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Alvaro
Loiacono était recherché par les
autorités italiennes pour différents faits
liés à la longue période de conflits
sociaux qui a traversé l'Italie pendant les
années 70 et les années 80. Il avait
été condamné une première fois,
en 1981, à 16 ans de prison, par contumace. A
l'époque les juges le tenaient pour coupable d'avoir
participé à une attaque contre une section du
parti fasciste du "Mouvement Social Italien", pendant
laquelle trouva la mort le militant d'extrême-droite
Mikis Mantakas. Ensuite il fut accusé et
condamné, toujours par contumace, pour deux autres
homicides politiques, ceux des juges Palma et Tartaglione,
tous deux revendiqués par les Brigades Rouges. En
1994, sur la seule base des déclarations du
délateur de justice Valerio Morucci, il fut
condamné à la perpétuité pour
l'enlèvement et l'assassinat du président de
la Démocratie Chrétienne Aldo Moro.
Alvaro Loiacono, qui était également citoyen suisse, fut arrêté par les autorités helvétiques en 1988. La Suisse refusa l'extradition vers l'Italie mais le condamna à 17 ans de prison, en lui opposant uniquement l'assassinat du juge romain Gerolamo Tartaglione. En octobre de l'année dernière il avait retrouvé la liberté. Jeudi dernier il s'était rendu en Corse, à l'Ile Rousse, où sa mère est propriétaire d'un appartement, pour y passer quelques jours de vacances. C'était sans compter sur l'acharnement des services secrets italiens qui le surveillaient depuis sa sortie de prison. Vendredi matin, vers 12h30, pendant qu'il était tranquillement allongé sur une plage en compagnie d'une amie, il a été arrêté par des fonctionnaires de la police française qui agissaient en collaboration avec des policiers italiens. Il se trouve actuellement emprisonné dans la maison d'arrêt de Borgo, à quelques kilomètres de Bastia. L'Italie dispose maintenant de 40 jours pour remettre aux autorités françaises les pièces de soutien à la demande d'extradition. Il est intéressant de s'interroger sur cette arrestation qui a eu un retentissement médiatique aussi important dans l'Hexagone. En effet, depuis 1981, la République Française a accueilli officiellement les anciens militants des organisations combattantes transalpines en se refusant toujours de les extrader. Elle a reconnu ainsi, implicitement, le caractère politique des luttes sociales violentes qui ont parcouru ce pays pendant presque vingt ans. Rappelons-nous que pendant ces années-là, l'Italie vivait sous la menace permanente d'un coup d'Etat fasciste. C'étaient les années où le réseau occulte Gladio, sponsorisé par l'Oncle Sam, disposait dans la péninsule de sa plus grosse structure logistique de toute l'Europe. C'étaient les années où la Démocratie Chrétienne régnait en maître absolu sur tout un pays avec la collaboration de classe que lui offrait le parti communiste: Enrico Berlinguer avait abandonné toute politique d'opposition par peur qu'une "solution à la chilienne" puisse intervenir à tout moment. C'étaient les années où la seule opposition visible, imaginable même, n'avait trouvé d'autre moyen d'existence que le recours à la lutte armée contre un pouvoir corrompu, mafieux, à la botte d'une superpuissance étrangère. Faut-il rappeler que les Etats-Unis disposent encore de nos jours des ports et aéroports italiens comme bases pour leurs forces armées en Méditerranée? Faut-il rappeler que quand nous parlons de l'Italie nous parlons d'un pays qui, après 20 ans de régime fasciste, n'a jamais eu le courage de se "défasciser"? Que ce pays risque d'avoir demain un gouvernement dirigé par un ancien membre de la sinistre loge P2, Silvio Berlusconi, comprenant les héritiers du fascisme de Gianfranco Fini, ainsi que les xénophobes de la Ligue du Nord d'Umberto Bossi? Comme
le prouve cette lettre (reproduite ci-dessous),
écrite en 1998 par le Premier ministre Lionel Jospin,
et adressée aux avocats Jean-Jacques de Felice et
Irène Terrel, tous
les anciens militants des organisations combattantes de
l'extrême-gauche italienne bénéficient
d'un droit d'asile
de facto sur le sol
français.
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