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Les
cadavres sans papiers de la morgue du
Havre Par
Didier Daeninckx Mardi
6 juillet 2004 |
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A
lire aussi: Aux alentours du 15 septembre 2003, un pétrolier battant pavillon chypriote fait escale dans le port africain de Conakry (Guinée). Sept jeunes hommes, âgés de 13 à 25 ans, montent clandestinement à bord et se cachent dans un local de visite du gouvernail accessible uniquement depuis l'intérieur du navire. Ils y resteront près de deux semaines, le temps que le pétrolier approchent des côtes françaises après un passage en Angleterre. Le Captain Baltic One est commandé par un capitaine russe, et presque tout l'équipage est de cette nationalité. Le 29 septembre 2003, le bateau amarre ses 182 mètres au quai de ravitaillement de Port-Jérôme, sur l'estuaire de la Seine, pour faire le plein de fioul, et les sept clandestins se jettent à l'eau depuis le pont pour rejoindre la terre ferme. Ils sont vêtus de shorts ou de bermudas, de tee-shirts, de sandalettes, affaiblis par deux semaines d'une traversée éprouvante, sous-alimentés. Ils ignorent que les eaux froides du fleuve sont soumises aux mouvements des marées, agitées par de très forts remous, que d'importants courants les traversent. Peu après neuf heures du soir, ce lundi de septembre, un vigile qui sillonne l'appontement des pétroliers repère un jeune homme exténué qui vient de sortir de l'eau. Au même moment, à quelques centaines de mètres, des policiers municipaux de la commune voisine de Gravenchon interceptent deux autres rescapés, des adolescents en état d'hypothermie. Ils sont aussitôt dirigés, par les pompiers du secteur vers les services d'urgence de l'hôpital de Lillebonne. C'est là qu'un quatrième Africain retrouvé dans un abribus par la gendarmerie de Quilleboeuf viendra les rejoindre. Lors de leurs premières déclarations, ils admettent appartenir à un groupe de sept passagers clandestins guinéens, et les services de secours accentuent leurs recherches.
Les contacts des militants avec les syndicats de marins du port du Havre leur permettent d'apprendre que le Captain Baltic One ne possède pas de cales. L'Union martime CFDT publiait un communiqué déclarant notamment: "Nous sommes étonnés que le capitaine du navire n'a pas signalé la présence de ces clandestins guinéens en accostant dans un port français. Par expérience nous disons qu'il est très difficile de rester cachés pendant 14 jours sans être vus". Les investigations menées par les enquêteurs sur le navire n'auraient pas permis de trouver de traces d'excréments, de reste de nourriture, ce qui est toujours le cas lors de découverte de clandestins. Cela n'a pas suffi à reporter le départ du pétrolier vers Rotterdam. Dans le même temps, les survivants, toujours habillés de tee-shirts et de bermudas, malgré le temps d'automne, était conduits devant un tribunal, flanqués d'un avocat commis d'office, et aussitôt reconduits à la frontière avant d'être renvoyés vers la Guinée. Le 21 octobre, le collectif des Sans Papiers du Havre organisait un hommage aux clandestins disparus sur les berges de la Seine. Une plaque à la mémoire de Momo était apposée sur les docks Océane, et les animateurs de ce groupe de solidarité protestaient contre le fait que cette "affaire ait été si vite classée". D'autres militants se rendaient aux abords des locaux de la Transat Jacques-Vabre, près du port de plaisance, où ils expliquaient que le drame du Captain Baltic One était une des conséquences du commerce inéquitable qui voit le pillage des pays producteurs du Sud, la plongée dans la misère des populations et leurs tentatives désespérées de survivre. Aux dernières nouvelles, dix mois après le drame, les trois corps des jeunes Guinéens morts noyés le soir du 29 septembre 2003 sont toujours entreposés à la morgue du Havre. |
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