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Corsica, édition août
2005. "Traquer un sanglier"
"Détruire en quelques rafales un
autre gibier": la vie d'hommes luttant
pour l'indépendance de leur
pays.
Dans l'article il est souligné que
Charles Pellegrini a "le génie de
se trouver au bon endroit au bon moment".
Génial!
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Le
mensuel Corsica, que les fidèles
lecteurs d'Amnista.net connaissent bien
(voir nos articles du
9 octobre 2002
et du 21
octobre 2002),
nous offre, dans sa dernière livraison, un
portrait très flatteur du commissaire
Charles Pellegrini. L'ancien agent de la
cellule élyséenne y est
présenté comme un "simple flic de
conviction". L'article est signé par le
journaliste Antoine Albertini. Ce dernier ne semble
pas avoir trop envie d'insister sur les casseroles
bien bruyantes, une véritable batterie, que
traîne derrière lui ce "simple flic de
conviction".
Pas
la peine donc, pour notre confrère, de
souligner le rôle joué par Charles
Pellegrini dans la cellule de l'ombre de
l'Elysée, dont il fut l'une des
imposantes silhouettes. Pas la peine non plus de
rappeler l'histoire des Irlandais de Vincennes, ni
les affaires des écoutes sauvages, ni
même les étonnantes passerelles avec
le Front national et son service d'ordre
paramilitaire tout autant que parallèle
(voir
notre édition du 27 février
2002)
Autant d'épisodes de la longue histoire de
la République souterraine, avec lesquels le
nom de Charles Pellegrini fut pourtant
associé. Autant d'épisodes qui ne
déclenchent décidément aucun
intérêt particulier pour le
journaliste Antoine Albertini.
Ce
dernier préfère utiliser sa verve
pour nous brosser un portrait, imbibé de
nostalgie, ou l'on apprend que Charles Pellegrini,
l'enfant de Solenzara "est corse comme on ne l'est
plus assez, sans ostentation ni pathos", et qu'on
peut se prendre à rêver
"derrière sa paupière abaissée
comme un store de planque
" Le style est
sobre. Le journaliste est intrigué: "Comment
reconnaître dans ce colosse aux gestes
mesurés, aux petites mains
élégantes, le flic de choc d'une
époque où 'les policiers
ressemblaient au monde qui les entourait'?"
s'interroge, brièvement, notre
confrère. Ensuite, il nous livre une
réponse soufflée par son sujet: "Les
juges ont fini par taper du poing sur la table",
dit Pellegrini. "Et les flics ont regagné
les limites étroites de la loi
pénale", écrit Albertini. On
verserait presque une larme. La prose d'Antoine
Albertini est décidément bien
fleurie, pleine de pollen. L'émotion, la
nostalgie du temps passé nous guettent,
phrase après phrase, en crescendo. Ça
démarre en Algérie. En 1958.
Antoine
Albertini nous raconte une anecdote des temps de
guerre. Quand le jeune sous-lieutenant d'Infanterie
de marine Charles Pellegrini rencontra Paul,
"un ami du village": "Ensemble, ils vont traquer
l'ennemi numéro un: un sanglier qui vient la
nuit retourner la terre devant leur avant-poste.
Pendant une battue, ils tomberont sur un autre
gibier: la dernière bande de fellaghas du
secteur, détruite en quelques
rafales".
Etrange
parallèle que celui qui nous est
imposé entre un sanglier et "un autre
gibier": des guérilleros algériens,
des hommes se battant pour
l'indépendance de leur pays, dont la vie a
été "détruite en quelques
rafales". Une rafale, nous précise Antoine
Albertini, qui a valu la première
décoration à Pellegrini. "Avec des
souvenirs pareils", insiste le journaliste, "normal
qu'on le trouve chagriné du
décès de son compagnon d'armes
(Ce
dernier vient de disparaître en cet
été
2005)".
Que de la normalité, sous la plume
nonchalante et cynique d'Antoine Albertini.
Quant
aux fellaghas, ils se retrouvent dans le monde des
souvenirs du beau temps passé. A
côté d'un sanglier et d'autres gibiers
abattus.
On
oubliait presque. Antoine Albertini n'exerce pas
uniquement ses talents dans le mensuel de
l'île de Beauté, Corsica. Il
est aussi le correspondant du Monde, le
quotidien français de
référence.
Le
23 février 2005, le Parlement a
adopté un texte de loi, inspiré
directement par le président de la
République, Jaques Chirac: "La Nation
exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes
qui ont participé à l'uvre
accomplie par la France dans les anciens
départements français
d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en
Indochine ainsi que dans les territoires
placés antérieurement sous la
souveraineté française..."
Un
texte sinistrement original, qui reste totalement
muet sur la face sombre de la colonisation: la
répression, la torture, les sévices
et les crimes dont furent victimes les peuples, au
nom de la grandeur et des intérêts de
la France.
Autant
d'arguments qui, visiblement, ne doivent pas
émouvoir, outre mesure, notre
confrère Antoine Albertini si l'on s'en
tient à ce qu'il réserve à ses
lecteurs de Corsica..
"Les
programmes de recherche universitaire accordent
à l'histoire de la présence
française outre-mer, notamment en Afrique du
Nord, la place qu'elle mérite. Les
programmes scolaires reconnaissent en particulier
le rôle positif de la présence
française outre-mer, notamment en Afrique du
Nord, et accordent à l'histoire et aux
sacrifices des combattants de l'armée
française issus de ces territoires la place
éminente à laquelle ils ont
droit...", continue le texte de loi.
"Imagine-t-on
un instant des classes où serait
enseigné exclusivement le 'rôle
positif' de l'uvre française?
Comment ne pas voir que ce serait priver de tout
passé les descendants de colonisés et
produire ces 'sauvageons' des 'quartiers
difficiles' qui font si peur? Comment ne pas
comprendre que ce 'communautarisme nationaliste' ne
peut que susciter des contre-communautarismes?"
Ces
questions, pertinentes, ont été
posées par Claude Liauzu, dans le Monde
diplomatique d'avril 2005. On pourrait
suggérer à cette publication d'offrir
un abonnement à leur collegue du quotidien,
Antoine Albertini.
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