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1986.
La loi littoral est approuvée à
l'unanimité par le Parlement.
2001.
Lors des accords de Matignon, le gouvernement
Jospin, appuyé par bien de clans
insulaires, offre à la Corse la
possibilité de déroger à la
loi littoral. Un vaste mouvement populaire se
mobilise sur l'île. Sous sa pression, les
députés rejettent cette
proposition
en béton.
2006.
Le président de l'assemblée de
Corse, le
très sarkoziste Camille de Rocca Serra
déclare dans les colonnes du Monde:
"Il faut désanctuariser
l'île".
2008.
Le 5 juin, le préfet de Corse, Monsieur
Christian Leyrit organise une réunion avec
les représentants des associations du
Collectif pour la loi
littoral.
Le représentant de l'Etat sur l'île
tient des propos étranges. Il demande aux
responsables du collectif de chercher des solutions
pour trouver des compromis... avec la loi!
La
scène à la préfecture
d'Ajaccio sortait tout droit d'un tableau
surréaliste: le représentant de
l'Etat organise une réunion pour chercher
une entente discrète avec les responsables
associatifs. Pour chercher des compromis, pour
s'arranger avec la loi.
Normalement, un procédé pareil
pourrait s'apparenter à une offre de
collusion.
Le
compromis et la compromission
Nous
avons demandé à un ancien
préfet de Corse son sentiment.
"Je suis un peu surpris. En quelques phrases,
voilà ce que je pense: 'La loi est
l'expression de la volonté
générale. Elle considère les
intérêts particuliers, les confronte
puis les dépasse pour définir
l'intérêt général
notamment - s'agissant de la loi littoral - le
développement durable du territoire. La loi,
quand elle est votée, doit être
appliquée. Ce n'est pas une base de
discussion ouverte à tous les arrangements.
La loi littoral doit être appliquée
par les élus et les représentants de
l'Etat sous le contrôle du juge.
Négocier l'application de la loi en faisant
comme si le législateur n'avait pas
déjà arbitré les
contradictions entre intérêt
général et intérêt
privé, c'est moins rechercher le compromis
que prendre le risque de s'égarer dans la
compromission'."
Voici
ce que nous a répondu Bernard Bonnet,
l'ancien préfet de Corse qui a
été "incinéré" dans
l'étrange affaire de "la paillote". Bernard
Bonnet a visiblement payé très cher
son obstination à faire appliquer la loi sur
le littoral de l'île de Beauté. Tout
d'abord, l'opinion publique a été
savamment manipulée et on a fait porter au
préfet la responsabilité des
agissements de la Division nationale
antiterroriste, qui menait une action
répressive et expéditive tous
azimuts, sous prétexte de rechercher les
assassins du préfet Erignac.
Ensuite, le Gouvernement n'a pas
pardonné au serviteur de l'Etat de ne pas
avoir voulu jouer le rôle de fusible,
silencieux, dans une affaire d'Etat.
Résultat des courses, le préfet
Bonnet s'est retrouvé embastillé,
d'abord, et privé de toute ressource,
ensuite.
Un
"privilège" que l'administration n'a
même pas réservé au
préfet Marchiani (1),
condamné pour des faits qui paraissent
néanmoins bien plus graves que la
destruction d'une paillote édifiée,
illégalement, sur le domaine public maritime
et dont la destruction avait déjà
été décrétée par
la Justice depuis plusieurs
années.
Aujourd'hui,
nous pouvons en témoigner, parmi les
défenseurs du littoral corse, il n'est
pas rare d'entendre une certaine nostalgie pour un
préfet qui a fait trembler bien de
spéculateurs, de promoteurs sans scrupule,
pour ne pas parler des différents clans
politiques qui gouvernent l'île...
Aujourd'hui, il n'est pas rare d'entendre: "Avec
Bonnet, ça ne se serait pas
produit..."
Car
ce qui est en train d'advenir en Corse est quand
même quelque chose d'extraordinaire: le
représentant actuel de l'Etat sur
l'île se permet de suggérer que la loi
littoral pourrait être
interprétée différemment selon
les territoires... La loi de la République
française serait-elle donc devenue à
géométrie variable? Comment
interpréter différemment cet
entêtement du préfet Leyrit à
préférer "le compromis" à
l'application du code de l'urbanisme?...A
SUIVRE...
Lire
la deuxième partie:
"L'Etat,
les 'people' et les associations
citoyennes"
Découvrez
l'intégralité de notre dossier
exclusif
dont
voici le sommaire:
Le compromis et la compromission
L'Etat,
les "people" et les associations
citoyennes
Le
littoral et les
natios
15
mille citoyens demandent qu'en Corse la loi soit
appliquée
(1)
Jean-Charles Marchiani a été
définitivement condamné à deux
peines de prison ferme de un et trois ans pour
"trafic d'influence par personne dépositaire
de l'autorité publique".
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