©www.amnistia.net

Abonnez-vous à Amnistia.net


Liberté de la presse: Sarkozy tacle de Villepin


Par Didier Daeninckx

Mardi 22 novembre 2005



.

A lire aussi:

Place Beauvau - préfecture de police: la tension monte

Couvre-feu!

Sarko: Propos musclés et drames annoncés

UMP: L'heure des coups bas

Tout le dossier "Violences urbaines"

Tout le dossier "Le pouvoir et l'argent"



P
our juguler la crise des banlieues, la majorité UMP n'a pas hésité à remettre en vigueur la loi d'état d'urgence votée en 1955 alors que l'Algérie s'embrasait. Le fait que ce couvre-feu ait été institué pour la dernière fois, à Paris, sous les auspices du préfet de police Maurice Papon, en octobre 1961, n'a pas posé de problèmes de conscience aux députés de la chambre bleu-horizon qui ont voté comme un seul homme la remise en service de ces dispositions d'un autre temps.

La lecture du texte de la loi 55-385 du 3 avril 1955 réserve quelques surprises [Voir Sénat - "état d'urgence"], comme cette mention de l'Algérie, Etat aujourd'hui indépendant, dans l'article premier. On peut penser qu'avec un peu plus de sérénité, le Gouvernement aurait pu s'éviter de raviver les plaies.

Art. 1er. - L'état d'urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain, de l'Algérie ou des départements d'outre-mer, soit en cas de péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public, soit en cas d'événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique.

De la même manière, l'article 10 place la mesure d'état d'urgence dans le cadre d'une autre guerre, celle de 1939-1945, en en faisant une déclinaison des dispositions relatives à l'état de guerre, rien de moins!

Art. 10. - La déclaration de l'état d'urgence s'ajoute aux cas visés à l'article 1er de la loi du 11 juillet 1938 sur l'organisation générale de la Nation pour le temps de guerre [La loi du 11 juillet 1938 a été abrogée par l'article 5 de l'ordonnance N° 2004-1374 du 20 décembre 2004 (sic!) - voir Sénat -137 - NDLR] pour la mise à exécution de tout ou partie des dispositions de ladite loi en vue de pourvoir aux besoins résultant de circonstances prévues à l'article 1er.

Ces dispositions sont renforcées par des mesures judiciaires prévoyant le recours à la justice militaire, qui est à la justice ce que la musique militaire est à la musique: "La juridiction de droit commun reste saisie tant que l'autorité militaire ne revendique pas la poursuite...". Le texte prend soin de préciser que: "Toutefois, après la levée de l'état d'urgence, les tribunaux militaires continuent de connaître des crimes et délits dont la poursuite leur avait été déférée".

Mais l'article le plus inquiétant de la loi de 1955 concerne la liberté de la presse:

Art. 11. - Le décret déclarant ou la loi prorogeant l'état d'urgence peuvent, par une disposition expresse [La rédaction de cet alinéa résulte de l'ordonnance N° 60-372 du 15 avril 1960 - voir Sénat - 138 - NDLR]:

1) Conférer aux autorités administratives visées à l'article 8 le pouvoir d'ordonner des perquisitions à domicile de jour et de nuit;

2) Habiliter les mêmes autorités à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales.

Cette disposition a largement été utilisée tout au long de la guerre d'Algérie et c'est par centaines que les articles irrévérencieux des journaux d'opposition ont été censurés, remplacés par des placards blancs barrés du mot "censure". Henri Alleg, directeur du jornal Alger Républicain raconte dans ses mémoires qu'il avait eu l'idée de placer une phrase sous les carrés interdits: "Alger Républicain dit la vérité, mais ne peut dire toute la vérité"... Le Canard Enchaîné, l'Humanité, Les Temps Modernes, le Libération de D'Astier de la Vigerie, furent alors victimes, plus qu'à leur tour, de la censure gaullo-paponesque.

Dominique de Villepin, qui a pris le risque de remettre en vigueur cette loi d'inspiration coloniale, n'a pas cillé en constatant les références à l'Algérie et à l'état de guerre, mais l'évocation de la possible censure blessait son âme de poète. Il s'est donc empressé de déclarer que cette partie de l'article 11 relative à la surveillance des plumes ne serait pas appliquée.

La livraison du nouvel épisode du feuilleton sarkoziste "Amour, gloire et beauté" a remis les pendules à l'heure. L'éditeur du livre sur les battements arythmiques du cœur de Cécilia s'est vu convoquer place Beauveau, au ministère de l'Intérieur, et ordre lui a été donné de surseoir à la publication de l'ouvrage.

Dans son village de Gretz-Armainvilliers, le vieillard condamné pour complicité de crimes contre l'humanité a, probablement, apprécié l'exercice en repensant à sa jeunesse.









Abonnez-vous au site Amnistia.net (accès direct à tous les articles) et recevez, chaque mois, notre journal Les Enquêtes interdites (format PDF).
Abonnements: 4 euros 15 jours | 18 euros 3 mois | 50 euros 1 an


©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation réservés
contact: redaction@amnistia.net

Rédaction: contact

Haut de page
La Une