Droits de l'Homme et aux compromis de la Commission mixte paritaire qui rendront les textes inutiles?

Seul subsistera l'effet d'annonce d'une intention qui flatte une certaine fraction de l'opinion.

3 - La politique africaine de la France devrait sans doute s'affranchir des sujétions dont la France-Afrique d'antan avait commodément pris l'habitude.

L'intention de rompre avec les mauvaises habitudes a paru louable au plus grand nombre; mais alors, pourquoi a-t-il fallu discourir à tort et à travers et par plume interposée des destins de l'homme africain et de ses incapacités à s'insérer dans une perspective d'avenir?

Pourquoi a-t-il paru subitement essentiel, sauf pour paraître, de dérouler le tapis (au Colonel) que notre aimable secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme n'a pas apprécié?

Pourquoi a-t-il fallu se précipiter au Tchad, à deux reprises, pour y chercher "avec les dents" nos pauvres ressortissants que nous n'avons pas les moyens de faire élargir sans payer la rançon? Si ce n'est pour avoir l'air de?!

4 - La volonté de transparence de la vie privée de l'homme public a même été perçue par certains comme la volonté de rupture annoncée avec l'hypocrisie d'autres responsables.

Elle n'explique pas l'étalage du luxe des yachts et des vacances - les limousines de Louxor ou les extravagances de Petra, ni les retrouvailles de la famille recomposée à Disney.

Il n'est pas sûr que si c'était à refaire, il s'y prendrait de la même manière, après avoir changé de mode de communication et de conseiller, en la matière.

Carla elle-même a bien voulu le concéder lorsque les caméras se sont jetées sur cet enfant juché sur les épaules de son futur beau-père.




François Léotard parle de Sarkozy.

Finalement, on ne peut pas lui en vouloir, comme l'écrit plaisamment son ami François Léotard, "c'est un gosse qui s'émerveille de la multitude de ses jouets".

On ne prête pas d'arrière-pensées ni de noirs desseins aux enfants. Et pourtant s'il est un sujet sur lequel "les bonnes intentions" risquent de nous conduire en enfer, c'est bien la religion et la mémoire.

Visiblement la religion l'obsède à la manière des Présidents pionniers des Etats-Unis.

La découverte des bienfaits de la "laïcité positive", après ceux de "la discrimination positive", l'ont conduit à prophétiser à Latran et à Ryad.

Tout cela dans les meilleures intentions du monde, mais au grand dam des exigences de la laïcité tout court qui lui imposent, à cet égard, un devoir de réserve attaché à la fonction suprême dont il est investi.

Que les musulmans aient besoin d'espaces pour l'exercice de leur culte concerne à la rigueur le ministre de l'Intérieur et des Cultes; mais pas le Président qui, en matière de morale ou de valeurs, n'a pas de distribution des prix à faire aux Institutions, aux pasteurs, aux curés… ni aux rabbins, ni aux imams.

Il n'y a pas de morales complémentaires pour la République, il n'y a que la morale républicaine qui tient à la devise Liberté, Egalité, Fraternité; tout le reste n'est que racolage et communication, au prétexte que toute adhésion des citoyens à l'idéal républicain passerait d'abord par la religion.

La foi, ni la Bible, ni la Tora, ni Mahomet n'ont à voir avec la République, qui doit, à l'égard de toutes les religions, conserver ses distances et sa dignité.

Il n'y a ni vote juif, ni vote intégriste, ni vote islamique, il n'y a que des citoyens qui, par ailleurs, sont libres de pratiquer le culte de leur choix sans que la République ni son Président n'aient à s'en mêler, ni à en pratiquer ici avec ostentation.

Le siècle qui a commencé, n'en déplaise à l'aphorisme que l'on prête à André Malraux (1) qui ne l'a jamais dit, ni écrit nulle part, n'est, ni sera religieux - il est et nous avons à le vivre.
Ce n'est pas une raison pour y mêler Dieu, la religion ou la morale.

Quant à la mémoire, nous avons fait connaître notre position dans le communiqué intitulé "On n'adopte pas les morts".

La question religieuse et celle des intentions bonnes ou mauvaises subsistent.
L'idée même de prise en charge (ou d'adoption posthume) d'un enfant mort par d'autres enfants, à deux générations de distance, procède d'une démarche quasi religieuse, incompatible avec l'exercice de la fonction du chef d'Etat d'une République laïque.

Une telle prise en charge imposée par l'Etat peut avoir été inspirée des meilleures intentions; mais elle est trop équivoque pour que ne s'y mêle pas la vertu rédemptrice annonciatrice de la résurrection des morts annoncée par l'Eglise Catholique et qu'il ne faille y renoncer résolument et définitivement.

C'est aux parents et pas au président de la République qu'il revient de décider à cet égard de ce qui convient à leurs enfants et d'aller avec eux à Auschwitz et/ou à Disneyland, accessoirement avec l'aide des Institutions, des maîtres, des anciens déportés ou de leurs associations; mais sans caméra ni médias interposés.


(1) Sa veuve nous a confirmé que Malraux n'a jamais rien écrit de tel, tout au plus s'interrogeait-il, au cas où le 21e siècle succéderait au 20e siècle, sur le point de savoir s'il ne serait pas "mystique". On mesure la différence avec le propos qu'on lui prête abusivement.




Une caméra cachée sur les tests ADN.




Baba Traoré s'est jeté dans la Marne pour échapper à un contrôle de police.



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