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Le mensuel Corsica, le correspondant du Monde et la nostalgie coloniale


Par Enrico Porsia

Vendredi 19 août 2005



Corsica, édition août 2005. "Traquer un sanglier"… "Détruire en quelques rafales un autre gibier": la vie d'hommes luttant pour l'indépendance de leur pays.
Dans l'article il est souligné que Charles Pellegrini a "le génie de se trouver au bon endroit au bon moment". Génial!
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L
e mensuel Corsica, que les fidèles lecteurs d'Amnista.net connaissent bien (voir nos articles du 9 octobre 2002 et du 21 octobre 2002), nous offre, dans sa dernière livraison, un portrait très flatteur du commissaire Charles Pellegrini. L'ancien agent de la cellule élyséenne y est présenté comme un "simple flic de conviction". L'article est signé par le journaliste Antoine Albertini. Ce dernier ne semble pas avoir trop envie d'insister sur les casseroles bien bruyantes, une véritable batterie, que traîne derrière lui ce "simple flic de conviction".

Pas la peine donc, pour notre confrère, de souligner le rôle joué par Charles Pellegrini dans la cellule de l'ombre de l'Elysée, dont il fut l'une des imposantes silhouettes. Pas la peine non plus de rappeler l'histoire des Irlandais de Vincennes, ni les affaires des écoutes sauvages, ni même les étonnantes passerelles avec le Front national et son service d'ordre paramilitaire tout autant que parallèle (voir notre édition du 27 février 2002)… Autant d'épisodes de la longue histoire de la République souterraine, avec lesquels le nom de Charles Pellegrini fut pourtant associé. Autant d'épisodes qui ne déclenchent décidément aucun intérêt particulier pour le journaliste Antoine Albertini.

Ce dernier préfère utiliser sa verve pour nous brosser un portrait, imbibé de nostalgie, ou l'on apprend que Charles Pellegrini, l'enfant de Solenzara "est corse comme on ne l'est plus assez, sans ostentation ni pathos", et qu'on peut se prendre à rêver "derrière sa paupière abaissée comme un store de planque…" Le style est sobre. Le journaliste est intrigué: "Comment reconnaître dans ce colosse aux gestes mesurés, aux petites mains élégantes, le flic de choc d'une époque où 'les policiers ressemblaient au monde qui les entourait'?" s'interroge, brièvement, notre confrère. Ensuite, il nous livre une réponse soufflée par son sujet: "Les juges ont fini par taper du poing sur la table", dit Pellegrini. "Et les flics ont regagné les limites étroites de la loi pénale", écrit Albertini. On verserait presque une larme. La prose d'Antoine Albertini est décidément bien fleurie, pleine de pollen. L'émotion, la nostalgie du temps passé nous guettent, phrase après phrase, en crescendo. Ça démarre en Algérie. En 1958.

Antoine Albertini nous raconte une anecdote des temps de guerre. Quand le jeune sous-lieutenant d'Infanterie de marine Charles Pellegrini rencontra Paul, "un ami du village": "Ensemble, ils vont traquer l'ennemi numéro un: un sanglier qui vient la nuit retourner la terre devant leur avant-poste. Pendant une battue, ils tomberont sur un autre gibier: la dernière bande de fellaghas du secteur, détruite en quelques rafales".

Etrange parallèle que celui qui nous est imposé entre un sanglier et "un autre gibier": des guérilleros algériens, des hommes se battant pour l'indépendance de leur pays, dont la vie a été "détruite en quelques rafales". Une rafale, nous précise Antoine Albertini, qui a valu la première décoration à Pellegrini. "Avec des souvenirs pareils", insiste le journaliste, "normal qu'on le trouve chagriné du décès de son compagnon d'armes (Ce dernier vient de disparaître en cet été 2005)".
Que de la normalité, sous la plume nonchalante et cynique d'Antoine Albertini.

Quant aux fellaghas, ils se retrouvent dans le monde des souvenirs du beau temps passé. A côté d'un sanglier et d'autres gibiers abattus.

On oubliait presque. Antoine Albertini n'exerce pas uniquement ses talents dans le mensuel de l'île de Beauté, Corsica. Il est aussi le correspondant du Monde, le quotidien français de référence.

Le 23 février 2005, le Parlement a adopté un texte de loi, inspiré directement par le président de la République, Jaques Chirac: "La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française..."

Un texte sinistrement original, qui reste totalement muet sur la face sombre de la colonisation: la répression, la torture, les sévices et les crimes dont furent victimes les peuples, au nom de la grandeur et des intérêts de la France.

Autant d'arguments qui, visiblement, ne doivent pas émouvoir, outre mesure, notre confrère Antoine Albertini si l'on s'en tient à ce qu'il réserve à ses lecteurs de Corsica..

"Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit...", continue le texte de loi.

"Imagine-t-on un instant des classes où serait enseigné exclusivement le 'rôle positif' de l'œuvre française? Comment ne pas voir que ce serait priver de tout passé les descendants de colonisés et produire ces 'sauvageons' des 'quartiers difficiles' qui font si peur? Comment ne pas comprendre que ce 'communautarisme nationaliste' ne peut que susciter des contre-communautarismes?"

Ces questions, pertinentes, ont été posées par Claude Liauzu, dans le Monde diplomatique d'avril 2005. On pourrait suggérer à cette publication d'offrir un abonnement à leur collegue du quotidien, Antoine Albertini.

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