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Coalition miraculeuse pour le département basque

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"Lettre du Pays Basque"


Par Allande Socarros, journaliste basque

Lundi 20 novembre 2000



Egunkaria, 20.10.2000. La photo de l'"union sacrée" des pro-département basque. De gauche à droite: Inaki Arandia (Parti Natioaliste Basque - démocrate-chrétien), Sauveur Bacho (CFDT), Renaud d'Elizagarai (UDF), Jean-Noël Etxeverri "Txetx" (Abertzaleen Batasuna - gauche nationaliste).
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L
a désobéissance civile se fait attendre... Les tenants de la création d'un département basque avaient promis d'avoir recours à ce moyen de pression pour contraindre le gouvernement français à accéder à une revendication qu'ils jugent majoritaire chez les habitants des trois provinces du Pays Basque Nord (Labourd, Basse-Navarre, Soule). Ils avaient brandi cette menace, qui a dû faire frémir dans les palais de la République, après le succès - incontestable - de la manifestation du 30 Janvier 2000 qui avait rassemblé à Bayonne plus de 6.000 personnes. Depuis lors, pas de nouvelles de cette promesse, peut-être proférée dans l'euphorie trompeuse d'un rassemblement appelé par une coalition pour le moins hétéroclite.

Qu'on en juge: la revendication du département basque est - plus ou moins - défendue aujourd'hui par un RPR bon teint comme Max Brisson, ponte local du parti de Chirac, par François Maitia son pendant du Parti (si peu) socialiste, par Jean Lissar à la tête du mouvement de masse dénommé Les Verts, par Renaud d'Elissagaray qui n'en finit plus de ne pas choisir entre son appartenance citoyenne à l'UDF et son adhésion identitaire aux thèses du Parti Nationaliste Basque (démocrates chrétiens), par Sauveur Baxot porte-parole de la CFDT ou encore par Jean-Noël Etxeverry dit "Txetx" (Abertzaleen Batasuna - gauche nationaliste) aujourd'hui acquis aux valeurs du pragmatisme politique à tous crins après avoir joué hier sur le registre "plus révolutionnaire que moi, tu meurs", sans oublier Jakes Abeberry, maire adjoint de Biarritz, directeur de l'hebdomadaire abertzale Enbata, qui nous joue une nouvelle version de la comédie "Comment je brûle maintenant ce que j'adorais naguère"!

Mais qu'est-ce qui peut bien réunir ce cartel des plus disparates, si ce n'est un intérêt commun pour une institution derrière laquelle chacun met ce qu'il a envie de mettre? On ne peut s'empêcher de supposer que les petits chefs locaux des partis français y voient un moyen de s'affirmer davantage dans leurs coteries respectives, ce qui peut être vrai aussi pour la CFDT et les abertzale. Quoique, en ce qui concerne ces derniers, ils ne manqueront pas de nous expliquer par A + B que le département basque ne saurait être qu'un palier dans le processus de reconnaissance des droits nationaux du peuple basque, à commencer par le plus élémentaire de tous, celui à l'autodétermination.

Un départ de rien car une fin en soi

On pourrait adhérer à cette explication, si ce qui est présenté comme un premier pas sur le chemin de la liberté de décider par soi-même, n'était pas en fait une voie sans issue. L'institution départementale a été conçue, dès le début, pour corseter au plus près les provinces françaises... en les morcelant dans des cadres dépourvus, pour la plupart, de toute filiation historique.

L'entité départementale ne peut se départir de cette tare originelle, celle d'être une structure de centralisation extrême, un champ clos où l'oeil de Paris veille, via le baron de la République, autrement dit le préfet. Le département ne peut donc être le départ de rien puisqu'il est, de par le fait même, une fin en soi. Ce concept n'a en rien été remis en cause sur le fond par les lois de décentralisation, qui n'ont en fait été qu'une déconcentration de pure forme.

L'alliance contre nature des pro-département basque n'a cure de ces contradictions. Elle les gère en donnant dans le genre concerto à plusieurs voix avec dans le rôle-titre les abertzale qui sont de loin la force politique la plus militante de cette invraisemblable collusion. Mais les contradictions internes sont bien là et on ne pourra pas indéfiniment les retenir sous l'éteignoir d'un débat confisqué.

Lamassoure dépasse à droite!

Les événements extérieurs au Pays Basque mettent aussi à mal les calculs de basse politique de ce marché de dupes. Ainsi par exemple du projet de pré-autonomie élaboré en partenariat par Matignon et les élus de Corse, nationalistes compris. Quelque part, c'est comme le département basque: tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde (ou presque...) il est ensemble. Sauf que, dans ce cas de figure, c'est quand même, institutionnellement parlant, plus conséquent que le département basque. C'est un système où il y a du pouvoir à se répartir et des prébendes à se partager.

Matignon et ses partenaires corses ont fait un drôle d'enfant dans le dos à nos malheureux départementalistes. En effet, ne voilà-t-il pas que l'ultra-libéral Alain Madelin lui-même estime que cette configuration institutionnelle pourrait parfaitement s'appliquer ailleurs en France. Une uniformisation améliorée en quelque sorte... Emboîtant le pas à son chef de file, le député de Bayonne et ancien ministre du budget du gouvernement Juppé, Alain Lamassoure, s'est fendu lui aussi d'une déclaration où il disait plutôt du bien du processus corso-matignonesque. Les coalisés du département basque dépassés sur leur droite par le libéral Lamassoure: voilà le miracle; même dans leurs pires cauchemars, ils n'avaient sans doute pas imaginé semblable camouflet!...

A lire aussi: Revendication d'un département basque - à contresens de l'Histoire

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