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Le ministre de la défense yougoslave abattu
Guerre de l'ombre à Belgrade

Mardi 8 février 2000



"Le gouvernement fédéral annonce avec une douleur et une tristesse profondes que Pavle Bulatovic, ministre fédéral de la défense, a été tué ce soir à Belgrade (...)" Cette nuit la réaction officielle du régime de Milosevic venait d'être lue à la télévision nationale...

Peu de temps avant, Pavle Bulatovic s'apprêtait à dîner dans le restaurant du club de football "Rad". Il était 18h55 quand le ministre de la défense de Belgrade était fauché par une décharge de mitraillette. A sa table, le directeur de la banque Yu-Garant (ex-gouverneur adjoint de la banque centrale), Vuk Obradovic et le propriétaire des lieux, Mirko Knezevic. Tout les deux étaient blessés par une pluie de balles. Trois rafales, vraisemblablement de Kalashnikov, tirées, selon les premiers témoignages, par un seul homme. Il se serait placé devant une fenêtre du restaurant et aurait ouvert le feu en centrant Bulatovic dans le dos.

Décidément, le Belgrade des années deux-mille semble s'inspirer de plus en plus des films de Chicago des années trente. Il y a un mois, c'était le tour de Arkan. Le criminel de guerre (voir notre édition du 30.03.99) était abattu au beau milieux du hall de l'hôtel Intercontinental. Deux de ses assassins présumés, arrêtés depuis, seraient un ancien milicien et un ancien flic... Quelques jour plus tard, le garde du corps du leader ultranationaliste Vojislav Seselj, est attiré dans une embuscade.

Combien de cadavres s'ajouteront encore à la longue liste des mystérieux assassinats qui prolifèrent sur les rives serbes du Danube (voir notre édition du 17.01.2000)...

Le pouvoir serbe a peur. Personne ne se sent à l'abri d'un attentat. Les ministres ont doublé leurs escortes, aux réunions du régime le gilet pare-balles est de rigueur!

Y a-t-il une guerre non déclarée qui se déroule en ce moment en Yougoslavie? S'agit-il d'un grand règlement de comptes entre les différents clans qui composent les sponsors du boucher Milosevic? Ou assiste-t-on aux signes avant-coureurs d'un putsch "révolutionnaire à la roumaine"?

Selon nos informations, la "piste monténégrine", où des intérêts politiques se mélangent au contrôle des juteux marchés de la contrebande, serait en train de s'affirmer comme l'une des plus vraisemblables.

Arkan, tout comme le ministre de la défense Pavle Bulatovic, avait des origines monténégrines et ils gardaient des rapports très étroits avec le Monténégro. Bulatovic y avait même exercé les fonctions de ministre de l'intérieur (avant de donner les ordres depuis son ministère de la défense sur "le bon déroulement" du "nettoyage ethnique" au Kosovo)... et il s'y était "illustré", déjà en 1992, pendant la déportation des Musulmans.

Depuis toujours, Pavle Bulatovic militait dans les organisations ultranationalistes serbes. Il était un fidèle de Milosevic. "Le gouvernement exprime sa gratitude et son respect pour la contribution de Pavle Bulatovic à la défense, au développement de la République fédérale de Yougoslavie..." précise le communiqué du régime. Qui a donc "osé" le tuer, hier soir, dans le quartier de Dedinje à quelques centaines de mètres de la résidence du grand chef "Slobo", le boucher?

Milo Djukanovic, le président du Monténégro, est un homme qui plaît à l'Otan. Le fait qu'il se finance avec le trafic et la contrebande est visiblement un "petit péché" sans importance dans les cerveaux des nouveaux bâtisseurs de l' "après Balkan Storm".

Ils le soutiennent. Si le Monténégro se séparait de la Serbie, ça serait la fin de la désormais "très réduite" Yougoslavie. Mais si Djukanovic arrivait à prendre le contrôle de Belgrade... dans la stratégie de l'Otan, ça serait "faire d'une pierre deux coups":

Un criminel sanguinaire qui part et un vassal corrompu qui arrive...

(Comme par hasard, jeudi dernier, le directeur de la CIA George Tenet a évoqué la possibilité d'une confrontation "d'ici le printemps" entre le président yougoslave Slobodan Milosevic et le président monténégrin Milo Djukanovic. à suivre...)

Tout le dossier "La crise des Balkans"

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