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Les Renseignements généraux à l'abri du secret défense


Vendredi 20 juin 2008


Pour en savoir plus sur les agissements de cette honorable administration, nous vous invitons à lire:


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La reforme du renseignement français est en marche. Comme vient de l'annoncer Le Monde:
"Les Renseignements généraux (RG) se scindent en deux:
une partie de leurs effectifs fusionne avec la DST pour former le renseignement intérieur (RI), une autre rejoint la nouvelle sous-direction de l'information générale (SDIG) au sein de la sécurité publique (…) Mais première surprise: la traditionnelle section 'presse-communication' des RG passe entièrement sous la coupe RI, soumise à l'habilitation 'confidentiel défense'." Et voilà le progrès.

Dans nos dossiers "Yvan Colonna, les RG, le journaliste et l'éditeur" et "Yvan Colonna: la traque du berger passe par le Net" nous faisions état de l'existence d'un cabinet noir au sein de cette administration: une structure clandestine et occulte, qui avait pour but de manipuler l'opinion publique.

L'ex-commissaire principal Hubert Marty-Vrayance, qui faisait partie de ce "réseau discret de renseignement apparemment mis en place depuis plusieurs années", a donné la description suivante de cette officine parallèle:

"Un réseau très cloisonné de fonctionnaires et de journalistes travaillant dans l'ombre sans se connaître, non pas au profit de la Direction centrale des RG ou du ministère de l'Intérieur, mais de la seule personne du directeur central des Renseignements généraux", précise l'ex-commissaire principal. "Les 'agents' composant ce réseau étaient chargés de recueillir des renseignements à son intention exclusive, soit parce qu'ils étaient impossibles à recueillir dans le strict cadre de l'institution, soit parce qu'ils étaient destinés à l'usage personnel du 'patron', vraisemblablement dans l'intérêt du service". Vraisemblablement…

"Commodité supplémentaire de ce système: ces 'agents' étaient tout à fait officieux, ils pouvaient servir de fusibles en cas de dérapage, afin de ne pas mettre en difficulté Yves Bertrand". Le commissaire Marty-Vrayance souligne aussi: "On me fit comprendre que d'autres fonctionnaires travaillaient comme moi, dans la même clandestinité. On me fit valoir que cette contribution occulte ne pouvait avoir que des effets positifs sur le déroulement ultérieur de ma carrière". (1)

"Aux RG, les enquêteurs ont une liberté complète. Ils n'ont aucune contrainte et peuvent bâtir toutes les hypothèses et les interconnexions qu'ils souhaitent afin de suggérer une thèse... Une thèse qui peut très bien se résumer à une collection de rumeurs". Une collection des rumeurs qui atterrissait dans les fameuses notes blanches.

Les informations contenues dans des notes totalement anonymes constituent une arme redoutable dont les RG sont les seuls détenteurs. Il faut préciser que ce service constitue une administration très particulière à l'intérieur du monde policier. Ses enquêtes ne sont pas inspirées par une commission rogatoire émise par un magistrat, et ses investigations ne sont soumises à aucun contrôle. Ses agents cherchent là où ils veulent, ils cherchent sur qui ils veulent, ils cherchent comme ils le veulent. Et, enfin, ils rédigent ce qu'ils veulent. Leurs enquêtes, sous couvert de l'anonymat le plus strict, sont enfin rendues disponibles sur des feuilles de papier dépourvues d'en-tête (2), sans signature, et qui atterrissent sur le bureau du patron.

Le directeur central des Renseignements généraux occupe une place importante qui lui confère, entre autres choses, le pouvoir de choisir les notes blanches qu'il adressera au ministre de l'Intérieur, celles, surtout, qu'il pourra garder précieusement, et secrètement, en souvenir... D'autres notes "fuitent" selon le jargon du service, et atterrissent entre les mains de responsables politiques ou dans les rédactions... afin que des affaires "sortent".

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De nos jours, les citoyens disposent d'un droit de regard.... bien formel. Toute personne peut, en effet, exiger d'avoir accès à sa propre fiche de RG… ou a ce que le service veut bien montrer pour sauver les apparences... d'une transparence invisible!

"Combien de carrières, combien de situations ont été brisées ces dernières années par la seule existence d'une note blanche défavorable colportant des ragots invérifiables", témoigne Patrick Rougelet, un ancien commissaire principal de cette honorable administration, mis soudainement à la porte en 1996.

Soyons rassurés. Désormais, cette honorable administration sera couverte par le secret défense. Les notes anonymes deviennent donc secrètes.

Circulez, il n'y a rien à voir. Vous êtes sous contrôle. Et vive le progrès!


(1) Yves Bertrand a toujours démenti l'existence d'un quelconque "cabinet noir" dans son service. L'ancien patron des RG a toujours affirmé de n'avoir jamais agi sans l'accord de sa hiérarchie.
(2) Depuis 2002, les notes des RG doivent porter l'en-tête du service, même si elles sont toujours dépourvues de la signature du fonctionnaire qui les a rédigées. Les notes des RG restent donc anonymes. Demain elles seront secrètes...


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