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Oui
ou Non?
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Dans
la page Débats du Monde du 28 avril,
Sylvie Goulard dénonce les partisans du non
qui selon elle escamotent "le rejet de la peine de
mort" que contiendrait le projet de Traité
constitutionnel. S'agissant d'un "acte
éminemment politique", elle souligne qu'il
"n'est pas mineur que les Européens de tous
les 25 Etats membres, nouveaux et anciens, l'aient
mise hors la loi ensemble", le refus d'appliquer la
peine de mort étant "devenu un
élément constitutif de
l'identité européenne". Ainsi, la
victoire du non serait un "contresens historique et
politique", "une insulte à Victor
Hugo"... Soit Sylvie Goulard n'a pas pris
connaissance de la totalité du texte du
Traité, soit elle est de mauvaise foi. Dans
les deux cas, elle commet elle-même
l'action de désinformation qu'elle
prête aux partisans du non.
Chacun
peut en effet lire l'annexe concernant la Charte
des droits fondamentaux, dénommée
"Déclaration 12", notamment les explications
fournies concernant l'article 2 consacré au
"Droit à la vie" ("Nul ne peut être
condamné à la peine de mort, ni
exécuté"). Voici ce texte:
"La
mort n'est pas considérée comme
infligée en violation de cet article dans
les cas où elle résulterait d'un
recours à la force rendu absolument
nécessaire: a) pour assurer la
défense de toute personne contre la
violence illégale; b) pour effectuer une
arrestation régulière ou pour
empêcher l'évasion d'une personne
régulièrement détenue; c)
pour réprimer, conformément
à la loi, une émeute ou une
insurrection. (...) Un Etat peut
prévoir dans sa législation la
peine de mort pour des actes commis en temps de
guerre ou de danger imminent de guerre; une
telle peine ne sera appliquée que dans
les cas prévus par cette
législation et conformément
à ses dispositions".
On
a bien lu: dans ce texte, aux pages 170 et 171 du
document adressé aux électeurs, se
trouvent énoncées,
premièrement, la possibilité
concrète de peine de mort, dans les
circonstances exceptionnelles d' "actes commis en
temps de guerre ou de danger imminent de guerre";
deuxièmement, la description de
situations particulières (mais
nombreuses si on prend le temps de les envisager)
au cours desquelles la mort donnée pourrait,
par dérogation, être permise.
On
peut donc constater que le projet de Traité
constitutionnel ne comporte pas l'affirmation du
principe de l'abolition universelle de la peine de
mort, pas même comme un objectif à
atteindre. Cette expression est totalement absente
du texte, ce qui a échappé à
la rigueur de Mme Goulard... ou à son parti
pris.
Il
est cependant un autre point, plus grave
encore: le texte proposé est en retrait
par rapport à un autre texte de l'Union,
à savoir le protocole n°13
établi à Vilnius le 3 mai 2002 dont
les termes sont ceux-ci:
"Les
Etats membres du Conseil de l'Europe,
signataires du présent protocole,
convaincus que le droit de toute personne
à la vie est une valeur fondamentale dans
une société démocratique,
et que l'abolition de la peine de mort est
essentielle à la protection de ce droit
et à la pleine reconnaissance de la
dignité inhérente à tous
les êtres humains; Notant que le protocole
n°6 à la convention concernant
l'abolition de la peine de mort, signé
à Strasbourg le 28 avril 1983, n'exclut
pas la peine de mort pour des actes commis en
temps de guerre ou de danger imminent de guerre;
Résolus à faire le pas ultime afin
d'abolir la peine de mort en toutes
circonstances, sont convenus de ce qui suit:
Article 1, Abolition de la peine de mort: La
peine de mort est abolie. Nul ne peut être
condamné à une telle peine ni
exécuté. Article 2, Interdiction
de dérogations, Aucune dérogation
n'est autorisée aux dispositions du
présent protocole au titre de l'article
15 de la Convention".
Aucune
dérogation, pas d'exception, car
l'abolition de la peine de mort est une question de
principe.
Ce
protocole nécessitait l'accord de dix
Etats membres du Conseil de l'Europe pour
entrer en vigueur, ce qui est le cas depuis le
premier juillet 2003. A ce jour, quinze Etats ont
procédé à la ratification (la
France, qui en est signataire, ne l'a pas encore
ratifié).
Sur
cette question éminemment éthique et
politique, le projet soumis à
référendum constitue une
régression. Il n'y a pas d'argument
juridique ni technique pour défendre ce
choix: le texte, qui est une reprise de la
Convention européenne de sauvegarde des
droits de l'homme de novembre 1950, pouvait
être modifié, comme il l'a
été à de nombreux endroits.
Pour beaucoup d'humanistes, voici une raison de
voter non le 29 mai: ni le Président
Giscard, ni la Conférence
intergouvernementale n'ont voulu accomplir ce pas
ultime" vers l'abolition universelle de la peine de
mort.
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Gilles
Alfonsi, Gérard Badeyan et Christophe
Barbillat sont signataires de l'appel des 200 pour
le non de gauche.
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