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Les trésors de Milosevic

Par Raphaël Gardel

Mercredi 14 mars 2001


Il y a deux semaines, la représentante du ministère public auprès du Tribunal international de La Haye pour les crimes commis en ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, a obtenu de la banque centrale de Chypre la transmission d'importants documents comptables concernant d'étranges mouvements de capitaux en provenance de Belgrade. Selon des informations publiées par le Washington Post, les magistrats seraient sur les traces des fonds secrets du régime Milosevic. Depuis 1993 les Nations Unies avaient imposé le gel des biens yougoslaves déposés à l'étranger, ainsi que l'interdiction des transactions commerciales avec le régime sanguinaire de Milosevic. Pourtant, le vieux Slobo, à travers la mise en place d'un réseau de sociétés écrans et la complicité des certaines banques, ainsi que de certaines entreprises insoupçonnables (voir notre article Les bonnes affaires de Telecom Italia), avait su trouver des méthodes efficaces pour contourner les sanctions internationales. C'est ainsi qu'en 1998 des avions de la compagnie helvétique Swiss Air multipliaient leurs voyages à Belgrade. Là, des policiers du régime chargeaient les soutes des avions suisses avec des caisses en bois, déclarées comme contenant du cuivre. Mais en réalité elles étaient pleines de lingots d'un métal bien plus précieux. De l'or. Une fois en Suisse les lingots étaient immédiatement convertis en dollars. Selon les premières estimations environ 6,8 millions de dollars auraient ensuite quitté la Suisse pour être transférés à Chypre. A Nicosie, les traces du trésor de Milosevic mènent tout droit à une société qui ne dispose ni de bureaux, ni de numéro de téléphone. Elle se contente simplement d'un nom, MCC Overseas Trade LTD, et d'une boîte postale domiciliée auprès de la société juridique Cosmoserve.

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"La crise des Balkans"
Chypre est sûrement une des principales plaques tournantes de l'exportation de capitaux du régime de Milosevic. En effet ici trouvaient refuge une douzaine de sociétés pilotées par Belgrade. Même la Beogradska Bank avait ouvert une succursale sur l'île. Cette banque a la particularité d'avoir pu compter, dans les années 70, un certain Slobodan Milosevic parmi ses cadres...

A l'aéroport de Larnaca, se posaient régulièrement des avions de la compagnie yougoslave JAT. Ici, comme elle-même l'a déclaré aux enquêteurs, les attendait madame Borka Vucic. Autrefois collègue de Milosevic quand il exerçait la profession de banquier, elle avait fait une brillante carrière à la Beogradska Bank quand Slobo s'était reconverti comme dictateur. C'était donc la fidèle madame Vucic qui avait pour mission de réceptionner les espèces qui s'envolaient de Belgrade pour se poser sur l'île de Chypre. Sur un seul compte qu'elle contrôlait à la succursale de la Beogradska Bank aurait transité la modique somme d'environ 1 milliard de dollars. Selon des enquêteurs yougoslaves, une partie de l'argent qui aurait trouvé asile à la succursale chypriote de la Beogradska Bank provenait aussi de France.

En plein centre de Paris, à côté de l'Etoile, la banque Franco-Yougoslave dispose d'un bureau. Vers la fin des années 80, Miodrag Zecevic, lui aussi un ancien collègue de Milosevic à l'époque de la Beogradska Bank, fut envoyé à Paris afin de s'occuper de cette petite banque bien discrète. En 1996 monsieur Zecevic préleva plus d'un million de dollars directement d'un compte que la Banque Nationale Serbe avait ouvert auprès de la banque Franco-Yougoslave. Ensuite il transféra l'argent sur des comptes de particuliers à la Barclays Bank et au Crédit Suisse. D'ici, insoupçonnablement, une partie des dollars prenait la direction de Chypre, pour finir leur voyage dans les caisses de la Beogradska Bank.

Peu de temps après avoir mené cette opération financière ô combien audacieuse, Miodrag Zecevic, quitta la France pour être nommé a Belgrade à la direction de la banque JUBMES, un autre fief financier du régime. Le 15 août 1998, lors d'une visite à Paris, Zecevic fut arrêté. En effet, une enquête avait été ouverte en France et l'ancien directeur de la banque Franco-Yougoslave fut accusé d'avoir violé la loi française pour abus de confiance vis-à-vis du gouvernement serbe. Belgrade dépêcha immédiatement à Paris une consistante délégation d'officiels avec à leur tête le ministre des affaires étrangères Vladislav Jovanovic et... un mois plus tard Zecevic fut remis en liberté contre la promesse du paiement d'une modique caution correspondant à 300.000 dollars. Dès qu'il retrouva son bureau à Belgrade, Miodrag Zecevic, en homme de parole, s'empressa de payer sa caution. Cette fois-ci il piocha directement dans les réserves de la banque JUBMES et s'acquitta ainsi de sa dette avec la justice française... en parfaite harmonie avec la philosophie du régime qui considérait les biens publics comme propriété privée du pouvoir en place.

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