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Un dictateur fait docteur honoris Causa par Lyon III


Mardi 20 avril 2004



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V
endredi 23 avril, à 17 heures, dans l'amphithéâtre de l'université Lyon III, au 15 du quai Claude Bernard, le dictateur africain Blaise Compaoré, actuel président du Burkina Faso se verra élevé à la dignité de Docteur honoris Causa par celui qui dirige aujourd'hui les destinées d'un établissement universitaire rendu tristement célèbre par son image de vivier d'extrême droite et de terrain d'influence des négationnistes.

Le dernier président africain à être honoré de cette manière, en mars 1999, par l'université lyonnaise avait été Henri Konan Bédié, qui tenait alors les rênes de la Côte d'Ivoire. Neuf mois plus tard, pour Noël, ce fidèle serviteur de la Françafrique était renversé par un coup d'Etat, et chassé par le peuple, et son diplôme d'intellectuel des Gaules jonchait le sol d'un palais présidentiel dévasté.

Blaise Compaoré ne le cède en rien à son prédécesseur en honneurs lyonnais en ce qui concerne l'attention portée aux intérêts de la France en Afrique. On se souvient qu'il a pris le pouvoir en octobre 1987, après l'assassinat de Thomas Sankara lors d'une réunion du Conseil de l'Entente, à Ouagadougou, à laquelle il participait.

On sait moins que Blaise Compaoré, alors numéro 2 du régime, avait été élevé par le père de Thomas Sankara, et qu'en Afrique on les considérait comme "frères". Pourtant, la politique de rupture avec le colonisateur français, le refus de Sankara de serrer la main de Mitterrand, en 1983, tant que les torts de la France ne seraient pas reconnus, le choix d'un développement anti-libéral dans un pays considéré comme le plus pauvre de la planète, tout ceci avait creusé un fossé entre les deux hommes. Au point que quelques semaines avant son assassinat, Thomas Sankara avait pu déclarer à des journalistes:

"Le jour où vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d'Etat contre moi, ne me prévenez pas, il sera déjà trop tard".

Cette sorte d'acceptation de la fatalité trouve sa source, pour une part dans ces histoires largement répandues par les griots africains dans lesquelles le fils biologique est assassiné par la jalousie du fils adopté, ce que la rue, aujourd'hui à Ouagadougou, traduit, en fixant le palais présidentiel, par "le frère qui a tué le frère".


Thomas Sankara, "le frère qui a été tué par le frère".
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Après l'assassinat de Sankara qui avait baptisé l'ancienne Haute Volta, Burkina Faso, "le pays des hommes intègres", Blaise Compaoré s'est fait élire par deux fois au moyen d'élections largement frauduleuses, comme le souligne l'association Survie de François-Xavier Verschave. Puis un rapport de l'ONU l'accusera, ainsi que son ami dictateur Charles Taylor, d'être "au cœur de trafics croisés d'armes et de diamants au bénéfice des rebelles angolais de l'Unita et Sierra-Léonnais du RUF". (Billets d'Afrique, février 2001).

La politique de Blaise Compaoré de participation à la déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest, au mieux des intérêts français, la main-mise de son clan sur le pays, ont suscité une forte opposition dont un journaliste, Norbert Zongo, fut la voix principale. Il était assassiné en décembre 1998 après une série d'articles mettant en cause le pouvoir dans le meurtre de David Ouedraogo, le chauffeur du petit frère de Blaise Compaoré. Quelques mois plus tard, le gendarme Abdoulaye Semdé qui était soupçonné d'avoir rédigé un faux procès-verbal pour protéger les puissants, disparaissait à son tour dans des circonstances troublantes. Cinq autres personnes mêlées à l'affaire Zongo passaient rapidement de vie à trépas, ce dont l'AFP s'émouvait dans une dépêche du 2 juin 1999.

Quelques semaines après l'exécution du journaliste Norbert Zongo, un groupe d'officiers opposés à Blaise Compaoré a diffusé un communiqué précisant que plusieurs des assassins de Zongo avaient participé, onze années plus tôt, au meurtre de Thomas Sankara qui avait permis à Compaoré de s'emparer du pouvoir.

A ce jour, aucune de ces affaires n'a trouvé d'épilogue judiciaire, et l'on ignore toujours, officiellement, qui appuyait sur la détente des armes et qui tirait les ficelles.

Le président de Lyon III, monsieur Guy Lavorel, remettra donc les insignes de docteur honoris Causa à Blaise Compaoré pour "son action en faveur de la francophonie".

Peut-être sa langue fourchera-t-elle au moment des toasts, et un lapsus freudien s'insinuera-t-il:
"Monsieur Blaise Compaoré, je vous fais dictateur hororis causa de l'université Jean Moulin…"




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