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Chirac-Jospin: le pacte inavouable
Un livre de Guy Benhamou


Par Enrico Porsia

Lundi 25 avril 2005


Le Pacte, un livre de Guy Benhamou. Editions Privé.

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S
elon certaines sources, il existerait un pacte, secret et inavouable, qui lierait Jacques Chirac et Lionel Jospin.
A quelle fin?
Pour l'actuel président de la République de droite, dans le collimateur de la justice, il s'agirait de se garantir l'immunité. Et, pour l'ancien Premier ministre de gauche, ce serait l'occasion de se laver de l'humiliation subie en 2002 et accéder à la charge suprême.

Ce couple improbable formé par Chirac et Jospin n'aurait vraisemblablement jamais vu le jour sans que Nicolas Sarkozy ne s'en mêle. Animé par une ambition dévorante, Sarko veut, lui aussi, conquérir l'Elysée. Encore faut-il détrôner "le père".
Si Sarko gagne, Jacques Chirac, le vieux fondateur de l'ex-RPR, ne sera plus. Place à une nouvelle ère.

La génération Sarko se veut pragmatique et sans complexes.
Même Brutus accède au statut de héros positif:
"Sarkozy s'est contenté de trahir en 1995, il tuera en 2007", dit-on au Château. Dans l'entourage de Chirac, on est certain d'une chose: si le nouveau patron de l'UMP accède à l'Elysée, ce sera la catastrophe!
Les règlements de comptes seront sans pitié, et seul un miracle pourra éviter à Chirac de se retrouver devant les juges.

"Ce n'est pas un scénario de science-fiction", affirme le journaliste Guy Benhamou. Il a rencontré des "hommes de l'ombre". Les architectes occultes du pacte secret. Il a pu recueillir leurs confidences.
"Ce scénario ne repose sur aucune preuve matérielle, aucun document reproduit en annexe, aucune déclaration sur l'honneur de témoins assermentés", prévient-il d'emblée. D'autant plus que le journaliste est bien conscient que "les confidences d'hommes de l'ombre sont souvent vouées à la manipulation de leurs interlocuteurs, à la propagation de fausses nouvelles et au lancement des pires rumeurs".
Tout cela, Guy Benhamou le sait. Combien de fois, ce journaliste, qui fut l'un des principaux experts du dossier corse, a-t-il été approché, "tamponné", par des professionnels de la manip?
Pourtant, il insiste.

Dans son dernier ouvrage, il nous livre le récit de ce pacte particulier.
Un accord secret qui n'est pas une première dans la vie politique française.
Au contraire, cette pratique en est presque une constante.
Le journaliste nous promène ainsi dans les arrières-cours de la République, là où se scellent des alliances occultes. Là où se trament les coups tordus.
C'est un univers où le cynisme règne en maître. Tandis que la perversité a valeur de morale.

Tout cela, bien évidemment, pourrait être balayé d'un revers de manche en faisant valoir un argument simple: il n'y a pas de preuves. Il s'agit donc d'une simple conjecture de journaliste.
Sauf si... Comme le souligne Benhamou: "Sauf si ce qui s'est passé hier et avant-hier, lors d'événements similaires, n'a aucune raison de ne plus se reproduire..."

Un exemple?

En 1988, au premier tour des élections présidentielles, Chirac fait un score médiocre. Avec 20% des voix, il sait que ses chances face à François Mitterrand, qui le devance de 14 points, sont bien compromises. Raymond Barre, le " troisième homme " de l'époque, vient d'être éliminé avec 16,5% des suffrages. Officiellement il apporte son soutien à Jaques Chirac.
"Pour les observateurs, Raymond Barre soutient Jacques Chirac comme la corde le pendu", raconte Benhamou.

"Barre va en fait profiter de l'entre-deux tours pour rencontrer secrètement François Mitterrand". Les deux hommes ont un seul sujet de discussion: la meilleure façon de faire perdre Chirac. Au même moment, ce dernier décide de jouer son va-tout en contactant Jean-Marie Le Pen qui a obtenu 14,4% des suffrages. "Charles Pasqua est la cheville ouvrière de l'opération", affirme Guy Benhamou. "Le ministre de l'Intérieur de la première cohabitation n'a pas de pudeurs de démocrate au petit pied. Il y a belle lurette qu'il a pris langue avec Le Pen. Les premiers rendez-vous ont lieu dans un parking", affirme encore le journaliste. Ensuite, c'est dans l'appartement du gaulliste Pierre Guillain de Benouville que Chirac et Le Pen se rencontrent. Une rencontre sans témoins. A l'issue de la réunion, Le Pen exhorte ses électeurs: "Pas une voix pour Mitterrand".

"Barre-Mitterrand, Chirac-Le Pen. Pacte contre pacte. François Mitterrand l'emporte avec 54% des voix", rappelle Guy Benhamou, qui évoque dans son livre d'autres arrangements, très originaux, qui ont marqué la vie politique française.
C'est ainsi qu'on apprend qu'en 1986, toujours lors de la première cohabitation, c'est toujours Charles Pasqua qui se chargera d'établir un contact avec Alain Bauer. Le futur Grand Maître du Grand Orient de France était à l'époque vice-président étudiant de l'université de Paris I, membre du conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche, adhérent du PS et élu au bureau du syndicat étudiant UNEF-ID, ainsi que membre de la mutuelle étudiante MNEF (à lire aussi notre article
Grand Orient: la discrète transparence du Grand Maître).

Rappelons-nous "la loi Devaquet". Des milliers d'étudiants en grève défilaient dans la rue. Le Premier ministre, Jacques Chirac était inquiet. Son électorat était choqué par les images "du désordre" retransmises chaque soir au journal de 20 heures.
Le 7 décembre, un jeune homme handicapé, Malik Oussekine est frappé à mort par deux policiers ayant comme mission de pourchasser les manifestants.
Le même jour, Alain Bauer rencontre Charles Pasqua. Plus tard, il fera aussi la connaissance de Maurice Ulrich, le directeur de cabinet de Chirac.
Le ministre Devaquet démissionne, "son" projet est retiré.
Ensuite, Alain Bauer, l'homme de gauche, deviendra un grand expert des questions de sécurité. Après avoir fondé sa propre société de consulting, il aura l'honneur de conseiller aussi bien la droite que la gauche.

Décidément les mouvements étudiants agacent au plus haut point le pouvoir. En 1993, pour calmer les manifestants qui exigent le retrait du contrat d'insertion professionnelle, imaginé par le gouvernement Balladur, Philippe Campinchi, le président de l'UNEF-ID, est contacté.
C'est Nicolas Sarkozy qui intervient. "Il demande à son copain Nicolas Bazire de préparer le terrain", explique, très précisément Guy Benhamou.
Ensuite, en compagnie de Georges-Marc Benamou, journaliste "bien en cour dans la Mitterrandie", Campinchi se rend à Bercy.
Sarkozy, alors ministre du Budget, l'attend. C'est le début de la tractation. D'autres rencontres se succèdent jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée.
Le texte est retiré. Le gouvernement ménagé.
A la fin de l'histoire, tout le monde semble satisfait. Le syndicat étudiant UNEF-ID sera même récompensé "par quelques valises, en provenance directe des fonds secrets de Matignon", révèle encore Guy Benhamou avant de nous expliquer à quoi sont destinés, de nos jours, les fonds secrets dont dispose l'Elysée.

L'argent noir "sert à rétribuer les services de journalistes sans scrupules, de repris de justice impécunieux ou des fonctionnaires indélicats, troupe hétéroclite chargée de collecter ou de colporter les informations et les ragots les plus divers".
Bienvenue dans la République du chantage!
Le livre de Guy Benhamou vous dévoile le décor.

Nous avons posé ces questions à Guy Benhamou:

-- Ce que vous décrivez, c'est un univers terrible. C'est un monde divisé en clans. Où est la place du citoyen?

-- Vous avez travaillé longtemps sur le dossier corse: les agissements occultes, les alliances contre-nature, le poids qui pèse sur une société écrasée entre le double langage de l'Etat et le pouvoir des clans, historiques comme nationalistes. Tout cela ne vous est pas étranger.
A la vue des mœurs qui habitent, selon vous, les coulisses du pouvoir à Paris, les clans corses ne font-ils pas figure de manipulateurs "stagiaires"?

-- Dimanche 24 avril, Cette fois, Jospin revient, titre le Parisien. Doit-on y voir un signe? Une de ces "opérations dont la réussite donnera la poursuite du plan", du pacte secret?

-- Quel poids aura le résultat du référendum pour les stratèges du pacte secret?

-- Est-il vraisemblable, comme vous le soutenez dans votre livre, que ni Chirac, ni Jospin ne sont au courant des accords secrets que leurs hommes de l'ombre respectifs sont en train de négocier?

-- Selon vous, Yves Bertrand, l'ancien patron des Renseignements généraux "va pouvoir continuer à rendre quelques menus services" à Jacques Chirac. De l'autre côté de la barricade, dans le clan Sarkozy, Claude Guéant, l'ancien directeur de la police nationale, fait figure de "général".
Les services de police vont-ils être impliqués dans la guerre sans merci pour la conquête de l'Elysée?

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