©www.amnistia.net

 


Ecole publique: Le chantier surréaliste de la ville de Bastia


Par Enrico Porsia

Mardi 18 septembre 2007



A la rentrée, les gros travaux continuent à l'école publique du centre de Bastia. Une nouvelle structure, entraînant une modification de surface visible, est en train de surgir du toit de l'école.
Aucun permis de construire n'a jamais été déposé!
.


Le Conseil de la concurrence a condamé le 6 juin 2006 l'entreprise "Les Frères Piacentini" pour avoir participé à un marché public en déposant des offres de couverture.
Agrandir le document
.


A lire aussi:

Ecole publique: La mairie de Bastia conteste nos informations... tout en les confirmant!

Tout le Dossier Corse

U
n chantier qui concerne 280 élèves; un marché concédé à une société déjà condamnée pour des pratiques frauduleuses; aucun permis de construire déposé et, selon nos informations, aucune commission de sécurité venue inspecter les lieux avant l'accueil des enfants...

La municipalité de Bastia a décidé, en mars 2007, de réaliser la fusion de deux écoles (maternelles et élémentaires) du centre-ville. Ce projet concerne 280 élèves. Le conseil de la municipalité de la ville a autorisé, le 12 avril 2007, le maire à lancer la procédure d'appel d'offres. Le marché est composé de 6 lots pour une enveloppe globale de 540.000 euros hors taxes… une enveloppe qui augmentera sensiblement au fil du temps…

Le 15 mai 2007, la commission d'appel d'offres doit statuer sur le premier lot. Il s'agit des "gros œuvres". L'appel d'offres est fixé à 270.000 euros hors taxes. Une seule offre est déposée.
La SARL les Frères Piacentini, veut bien le marché, mais elle demande 538.730 euros hors taxes.
Presque le double, soit 100% de plus que le montant dévolu! L'appel d'offres est jugé infructueux.

La commission d'appel d'offres de la mairie décide donc de relancer un marché négocié.
Sans mise en concurrence. Sans publicité préalable, et avec une seule entreprise, la SARL les Frères Piacentini. Aux termes des négociations, cette dernière baisse un peu ses prétentions, et obtient le marché pour 471.443 euros hors taxes. Soit près de 75% de plus que la somme initialement prévue! Ce n'est pas rien… D'autant plus que, dans un article publié dans Corse Matin du 10 avril 2007, soit un mois avant le lancement de la procédure d'appel d'offres, Madame Parsi Graziani, déléguée aux affaires scolaires à la mairie, admettait, avec une désinvolture étonnante, avoir déjà choisi les entreprises qui promettaient de travailler pendant l'été.

"Le surcoût (de 75%, ndlr) par rapport au budget prévu, s'explique du fait que nous avons souhaité travailler avec une entreprise très sérieuse. Nous ne souhaitons pas concéder un marché concernant une école à n'importe qui", nous explique François Tatti, le responsable des travaux à la mairie de Bastia.

Effectivement, l'entreprise Frères Piacentini, qui a déjà obtenu différents chantiers de la ville de Bastia, jouit d'une solide réputation… à un détail près: Le 6 juin 2006, elle a été condamnée par le Conseil de la concurrence à une amende de 38.000 euros, pour des pratiques frauduleuses dans le cadre d'un marché de travaux publics (cette décision a fait l'objet d'un recours devant la cour d'appel de Paris). En attendant, le Conseil de la concurrence a retenu que l'entreprise Frères Piacentini était en entente avec l'entreprise Vendasi, le colosse du bâtiment en Haute-Corse. Vendasi et Frères Piacentini sont souvent associés dans de gros chantiers publics, notamment à Bastia.

Le 4 juin, le chantier de l'école commence. Et ceci, malgré le fait que la mairie de Bastia se soit exemptée de déposer un permis de construire… une simple déclaration de travaux, lui a paru suffisante pour entreprendre la restructuration de deux établissements scolaires qui accueillent 280 élèves. Toucher à la façade d'un immeuble et construire une nouvelle structure sur le toit d'un des bâtiments scolaires, en modifiant donc sa surface, n'a visiblement pas représenté un obstacle à la légèreté de cette démarche.

Extraordinaire? Pas du tout, selon le responsable des travaux de la mairie. "On m'a dit qu'une simple déclaration de travaux était suffisante" nous affirme, avec aplomb, Monsieur François Tatti.

Mais ce n'est pas tout. La commission départementale de sécurité, qui doit rendre un premier avis, en se basant sur les plans des travaux; un avis qui, si négatif, entraîne automatiquement l'arrêt du projet, ne s'est réunie que trois jours après le début du chantier. En l'avalisant sans broncher…

Pendant l'été, les gros œuvres ont commencé pour, théoriquement, se terminer juste avant la rentrée.

Plus de deux cents élèves, de l'école élémentaire et de l'école maternelle, ont été accueillis dans l'établissement, alors que les autres tranches du chantier de restructuration se poursuivaient.

Selon nos informations, la mairie de Bastia n'aurait même pas estimé nécessaire de convoquer la commission de sécurité sur les lieux afin de vérifier la conformité des travaux effectués. La mairie, propriétaire des lieux, n'aurait pas effectué les démarches nécessaires auprès de la préfecture pour convoquer, comme l'exige la loi, et le bon sens aussi, la commission de sécurité, afin de faire inspecter l'établissement scolaire avant que les 280 élèves ne reprennent les cours... en toute sécurité!

Nous avons contacté le responsable des pompiers de Bastia, qui nous a confirmé cette information.
Nous avons aussi contacté les services de la préfecture de Haute-Corse, qui se sont refusés a tout commentaire, en se contentant de nous renvoyer vers la mairie.

Si la commission de sécurité n'a pas été saisie pour inspecter les lieux, alors nous nous retrouvons dans l'illégalité la plus absolue... et, nous nous permettons de le souligner, dans l'irresponsabilité la plus totale vis-à-vis des enfants scolarisés dans l'établissent!

Une telle négligence est-elle possible?
Nous avons rappelé le responsable des travaux à la mairie de Bastia.
Malheureusement,
Monsieur François Tatti, adjoint du maire Emile Zuccarelli, n'a plus souhaité nous répondre.



Abonnez-vous à Amnistia.net
.




Abonnez-vous au site Amnistia.net (accès direct à tous les articles) et recevez, chaque mois, notre journal Les Enquêtes interdites (format PDF).
Abonnements: 4 euros 15 jours | 18 euros 3 mois | 50 euros 1 an


©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation réservés
contact: redaction@amnistia.net

Rédaction: contact

Haut de page
La Une