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Ni va t'en guerre, ni lâche!

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Vendredi 14 mai 1999


A l'occasion du 15 mai (Journée International de l'Objection de Conscience), le Mouvement de l'Objection de Conscience (MOC) de Nancy nous envoie ce communiqué. Nous le publions volontier.


A
l'exception des nationalistes de tous bords (que les médias appellent "souverainistes" et que le sort des albanais et des serbes du Kosovo indiffère complètement), la classe politique française dans sa très large majorité a passé ces derniers temps à nous enfoncer dans le crâne que seules deux alternatives étaient possibles: la lâcheté ou la guerre!

En tant qu'objecteurs de conscience, nous sommes pour le moins sensibles à cette interpellation. Nous apprenons donc que, eh oui, parfois la guerre est juste et légitime. Plus fort encore, Chirac nous annonce que cette guerre est la première guerre faite au nom du respect des Droits de l'Homme. Au passage, nous sommes plutôt satisfaits d'entendre le chef des armées françaises sous-entendre que toutes les autres guerres n'ont été que des boucheries sans aucune justification.

Les événements qui se déroulent actuellement au Kosovo sont dramatiques. Ils n'en étaient pas pour autant moins prévisibles. Nous aimerions être consternés devant l'incapacité des "puissances occidentales" à gérer les crises et à prévenir les conflits par des moyens démocratiques et non-violents. Mais nous sommes parfaitement conscients qu'il ne s'agit aucunement d'impuissance mais de cynisme.

Car, dans leur coupable insouciance, les fameuses "puissances occidentales" ont ignoré le problème du Kosovo lors des accords de Dayton tout en sachant très bien que le boomerang reviendrait en pleine gueule des kosovars; ont négligé d'encourager l'action de résistance non-violente d'Ibrahim Rugova (on a beau jeu aujourd'hui de le faire passer pour un dindon de la farce sans légitimité politique) et de la Ligue Démocratique du Kosovo (LDK) pour privilégier le dialogue avec un dictateur dont les crimes passés sont reconnus; ont laissé avorter les tentatives d'ouverture démocratique esquissées par des médias et des associations serbes et albanaises; ont refusé d'entendre les interpellations sur le problème kosovar de certaines organisations françaises (Mouvement pour une Alternative Non-violente, Comité Kosovo, M.O.C., Assemblée Européenne des Citoyens...).

Et, aujourd'hui, ces mêmes puissances regroupées dans une organisation internationale armée bombardent le territoire de la "République fédérale de Yougoslavie" inconsidérément (à tel point que la charité française, bonne poire, doit réparer les dommages collatéraux provoqués par les armes payées par le contribuable et dont les bénéfices des ventes ne manqueront pas d'engrosser quelques marchands de mort) et, comble de l'hypocrisie, refusent aujourd'hui (en tout cas en ce qui concerne la France) le statut de réfugié politique à certains déserteurs de l'armée serbe.

Cette guerre aux conséquences humaines dramatiques n'est pas une guerre juste, ni une guerre légitime, ni une guerre Droit-de-l'Hommiste. C'est une guerre cynique qui ne vise aucunement à rétablir la paix mais, au contraire, à maintenir l'ordre établi par les puissances occidentales qui se tapent complètement du sort des Albanais comme elles se tapent complètement du sort des Kurdes de Turquie ou des Maliens de France.

En cette Journée Internationale de l'Objection de Conscience, nous demandons:

le soutien à tous les démocrates de Serbie, du Monténégro et du Kosovo et en particulier, comme le préconise la résolution du Parlement européen du 28 octobre 1993, l'accueil sans délai de tous les déserteurs de l'armée serbe dont l'acte de désobéissance est, à l'évidence, un acte de paix porteur d'avenir;

l'arrêt immédiat des bombardements de l'OTAN dont la légitimité est plus que douteuse;

la gestion du conflit yougoslave par des organisations internationales légitimes (ONU, TPI, OSCE) dont les moyens doivent être renforcés et dont le fonctionnement doit changer (l'ONU n'a aucun intérêt, on le voit bien aujourd'hui, si ce sont les Etats-unis, la France ou la Grande-Bretagne qui lui dictent leur bon vouloir)

Nous rappelons au passage qu'il serait sans doute bon de s'occuper également, et dès maintenant, de la problématique Droit-de-l'Hommiste dans des pays comme la Colombie, l'Indonésie, l'Algérie, la Sierra Leone, le Tibet, la Turquie pour ne citer que ceux-là. A moins que l'on ne préfère évidemment attendre d'être mis au pied du mur, un jour, devant cet effroyable dilemme "guerre ou lâcheté?"

MOC Nancy - BP 363 - 54007 NANCY Cedex

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