|
Lucien
Felli est le plus ancien avocat engagé dans
les procès politiques corses. Depuis le
procès devant la Cour de sûreté
de l'Etat, en1976, contre les militants
autonomistes qui avaient occupé la cave
d'Aleria, à la défense des
nationalistes impliqués dans l'affaire
Bastelica-Fesch, jusqu'au récent
procès contre le "Commando Erignac"
(où il a assuré la défense
d'Alain Ferrandi, condamné à
perpetuité, et Benoît Fustier,
condamné à cinq ans de
réclusion dont quatre avec sursis) devant la
Cour d'assises spéciale, il est toujours
présent sur les bancs de la défense.
Il a été un des élus
autonomistes dans la première
Assemblée de Corse en 1982, où il
occupait, notamment, la place de président
de la commission chargée de la culture.
|

|
|
Lucien Felli
.
|
Il
y a quelques jours, un intellectuel corse, militant
de la Ligue des droits de l'homme, a
déclaré que "les assassins du
préfet voulaient entraîner la Corse
dans une dérive vers l'indépendance".
Quel est votre sentiment?
Les
personnes mises en examen dans l'affaire Erignac,
n'ont jamais déclaré "avoir voulu
entraîner la Corse dans une dérive
vers l'indépendance".
La formule n'est pas la leur. Ils ont
revendiqué une action qui se voulait "un
électrochoc", pour que l'Etat prenne ses
responsabilités face à la
dégénérescence du
système politico-social.
Au
début de "l'affaire Erignac" vous avez
été l'avocat de Marcel Lorenzoni. Ce
militant emblématique du mouvement
nationaliste, s'était retrouvé
emprisonné tout de suite après le
meurtre du préfet. C'était au moment
de la fausse "piste agricole"... Nous avons
été les derniers à interviewer
Marcel Lorenzoni avant son tragique
décès (lire
notre interview
exclusive).
En mai 2000, il nous avait affirmé: "Je
pense que notre lutte ne peut plus être
rythmée par la logique des rapports avec les
différents gouvernements français.
Cette dynamique a mené obligatoirement
à une guerre fratricide". Est-ce la
compromission de certains dirigeants nationalistes
avec des hôtes de la place Beauvau qui est
à l'origine de la formation du "commando
Erignac"?
Les
hommes qui ont été jugés par
la Cour d'assises spéciale se sont inscrits,
de toute évidence, dans une démarche
au terme de laquelle ils ne pouvaient plus
supporter que leur mouvement d'idées vive au
rythme des grandes manuvres
électorales. Tout le monde savait depuis
longtemps que la vie publique en Corse était
l'objet d'une diligente instrumentalisation, la
Corse se révélant un terrain
privilégié pour les "coups" les plus
divers. Le fait que à travers certaines de
ses franges, une partie du mouvement nationaliste y
participe, est apparu insupportable à ces
hommes, qui avaient compris que cela pouvait
compromettre les idées qu'ils
défendaient.
Lors
de votre plaidoirie, en évoquant le meurtre
du préfet Erignac, vous avez affirmé
que, à l'époque des faits, "un
assassinat était dans l'air". Pouvez-vous
nous expliquer à quoi vous faisiez allusion?
Quelle est votre analyse sur la situation que
vivait l'île au moment où le
préfet Erignac a été
tué?
L'ambiance
était lourde en Corse à la fin de
l'année 1997 (...)
|
|
|