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Serbie: dollars, pétrole et prison pour Slobo


Par Robert Realley

Vendredi 6 avril 2001


Comme par hasard Slobodan Milosevic a été arrêté juste au moment de l'expiration de l'ultimatum USA pour l'octroi à la Serbie d'une aide de 50 millions de dollars. Irrité par ces insinuations le président de la Fédération yougoslave Kostunica déclare que "La dignité nationale ne s'achète pas pour 50 millions de dollars". Reste le fait qu'après l'arrestation du boucher des Balkans le secrétaire d'état US Colin Powell a donné le feu vert pour le déblocage des fonds américains et surtout pour ceux du FMI et de la Banque Mondiale dont la Serbie a un besoin vital.

Passé l'excitation pour la capture de l'ancien dictateur et les mises en demeure péremptoires des Occidentaux pour qu'il soit livré sans délai au tribunal de la Haye, personne ne semble vraiment pressé de le voir juger hors de Belgrade. Trop de gouvernements risquent d'être gênés à cause de leur compromission sur le plan diplomatique, économique, financier, avec le régime qui a ensanglanté les Balkans pendant 10 ans. Et puis comment prendre le risque de traduire devant le tribunal international un ancien chef d'Etat sans créer ainsi un dangereux précédent aux conséquences difficiles à maîtriser? Pour certains il est sûrement plus raisonnable de laisser aux Serbes la responsabilité de juger leur ex-président... Déjà Robin Cook, le ministre des Affaires étrangères britannique, en visite à Belgrade mercredi 04.04.2001, se déclarait favorable à ce que Milosevic soit jugé d'abord dans son propre pays, et seulement après... (peut-être) par le Tribunal international. En tout cas, l'essentiel de l'ultimatum américain a été respecté. Il fallait sortir Milosevic de l'échiquier politique serbe. Les intérêts des décideurs d'outre-atlantique souhaitent en effet que le pays soit stabilisé, tout en étant dépendant des généreuses perfusions de dollars qu'on lui fait miroiter.

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"La crise des Balkans"
Mais que se cache derrière tant d'empressement de la part des Américains? Revenons au business.

Les pipelines sont l'un des enjeux stratégiques de ce siècle pour l'approvisionnement en énergie. Les réserves de brut des pays occidentaux diminuent rapidement, et les Etats-Unis importent aujourd'hui la moitié de leur consommation. Toutes les puissances se lancent dans une lutte acharnée pour le contrôle de l'extraction et du transport du pétrole et du gaz naturel.

Depuis 1996, la Albanian-Macedonian-Bulgarian Oil Pipeline Corp. (AMBO), une société américaine immatriculée à Pound Ridge, Etat de New York, étudie le projet d'un oléoduc entre le port bulgare de Bourgas, sur la Mer Noire, et le port de Valona (Vlorë), en Albanie. Ce projet a déjà fait l'objet avec succès d'une étude de faisabilité, financée pour plus de la moitié par le gouvernement américain. Il est censé acheminer le pétrole arrivant des riches gisements de la mer Caspienne, considérés la troisième réserve de pétrole au monde (après le Golfe et la Sibérie) vers la Méditerranée. Il permettrait d'éviter le passage par le détroit du Bosphore, trop dangereux et ne consentant pas le trafic des supertankers de plus de 150.000 tonnes.

Deux autres projets pour acheminer le brut caspien existent: l'un qui déboucherait à Trieste, en Italie, et l'autre à Alexandropoulis, en Grèce. Le projet de la AMBO aurait, lui, reçu l'approbation des compagnies Texaco, Chevron, Exxon Mobil, BP Amoco, Agip, TotalFinaElf mais surtout… du gouvernement des Etats-Unis. En effet, ces derniers préfèrent faire arriver le pétrole dans le port d'un pays qu'ils contrôlent, comme l'Albanie aujourd'hui, plutôt que dans un pays de l'Union européenne (Italie ou Grèce). Nous rappelons que les Etats-Unis appuient aussi un autre projet d'oléoduc qui, provenant de l'Azerbaïdjan, déboucherait à Ceyhan, en Turquie, autre grand allié de l'Oncle Sam (voir notre édition du 19.11.99).

L'oléoduc transbalkanique, d'une longueur de 900 km, devrait coûter plus d'un milliard de dollars et doit convoyer 750.000 barils de brut par jour. Le président britannique de AMBO, Ted Ferguson, un ancien de BP déclarait déjà l'année dernière que la construction devrait être terminée en 2005, et que les travaux devaient commencer en... 2001. On comprend mieux l'empressement des Américains pour éliminer Milosevic, qui aurait pu jouer encore le fauteur de troubles dans cette région. Pour traverser les Balkans, de la Bulgarie à travers la Macédoine jusqu'à l'Albanie, les ingénieurs auront besoin d'une région "pacifiée".

Et n'oublions pas que le nouveau président américain Bush appartient à une famille de pétroliers...

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