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Les Rouges-Bruns votent Chevènement...


Par Didier Daeninckx

Paris, lundi 25 février 2002



Le Monde du 01.04.1999. Quand Chevènement fait son marché chez les pro-Serbes...
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L
a presse a largement commenté les différents ralliements de personnalités de la droite extrême au candidat ultra-républicain, et l'on a même eu l'occasion, grâce à Jean-Pierre Chevènement, d'assister à la sortie de coma politique de Pierre Poujade, qui mit le pied à l'étrier à Le Pen, dès 1956, en le faisant élire député "Algérie française". Cette sensibilité n'était pas pour déplaire au "Che" de Belfort qui s'enthousiasmait alors pour la même cause et dédia son mémoire de troisième cycle à Raoul Girardet, responsable de la propagande de l'organisation terroriste OAS-Métro. En page de garde de ce même mémoire, la future statue de la République adressait ses remerciements à Pierre Debray, un militant royaliste que l'on retrouvera, en 1996, à la tête de l'Insurgé, une publication catho-facho, en compagnie de Roland Gaucher, fondateur du Front National qui fit, lui, ses premières armes dans le mouvement collabo des Jeunesses Nationales-Populaires de Marcel Déat, un ex-socialiste rallié au maréchal Pétain.

Max Gallo, ancien porte-parole du gouvernement dont Guy Bedos disait: "Quand Mitterrand crache un noyau d'olive, Gallo en fait une pizza", a l'habitude de dire aujourd'hui "L'important n'est pas d'où on vient, mais où on va". Avec lui, la formule fonctionne: délesté de son maroquin de ministre socialiste, il y a quelque temps il préfaçait Philippe de Villiers et appelait à voter Pasqua... Le problème avec son mentor de Belfort, c'est qu'on sait d'où il vient et qu'on peut constater qu'il y retourne.


Un éloge de Jean Dutourd par Patrick Gofman, ancien de l'Organisation Communiste Internationale passé à l'éphémère journal Le Français de Bruno Mégret. La collection était dirigée par Patrick Besson. Le biographe omettra de rappeler que le 12 octobre 1960, le magazine Carrefour publiait "Le manifeste des intellectuels français" qui fustigeait les "déclarations scandaleuses", les "exhibitions" d'une "cinquième colonne" attaquant la France et l'Occident. Le texte visé n'était autre que le manifeste des 121 initié par Maurice Blanchot et Maurice Nadeau, et qui appelait les soldats du contingent d'Algérie à la désobéissance, à la désertion.
Parmi les signataires de la pétition de droite figurait Jean Dutourd, satisfait de marteler que: "la guerre en Algérie est une lutte imposée à la France par une minorité de rebelles fanatiques, terroristes et racistes".

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Depuis la guerre du Golfe et l'auto-dissolution de l'Union soviétique, de nombreuses tentatives de rapprochement des extrêmes, cette obscène alliance des contraires, se sont déployées sans rencontrer le succès espéré: "Appel des 30" de 1991 unissant communistes, Verts de droite et fachos de la Nouvelle-Droite, aventure antisémite de l'Idiot International, organisation d'une rencontre entre intellectuels orthodoxes du PC et de la droite extrême à la Mutualité, pétition sans frontière de mai 1999 sous l'égide de Alain de Benoist et drainant une partie de la gauche radicale, passerelles établies par les mêmes avec des périodiques comme Politis, Marianne ou Panoramiques. La candidature de Jean-Pierre Chevènement constitue le débouché politique de ces différentes approches, elle incarne les aspirations de ces multiples forces marginales dont le seul point commun est la lutte contre le "système du politiquement correct et de la pensée unique", une ouverture idéologique directement empruntée au Front National.

Aujourd'hui, alors que se déroulent les premières audiences du procès Milosévic, c'est toute une colonne de combattants de la cause "Grand-Serbe", une idéologie qui a conduit à l'implosion meurtrière de la République de Tito, qui rejoignent le combat du pourfendeur de sauvageons. On avait déjà, comme effet d'annonce, un autre Debray, Régis, célèbre client des pizzerias de Pristina, qui de 1967 à l'an 2000 est passé d'un Che à un autre, et semble préférer la pâle copie à l'original. En plus discret, le général Pierre-Marie Gallois qui était récemment encore rédacteur en chef adjoint de la revue facho Eléments créée par Alain de Benoist. En guest-star, le futur académicien Patrick Besson qui n'hésitait pas à écrire, après l'un de ses nombreux voyages au pays de Milosévic, du temps des multiples nettoyages ethniques: "Soixante mille femmes violées (quelqu'un a-t-il déjà noté que l'anagramme de violée est voilée?) par les soldats serbes! On savait depuis l'affaire Markovic que le Balkanique était porté sur la chose, mais tout de même."

Juste à côté de celui qui suggère que les femmes de Sarajevo et de Srebrenica n'ont pas tant été violées par les Serbes que voilées par les Bosniaques, figure un académicien en titre, Jean Dutourd. En octobre 1995, deux mois après l'assassinat de 8.000 femmes, enfants, vieillards bosniaques à Srebrenica, il adressait un message aux organisateurs du Salon du livre serbe de Belgrade auquel il était convié :

"Chers amis Serbes,
Je regrette de ne pas être parmi vous aujourd'hui, mais cela ne m'empêche pas d'être proche de vous par l'esprit et par le coeur. (...) Ce n'est pas quelques vicissitudes politiques ou quelques étourdis cherchant à se donner de l'importance qui pourront briser cette amitié, ni même l'entamer. (...) Que la Serbie soit forte, heureuse, prospère et libre!"

Pas un mot pour les victimes: l'Académie n'en était pas encore, pour son dictionnaire, à l'étude de la lettre "V".

Pour "Chevènement", la définition du Canard Enchaîné reste de mise: "adverbe le plus confus de la langue française".

Dans le n°13 des Enquêtes interdites, une nouvelle enquête de Didier Daeninckx: "Du Temple solaire au réseau Gladio, en passant par Politica Hermetica".

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