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Ecole publique: La mairie de Bastia conteste nos informations... tout en les confirmant!


Par Enrico Porsia

Mardi 9 octobre 2007



Restructuration de l'école publique du centre de Bastia: Un chantier de 800.000 euros TTC entaché d'illégalité.
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Dans notre édition du 18 septembre 2007, nous attirions l'attention sur un marché public de 800.000 euros TTC. Ce chantier a été mis en œuvre pour fusionner deux écoles publiques (maternelles et élémentaires) du centre-ville de Bastia.

Nous affirmions que ce chantier était entaché de plusieurs irrégularités: aucun permis de construire n'a été déposé; la commission administrative de sécurité a donné son avis après le début des travaux et n'a même pas inspecté les lieux avant l'accueil des élèves et des enseignants.

Nous soulignions aussi que le premier lot de ce chantier avait été attribué, après une négociation, à l'entreprise SARL les Frères Piacentini pour un prix de 75% supérieur à la somme affichée dans l'appel d'offres. Nous tenions aussi à préciser que l'entreprise SARL les Frères Piacentini, qui a déjà obtenu plusieurs marchés de la ville, a déjà été condamnée pour des pratiques frauduleuses.

A la suite de notre article, Monsieur François Tatti, délégué aux travaux de la ville et adjoint du maire Emile Zuccarelli, vient de nous faire parvenir un courrier qui débute ainsi:
"Contrairement à ce que vous semblez affirmer les travaux de restructuration de l'école du centre respectent parfaitement les règles administratives et de sécurité".
On ne demande qu'à le croire…

Dommage que les arguments que nous expose l'adjoint au maire sont tout aussi surréalistes que le chantier entrepris.

Jugez vous-mêmes:

Monsieur Tatti écrit: "Conformément au code de l'urbanisme, la ville a déposé ce que l'on appelle 'une déclaration de travaux'. Il s'agit d'un document qui tient lieu de permis de construire lorsque les travaux ne créent pas de surface habitable nouvelle et ne modifient pas la destination des lieux".
Le problème, c'est qu'une surélévation a été réalisée sur le toit d'un immeuble, que la façade d'un bâtiment est soumise aux travaux et qu'un permis de construire est nécessaire pour effectuer, légalement, ces interventions. Mais ce n'est pas tout.

Contrairement à ce qu'affirme Monsieur Tatti, il y a bien eu modification de destination des lieux dans ce chantier.
En effet, au rez-de-chaussée de l'un des bâtiments scolaires, 3 locaux étaient occupés par l'association des "pupilles de l'enseignement public". Ces locaux n'étaient pas destinés à l'activité scolaire. C'étaient des locaux associatifs, occupés par une association. Rien à voir avec l'école.
Par contre, à la fin du chantier voulu par la mairie, ces locaux seront intégrés à la structure scolaire. Ils ne seront plus occupés par une association, mais deviendront des locaux scolaires. Le changement de destination des lieux nous paraît difficilement contestable. Et, pourtant, la mairie s'est exemptée de déposer un quelconque permis de construire.
La démarche est entachée d'illégalité.

Dans son courrier, Monsieur Tatti se fait un devoir de bien souligner que "Ce dossier a fait l'objet d'un avis favorable de la commission administrative de sécurité présidée par le représentant du préfet, en présence du Service Départemental de Secours qui a examiné les questions de sécurité et du service Départemental de l'Architecture qui a analysé les questions d'accessibilité et de conformité urbanistiques".

L'adjoint du maire de Bastia omet néanmoins de spécifier que:
"L'avis favorable" de la commission a été donné le 7 juin, alors que les travaux avaient débuté le 4 juin. Le procédé nous paraît bien original!

La commission de sécurité doit donner un avis, sur plan, sur un projet de travaux. Un avis qui, s'il est négatif, ne permet pas la réalisation du projet. Or, dans ce cas spécifique, la commission s'est réunie trois jours après que le chantier ait débuté… en l'avalisant.
Ce procédé est entaché d'illégalité.

Ensuite, Monsieur Tatti, en éludant le fait qu'aucune commission de sécurité ne se soit rendue sur place avant la rentrée des classes afin de vérifier la conformité de la première tranche des travaux réalisée pendant l'été, nous écrit:
"Enfin, un contrôle sur place de la commission de sécurité sera demandé avant que les élèves ne réintègrent la partie de bâtiment qui est en cours de restructuration. Un avis favorable de cette commission sera alors nécessaire pour garantir la sécurité des élèves et des enseignants". Que de propos rassurants… Dommage que la réalité soit bien autre.

Monsieur Tatti admet, implicitement, que jusqu'à ce jour aucune commission de sécurité ne s'est rendue sur place afin de garantir la sécurité des élèves et enseignants qui ont, déjà, réintégré des locaux soumis aux travaux. En effet, le chantier concernant l'école maternelle, a été terminé juste avant la rentrée. Les élèves et les enseignants ont réintégré l'école, sans qu'aucune commission de sécurité ne se soit rendue sur place.
Leur sécurité est-elle garantie ? La question mérite d'être posée.

Quant aux élèves de l'école élémentaire, ils ont réintégré, provisoirement, un bâtiment restructuré pendant l'été, en attendant que les travaux se terminent dans l'immeuble adjacent. Pendant ce temps, aucune commission de sécurité ne s'est déplacée, afin de vérifier la conformité des locaux qui accueillent actuellement les élèves.
La dernière fois que l'école du centre de Bastia a été inspectée par une commission de sécurité date de 2004!
Il faut bien reconnaître que la situation actuelle relève pour le moins de l'improvisation.

Venons maintenant aux deux dernières phrases du courrier de l'adjoint au maire, Monsieur Tatti:
"Je termine cette mise au point en indiquant que par honnêteté intellectuelle, vous auriez également pu préciser les raisons très personnelles qui vous ont conduit à vous intéresser à ce petit chantier. Mais cela je ne vous demande pas de le publier".

L'adjoint au maire insinue qu'un journaliste [moi] se serait intéressé pour des "raisons très personnelles" à un petit chantier public… de 800.000 euros! Une fois la pierre lancée, Monsieur Tatti cache vite son bras en me demandant de censurer le propos qu'il venait à peine d'écrire dans "une mise à point".
La démarche me paraît quelque peu… perverse.

Réponse de François Tatti, Adjoint au maire de Bastia délégué aux travaux.

"Contrairement à ce que vous semblez affirmer les travaux de restructuration de l'école du centre respectent parfaitement les règles administratives et de sécurité.

Techniquement, il s'agit de travaux qui consistent à restructurer un bâtiment scolaire existant sans création de surface habitable supplémentaire. C'est pourquoi, conformément au code l'urbanisme, la ville a déposé ce que l'on appelle " une déclaration de travaux ". Il s'agit d'un document qui tient lieu de permis de construire lorsque les travaux ne créent pas de surface habitable nouvelle et ne modifient pas la destination des lieux.

Ce dossier a fait l'objet d'un avis favorable de la commission administrative de sécurité présidée par le représentant du préfet, en présence du Service Départemental de Secours qui a examiné les questions de sécurité et du service Départemental de l'Architecture qui a analysé les questions d'accessibilité et de conformité urbanistiques.

J'ajoute que ces travaux sont soumis à un suivi permanent d'un bureau de contrôle technique et d'un coordinateur de sécurité missionnés agréés.

Enfin, un contrôle sur place de la commission de sécurité sera demandé avant que les élèves ne réintègrent la partie de bâtiment qui est en cours de restructuration. Un avis favorable de cette commission sera alors nécessaire pour garantir la sécurité des élèves et des enseignants.

J'ai déjà eu l'occasion d'apporter ces précisions à Amnistia.net et je regrette que vous n'ayez pas jugé utile de les publier. Je regrette également que vous n'ayez pas précisé que, contrairement aux craintes exprimées par certains parents et par l'opposition municipale, les élèves ont pu faire leur rentrée sans encombre le 28 août dernier".

Je termine cette mise au point en indiquant que par honnêteté intellectuelle vous auriez également pu préciser les raisons très personnelles qui vous ont conduit à vous intéresser à ce petit chantier. Mais cela je ne vous demande pas de le publier.

François Tatti

Pour quelles raisons me suis-je donc intéressé à ce "petit" marché public de 800.000 euros concernant une école qui accueille 280 élèves? Une raison qui doit sûrement être tellement inavouable, que Monsieur Tatti lui-même, me demande de la taire…

Fidèles lecteurs de Amnistia.net, tenez-vous bien. Je vais lever le voile et vous allez voir ce que vous allez voir:
sur les 280 élèves de cette école publique, il y avait mes deux enfants!
Scandale?

Avec d'autres parents d'élèves, nous avons commencé à demander des précisions sur un chantier, décidé en toute hâte, que la mairie voulait débuter en juin sans avoir prévu aucune solution pour garantir toute la scolarisation des enfants avant les grandes vacances. C'est en m'interrogeant sur la précipitation du projet que j'ai commencé à appeler Monsieur François Tatti pour avoir des explications. En quoi un journaliste serait-il fautif si, en s'inquiétant du sort de ses enfants, il découvre un "petit" chantier public de 800.000 euros complètement hors normes? Un marché public concédé à 75% de plus du prix affiché dans l'appel d'offres! Pourquoi aurais-je dû me censurer? Pour faire plaisir à la municipalité?

N'aurais-je pas le droit d'enquêter sur Véolia parce que j'utilise l'eau du robinet? N'aurais-je pas le droit de me préoccuper du sort d'EDF parce que je suis abonné à l'électricité?
N'aurais-je pas le droit de m'inquiéter du service public des transports parce j'utilise le bateau, l'avion, pour mes déplacements sur le continent?
Existe-t-il un principe prévoyant qu'un journaliste n'a pas le droit d'être père, ou bien qu'un père n'a pas le droit d'exercer la profession de journaliste?
Dans ce cas précis, Monsieur Tatti doit en être convaincu…

J'ai compris d'emblée le style de travail qui s'impose à la mairie de Bastia lorsqu'on a affaire à un journaliste qui habite la ville.
"Monsieur Porsia, vous ne pouvez quand même pas intervenir en tant que journaliste sur ce dossier, vos deux enfants sont à l'ecole…" Voici l'accueil qu'a réservé Monsieur François Tatti à mes premières questions. Ensuite, l'adjoint du maire de la ville s'est inquiété de savoir si "vous êtes inscrit sur les listes électorales, ici à Bastia?"

Monsieur Tatti, je ne trouve pas vos procédés ni très élégants… ni très républicains!



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