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Les
Rouges-Bruns votent
Chevènement...
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Par
Didier Daeninckx
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Paris,
lundi 25 février 2002
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La
presse a largement commenté les différents
ralliements de personnalités de la droite
extrême au candidat ultra-républicain, et
l'on a même eu l'occasion, grâce à
Jean-Pierre Chevènement, d'assister à la
sortie de coma politique de Pierre Poujade, qui mit le
pied à l'étrier à Le Pen, dès
1956, en le faisant élire député
"Algérie française". Cette sensibilité
n'était pas pour déplaire au "Che" de Belfort
qui s'enthousiasmait alors pour la même cause et
dédia son mémoire de troisième cycle
à Raoul Girardet, responsable de la propagande de
l'organisation terroriste OAS-Métro. En page de
garde de ce même mémoire, la future statue de
la République adressait ses remerciements à
Pierre Debray, un militant royaliste que l'on
retrouvera, en 1996, à la tête de
l'Insurgé, une publication catho-facho, en
compagnie de Roland Gaucher, fondateur du Front
National qui fit, lui, ses premières armes
dans le mouvement collabo des Jeunesses
Nationales-Populaires de Marcel Déat, un
ex-socialiste rallié au maréchal
Pétain.
Max
Gallo, ancien porte-parole du gouvernement dont Guy
Bedos disait: "Quand Mitterrand crache un noyau d'olive,
Gallo en fait une pizza", a l'habitude de dire
aujourd'hui "L'important n'est pas d'où on vient,
mais où on va". Avec lui, la formule fonctionne:
délesté de son maroquin de ministre
socialiste, il y a quelque temps il préfaçait
Philippe de Villiers et appelait à voter Pasqua... Le
problème avec son mentor de Belfort, c'est qu'on sait
d'où il vient et qu'on peut constater qu'il y
retourne.
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Un éloge de Jean Dutourd par Patrick
Gofman, ancien de l'Organisation Communiste
Internationale passé à
l'éphémère journal Le
Français de Bruno Mégret. La
collection était dirigée par Patrick
Besson. Le biographe omettra de rappeler que le 12
octobre 1960, le magazine Carrefour publiait
"Le manifeste des intellectuels français"
qui fustigeait les "déclarations
scandaleuses", les "exhibitions" d'une
"cinquième colonne" attaquant la France et
l'Occident. Le texte visé n'était
autre que le manifeste des 121 initié par
Maurice Blanchot et Maurice Nadeau, et qui appelait
les soldats du contingent d'Algérie à
la désobéissance, à la
désertion.
Parmi les signataires de la pétition de
droite figurait Jean Dutourd, satisfait de marteler
que: "la guerre en Algérie est une lutte
imposée à la France par une
minorité de rebelles fanatiques, terroristes
et racistes".
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Depuis
la guerre du Golfe et l'auto-dissolution de l'Union
soviétique, de nombreuses tentatives de
rapprochement des extrêmes, cette obscène
alliance des contraires, se sont déployées
sans rencontrer le succès espéré:
"Appel des 30" de 1991 unissant communistes, Verts de
droite et fachos de la Nouvelle-Droite, aventure
antisémite de l'Idiot International,
organisation d'une rencontre entre intellectuels orthodoxes
du PC et de la droite extrême à la
Mutualité, pétition sans frontière de
mai 1999 sous l'égide de Alain de Benoist et drainant
une partie de la gauche radicale, passerelles
établies par les mêmes avec des
périodiques comme Politis, Marianne ou
Panoramiques. La candidature de Jean-Pierre
Chevènement constitue le débouché
politique de ces différentes approches, elle incarne
les aspirations de ces multiples forces marginales dont le
seul point commun est la lutte contre le "système du
politiquement correct et de la pensée unique", une
ouverture idéologique directement empruntée au
Front National.
Aujourd'hui,
alors que se déroulent les premières audiences
du procès Milosévic, c'est toute une
colonne de combattants de la cause "Grand-Serbe", une
idéologie qui a conduit à l'implosion
meurtrière de la République de Tito, qui
rejoignent le combat du pourfendeur de sauvageons. On avait
déjà, comme effet d'annonce, un autre
Debray, Régis, célèbre client des
pizzerias de Pristina, qui de 1967 à l'an 2000
est passé d'un Che à un autre, et semble
préférer la pâle copie à
l'original. En plus discret, le général
Pierre-Marie Gallois qui était récemment
encore rédacteur en chef adjoint de la revue facho
Eléments créée par Alain de
Benoist. En guest-star, le futur académicien
Patrick Besson qui n'hésitait pas à
écrire, après l'un de ses nombreux voyages
au pays de Milosévic, du temps des multiples
nettoyages ethniques: "Soixante mille femmes
violées (quelqu'un a-t-il déjà
noté que l'anagramme de violée est
voilée?) par les soldats serbes! On savait depuis
l'affaire Markovic que le Balkanique était
porté sur la chose, mais tout de
même."
Juste
à côté de celui qui suggère que
les femmes de Sarajevo et de Srebrenica n'ont pas tant
été violées par les Serbes que
voilées par les Bosniaques, figure un
académicien en titre, Jean Dutourd. En octobre
1995, deux mois après l'assassinat de 8.000 femmes,
enfants, vieillards bosniaques à Srebrenica, il
adressait un message aux organisateurs du Salon du livre
serbe de Belgrade auquel il était convié
:
"Chers
amis Serbes,
Je regrette de ne pas être parmi vous aujourd'hui,
mais cela ne m'empêche pas d'être proche de vous
par l'esprit et par le coeur. (...) Ce n'est pas quelques
vicissitudes politiques ou quelques étourdis
cherchant à se donner de l'importance qui pourront
briser cette amitié, ni même l'entamer.
(...) Que la Serbie soit forte, heureuse, prospère
et libre!"
Pas un
mot pour les victimes: l'Académie n'en
était pas encore, pour son dictionnaire, à
l'étude de la lettre "V".
Pour
"Chevènement", la définition du Canard
Enchaîné reste de mise: "adverbe le plus
confus de la langue française".
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