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Or, et c'est là l'apparent paradoxe, si Abertzaleen Batasuna - tout au moins dans sa configuration actuelle - tire bientôt sa révérence, c'est que les stratèges de ETA en ont décidé ainsi pour propulser un instrument politique plus docile, plus contrôlable dénommé... Batasuna! La langue basque, l'euskara, a parfois des curiosités sémantiques qui lui font amalgamer sous un même vocable, en l'occurrence batasuna, deux concepts pourtant bien différents, à savoir l'union et l'unité. L'union étant un fait conjoncturel tandis que l'unité est du domaine structurel. Et c'est bien à une tentative de structuration du mouvement abertzale de gauche sur l'ensemble de Euskal Herria (Pays Basque) que se livre depuis quelques temps déjà les prosélytes politiques de ETA en Pays Basque nord. Les contradictions ont lézardé la façade unitaire On a du mal à comprendre pourquoi ETA qui a apporté son aval si ce n'est même donné l'impulsion à la démarche Abertzaleen Batasuna, s'efforce aujourd'hui de la casser afin de promouvoir le projet Batasuna. C'est tout simplement que les maîtres à penser de l'organisation clandestine et leurs fidèles godillots ont quelque peu mésestimé la force des résistances au sein du mouvement abertzale de gauche en Pays Basque nord à leur volonté de modeler la lutte selon leurs conceptions et leur objectifs. Malgré tout le verrouillage organisationnel mis en place pour contenir les désaccords, nonobstant toute leur expérience en matière de mainmise politique, ETA et ses relais n'ont pas réussi à empêcher la façade de se lézarder et les contradictions d' apparaître de plus en plus visibles. Des contestations qui se sont d' abord manifestées de la part de ces abertzale "pragmatiques" et "réformistes", en un mot "modérés" pour ce qui concerne la lutte en Pays Basque nord sous tutelle française... mais révolutionnaires et intransigeants (en paroles tout du moins) en ce qui concerne celles pour le Pays Basque sud sous domination espagnole. La dérive criminelle de plus en plus marquée de ETA a fini par gêner aux entournures ceux qui soutenaient jusqu'à il y a peu de manière inconditionnelle la stratégie de rupture de l'organisation clandestine et de ses représentations politiques, Herri Batasuna (HB) hier ou Euskal Herritarrok (EH) aujourd'hui. Les suivistes ont cessé de suivre Il faut dire aussi que certains de ces abertzale aux positions politiques à géométrie variable, selon qu'il s'agissait de parler en acteur au Pays Basque nord ou de s'exprimer en observateur pour le Pays Basque sud, ont accédé à des fonctions électives qui s'accommodent fort mal des assassinats à répétition perpétrés par ETA, en particulier à l'encontre d'élus du peuple. L'antinomie était devenue trop forte, la position trop intenable, les suivistes ont cessé de suivre et ont - comble du crime de lèse majesté! - porté leur désaccord sur la place publique, en exigeant de Abertzaleen Batasuna qu'elle condamne les attentats meurtriers de ETA. AB, encore bien sous emprise ETA n'a pas, bien entendu, obtempéré, mais l'organisation clandestine et ses affidés ont bien vu que le ver de la contestation était dans le fruit et qu'il fallait donc, tôt ou tard, songer à couper la branche pourrie. La solution radicale de planter un autre rejeton leur est cependant apparu assez vite nécessaire lorsque la contestation longtemps sourde s'est de plus en plus ouvertement manifestée concernant l'optique permanente d'ETA de maintenir la lutte abertzale en Pays Basque nord en subordination de celle menée - par leur soin, s'entend - en Pays Basque sud. Ceci n'est absolument pas une nouveauté car, depuis sa création, il y a de cela quelque 40 ans, ETA a toujours considéré le mouvement abertzale en Pays Basque nord comme sa chose. Front Unique, le retour... Cette attitude atteint son apogée lorsque ETA et ses laudateurs prétendent que la seule façon de mener une lutte abertzale efficace est de la penser sur l'ensemble géopolitique du Pays Basque (nord et sud, donc) et de l' élaborer autour d'une construction unitaire (batasuna). On retrouve là une vieille connaissance rhétorique des années 80, à savoir la stratégie du Front Unique, qui considère qu'il y a une lutte de libération à mener en priorité dans les 4 provinces basques du sud (Araba, Bizkaia, Gipuzkoa, Nafarroa) et une autre, celle qui s'exprime dans les 3 provinces du nord (Lapurdi, Nafarroa Beherea, Zuberoa) qui peut bien patienter le temps que Hego Euskal Herria (le sud) se libère grâce à ETA. Totalitarisme a toujours rimé avec simplisme. Car la stratégie du front unique, aujourd'hui de retour sous le projet "Batasuna", veut faire accroire que le Pays Basque sud est, au plan de la conscience et de l'organisation politique abertzale, un terrain homogène. Or, il n'en est rien, car si les forces abertzale sont socialement et électoralement majoritaires en Bizkaia et Gipuzkoa, les 2 provinces certes les plus peuplées, il n'en est pas de même en Araba et Nafarroa où les partis de directe émanation espagnole et leurs clones locaux sont plus ou moins majoritaires. La stratégie schématisante du front unique est donc battue en brèche dans les zone mêmes ou ETA peut compter sur un soutien certain qui s'exprime dans la moyenne électorale de 15% en faveur de HB-EH. Aralar... de déplaire aux maîtres à penser Un message politique caricaturé à l'extrême avec ses mots d'ordre simplificateurs - désobéissance civile, souveraineté, indépendance - qui dissimulent (mal) un débat sous haute surveillance. Un "débat" qui ne tolère d'objections et de contradictions qu'exprimées strictement en interne. La prise en otage par les attentats sanglants de ETA de l'ensemble de la lutte abertzale de gauche en Hego Euskal Herria. Voilà autant de facteurs qui ont conduit une minorité critique au sein de HB-EH à sortir la controverse hors les fourches caudines de l'organisation clandestine. ETA et ses inconditionnels ne pouvaient pas le tolérer. Ils poussent le courant ARALAR, du nom d'une région pastorale et montagneuse à cheval entre Gipuzkoa et Nafarroa, à la scission. Dans ce courant on retrouve des militants ou anciens dirigeants politiques originaires de la province de Nafarroa (Navarre), où le mouvement abertzale est électoralement minoritaire. Pour contrer l'image et le charisme d'un Patxi Zabaleta, tête de proue d'ARALAR, ETA fait monter en première ligne des "bons" navarrais, porte-paroles de HB-EH, comme Floren Aoiz ou Fernando Parrena. L'émergence de contradictions et contestations au sein d'Abertzaleen Batasuna, l'obstination à refuser toute idée de cheminement autonome à la lutte abertzale en Ipar Euskal Herria (Pays Basque nord), l'apparition publique du courant critique Aralar, tous ces éléments conduisent aujourd'hui le bloc ETA-HB-EH à sortir une nouveau lapin de leur chapeau commun: le projet Batasuna. Udalbiltza, vous avez dit Udalbiltza? L'organisation de l'Aberri Eguna (Jour de la Patrie basque) à Mauléon-Licharre, province de Soule (Zuberoa) est un exemple flagrant du double langage et de la propension du monde pro-ETA à induire en erreur les abertzale du Pays Basque. Des abertzale locaux ont reçu (tous n'y ont pas eu droit...) un libellé annonçant que ce Jour de la Patrie basque était appelé par la structure Udalbiltza. Ils ont pu penser que cette fédération des élus abertzale couvrant l'ensemble du Pays Basque avait pris en charge cette organisation. Or, la structure Udalbiltza en question est celle dénommée Udalbiltza Berri (nouvelle Udalbiltza) qui regroupe aujourd'hui des élus abertzale de HB-EH ou proches de ce bloc. Udalbiltza Berri est né - ou plutôt sa naissance sera formalisée lors de l'Aberri Eguna de Mauléon - de la séparation de la structure originelle, que l'on peut qualifier aujourd'hui d'Udalbiltza officielle. Dans cette dernière restent seulement les édiles de EAJ, EA ou apparentés, qui représentent toutefois la majorité. Udalbiltza était née dans le mouvement d'union abertzale dénommé Accords de Lizarra-Garazi, avant même que ETA ne décrète sa trêve des actions armées. Lizarra-Garazi ayant perdu toute raison d'être après la rupture de la trêve, on ne voyait pas bien comment Udalbiltza uni aurait pu lui survivre. Et de fait, prenant prétexte que la direction de la structure alors unie exigeait des élus HB-EH la condamnation des actions meurtrières de ETA et qu'à défaut elle les écartait des instances dirigeantes, la gauche abertzale radicale - pour employer un terme un peu convenu - décidait de créer sa propre organisation. Gageons donc qu'à Mauléon, ce dimanche de Pâques, on n'entendra pas beaucoup de critiques envers ETA... Ma patrie est dans mon coeur et dans mon esprit Je ne serai pas présent à Aberri Eguna à cause du peu d'importance que ETA et son environnement accordent à la liberté de penser et de dire différemment d'eux. Pour être plus précis, et en regrettant de devoir parler de moi, j'ai eu connaissance que le bulletin interne de ETA, Zutabe (Pilier), citait mon nom comme auteur d'écrits politiquement incorrects au sens de cette organisation clandestine. Dans le bulletin on allègue que mes réflexions se baseraient sur une argumentation similaire à celles du juge espagnol Baltazar Garzon, ce magistrat proche du PSOE qui mène une chasse aux sorcières abertzale en adéquation parfaite avec la politique ouvertement anti-basque du gouvernement Aznar. Tous les totalitarismes fonctionnent selon les mêmes ressorts. L'un de ceux-ci est le postulat selon lequel, plus le mensonge est énorme, plus il a des chances d' être cru et colporté. Pour ceux qui me connaissent et savent ce qu'il en est de mon parcours politique, il est bien clair que je suis et resterai un abertzale de gauche qui a un certain nombre de convictions: celle que l'autodétermination est un droit inaliénable de tout peuple, quel qu'il soit; que le Pays Basque Nord progressera à son rythme, en fonction de son contexte historique, de l'avancée de sa conscience basque et du travail qu'y réaliseront les abertzale; que nul n'a le droit de dicter son chemin à la population des trois provinces d'Ipar Euskal Herria; que la transposition des contextes et situations historiques et politiques de Hego Euskal Herria est non seulement voué à l'échec mais encore totalement inacceptable; qu'enfin le fait abertzale veut dire, pour moi, la construction d'une société plus libre, plus juste, plus solidaire, plus conforme à une démocratie la plus aboutie possible. Je ne serai pas à l'Aberri Eguna de Mauléon mais je ne cultive pas, sur cette question là, de regrets. Ma patrie, celle des libertés fondamentales, est, aujourd'hui comme hier, dans mon coeur et dans mon esprit et je m'efforcerai de travailler chaque jour à ce qu'elle devienne demain une réalité.
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