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UIMM: L'ancien patron des RG, les enveloppes en liquide et les "petits gars d'Ordre Nouveau"…

Vendredi 14 mars 2008


Y
ves Bertrand, l'ancien directeur central des Renseignements généraux entre 1992 et 2004, a été convoqué, jeudi 13 mars, par le juge d'instruction Roger Le Loire. L'ancien patron des RG a été entendu, à titre de témoin, dans l'affaire des caisses noires de l'UIMM dont 19 millions d'euros en liquide se sont évaporés dans la nature entre 2000 et 2007.

Le juge, Roger Le Loire semble s'intéresser particulièrement à la "piste universitaire", une piste qui a été évoquée au cours de leurs gardes à vue respectives par Denis Gautier-Sauvagnac et son adjoint Dominique de Calan. Il s'agissait, "d'une aide financière à des instances universitaires" et plus précisément "du financement d'un syndicat étudiant de droite, à hauteur de 30.000 euros par an".

Dans son livre Je ne sais rien mais je dirai presque tout (Plon), l'ancien directeur central des RG raconte que des "enveloppes" du patronat de la métallurgie ont servi à financer la campagne de Valéry Giscard d'Estaing en 1974: "Seuls quelques naïfs croient encore que VGE a pu mener campagne en 1974 avec les maigres moyens humains des Républicains indépendants. (...) Sa logistique, son service d'ordre, ce sont les 'petits gars' d'Ordre Nouveau", un groupuscule d'extrême-droite, "qui les ont assurés grâce aux enveloppes en liquide" de l'UIMM. Et d'ajouter que ce "n'est pas non plus un hasard qui a amené les membres d'Ordre Nouveau à y participer: ils haïssaient les gaullistes [après] l'indépendance accordée à l'Algérie".

"Des preuves existent de l'implication de l'UIMM dans certaines campagnes politiques. C'est un fait historique", explique sans détours, Joseph Pinard, agrégé d'histoire, ancien député (PS), au journaliste de Libération Karl Laske. "Des dizaines de millions d'euros en liquide sortis de l'UIMM, on sait encore peu de chose. Mais le doute a été bien vite jeté sur les syndicats. Je m'étonne que rien n'ait été signalé par les médias sur les largesses passées du syndicat patronal. Des preuves existent pourtant de son implication dans certaines campagnes politiques. Dès l'après-guerre, la fraction dure du patronat en particulier dans la métallurgie y joue un rôle en soutenant à sa tête d'anciens collaborateurs, condamnés à la libération: Georges Albertini, ex-bras droit de Marcel Déat au Rassemblement national populaire, et Claude Harmel, ancien cadre de ce parti pro-nazi. Alors qu'en 1943, il s'en prenait par écrit aux 'cervelles talmudiques', Harmel se reconvertit dans le combat anticommuniste de la guerre froide dès 1949. Il fonde l'Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps), grâce à des fonds patronaux, et l'institut supérieur du travail (Ist) pour former les cadres d'entreprise à l'action antisyndicale. Le 12 décembre 2006, l'anniversaire des quarante ans de l'Aleps a été célébré dans les locaux de l'UIMM à Neuilly, en présence d'Alain Madelin, ancien ministre, et d'Hervé Novelli, alors député, mais aujourd'hui secrétaire d'Etat chargé des entreprises".

L'ancien président de l'UIMM, Denis Gautier-Sauvagnac a jusqu'à présent refusé de donner à la justice les noms des bénéficiaires des financements occultes: ce "ne serait pas bon, du point de vue de l'intérêt général", a-t-il soutenu, sans rire, le 15 janvier 2008, lors de sa mise en examen. Décidément, le surréalisme est de rigueur!

Yves Bertrand, a été le directeur central des Renseignements généraux entre 1992 et 2004. 12 ans de règne sur le service de renseignement de la place Beauvau, ce n'est pas rien... ça donne le temps de mettre en place un "cabinet noir" aux ordres du directeur du service. Un réseau très cloisonné de fonctionnaires et de journalistes travaillant dans l'ombre sans se connaître... Découvrez comment fonctionnait ce réseau original. Lisez nos dossiers exclusifs:

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